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  • Loi Peeters : gifle pour les travailleurs?

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    La Loi Peeters? «Une législation du travail moderne [qui] permet de mieux concilier travail, famille, soins et formation.» C’est le ministre qui le dit. La perception des syndicats diffère légèrement. 

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Emploi et formation

La permaculture appliquée aux organisations

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  • 427
  • Par Rafal Naczyk
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La permaculture s’installe partout, du balcon en pleine ville au terrain agricole. Mais aussi dans nos modes d’organisation. La coopérative Les Petits Mondes en a fait son métier.

Article publié dans Alter Échos n°427,  15 juillet 2016.

Observer avant d’agir, travailler avec la nature et non contre elle, capter et optimiser les ressources et l’énergie… Après l’agriculture durable, écologiquement intensive, bio et biodynamique, la permaculture s’est taillé une réputation sans précédent. Son principe? Travailler moins pour récolter plus. En laissant la nature reprendre ses droits. «L’idée, c’est de concevoir des écosystèmes agricoles autogérés. C’est-à-dire qu’en suivant certains principes, on parvient à produire des légumes sans travail humain et sans énergie pétrolière, explique Fabian Féraux, 35 ans, designer de projets de permaculture au sein de la coopérative Les Petits Mondes. C’est une agriculture de neurones où on réfléchit à ce que chacun de nos gestes a pour conséquence sur le sol.»

Créée à Wanze, il y a neuf mois, la coopérative Les Petits Mondes s’est d’abord fait un nom au travers de ses «jardins comestibles» et de ses formations: des ateliers d’une ou deux journées, ou étalés sur une année, permettant aux maraîchers professionnels et aux curieux de se réapproprier leur alimentation. Mais si, aujourd’hui, ils sont plus d’une centaine d’agriculteurs, en Brabant wallon, à s’être convertis à cette pratique, la permaculture dépasse largement la sphère culturale. Elle investit aussi d’autres domaines: le design, la construction, l’éducation, et même la gestion des organisations. «Plus qu’une méthode, la permaculture est une philosophie de vie, qui va au-delà du respect de la terre. Pour moi, c’est d’abord une éthique, une boîte à outils pour construire la vie autrement. Si on prend le temps d’observer certains mécanismes, on se rend compte que tout est lié. Appliquée dans des entreprises ou des asbl, la permaculture humaine permet de réinsérer des stratégies intelligentes, copiées dans la nature», explique Fabian Féraux.

Design humain et social

Au diable le taylorisme, bienvenue dans l’ère circulaire et «participative»! Gouvernance collaborative, plate, «libérée»: le concept a ses pionniers en Belgique, à l’exemple de la coopérative à finalité sociale Les Compagnons de la Terre, accompagnée par Les Petits Mondes dans son nouveau processus de gouvernance. Issue de la dynamique «ceinture aliment-terre liégeoise», qui défend une «agriculture locale, collective et créatrice d’emplois», la coopérative vient de s’agrandir en quittant sa microferme expérimentale située à Tilff pour un plus vaste territoire situé dans le pays de Herve. Son but: cultiver 30 hectares, nourrir plus de 1.000 familles, créer vingt emplois directs et soutenir une vingtaine d’emplois indirects en région liégeoise. «En quelques mois, nous sommes passés d’une équipe de 0 à 3 salariés, nous avons inclus du personnel en insertion et devons coordonner le travail de plusieurs bénévoles, explique Laurence Van Malder, déléguée à la gestion journalière des Compagnons de la Terre. L’organisation pyramidale classique, qui favorise la prise de pouvoir par certaines personnes, était difficilement tenable dans une coopérative citoyenne comme la nôtre. A contrario, une gouvernance participative assez mal gérée nous a fait perdre beaucoup d’efficacité.»

«Il faut commencer par réfléchir à la raison d’être de l’entreprise et établir une cartographie des missions de chacun.» Fabian Féraux, Les Petits Mondes

Manque de communication, prise de décision difficile, mauvaise définition des rôles, jeux d’influence, réunionite… Face à des processus de moins en moins productifs et de plus en plus longs, la coopérative a fait le choix d’une gouvernance en autogestion, ce qui implique qu’elle a pour finalité de restituer le pouvoir à l’ensemble des membres du personnel. «Le modèle de management actuel, très hiérarchisé, a été inventé il y a plus d’un siècle, et il est fondé sur une dualité manager-salarié, avec un droit du travail pour réguler cette relation. Aujourd’hui il y a une aspiration forte pour l’entreprise libérée, une structure où il n’y a plus de manager du tout, explique Fabian Féraux. Grâce au design permacole, il s’agit, en clair, de développer une culture de la permanence, aussi bien dans la structure interne que les interactions humaines, via une communication non violente, des techniques d’intelligence collective…» C’est ce qu’en termes managériaux on appelle l’holacratie, un dispositif qui remplace l’organisation pyramidale classique, par un système qui permet de disséminer les mécanismes de décision à travers une organisation, selon des modalités néanmoins codifiées.

Des cercles pour remodeler le pouvoir

La permaculture humaine, comment ça marche? «Il faut commencer par réfléchir à la raison d’être de l’entreprise et établir une cartographie des missions de chacun. Puis attribuer un ou plusieurs rôles aux collaborateurs, explique Fabian Féraux. Au sein de ces rôles, chaque salarié est totalement autonome, il a simplement des ‘redevabilités’ vis-à-vis de l’organisation.» Dans l’organisation permacole, les titres n’ont plus de valeur. On différencie le rôle de la personne. Il n’y a plus de chef, mais plusieurs structures. L’organisme humain est composé de cellules, l’entreprise de cercles et de liens imbriqués. Ces cercles cohabitent, échangent, interfèrent… Les organigrammes disparaissent. «Et ce n’est pas le foutoir», précise Fabian Féraux. Le pouvoir est partagé.

«Pratiquement, au sein de notre coopérative, ce fonctionnement repose sur un encadrement des pouvoirs, le non-cumul et la rotation des charges, et des procédures spécifiques de prise de parole, de délibération et de passage à l’action, explique Laurence Van Malder. Ainsi, nous avons établi trois types de réunion: stratégique, opérationnel et de gouvernance. Chaque travailleur a la possibilité d’exprimer ses difficultés, à condition de les amener dans la bonne réunion. Surtout, on remodèle l’équipe en fonction de la réalité du terrain. On peut tout le temps faire évoluer la structure. C’est un véritable changement de manière de travailler.»

« La coopérative, c’est la banque d’aujourd’hui. C’est une entreprise locale qui vit pour et avec le marché local », Fabian Féraux, fondateur des Petits Mondes

Mais le passage à l’holacratie n’est pas une simple formalité pour qui décide de se lancer. Il est même perçu comme une véritable rupture et porteur d’une certaine forme de brutalité par les collaborateurs. «Au bout de quelques mois d’analyse, on s’est rendu compte que notre responsable production passait plus de temps à faire de la logistique et à acheter du matériel, qu’à s’occuper de la production. Tout simplement parce que personne n’avait été identifié pour remplir ce rôle dans l’organisation, témoigne Laurence Van Malder. En fait, comme il y avait une carence, tout le monde faisait le travail de quelqu’un d’autre: la responsable commerciale assurait tout le travail de production, et du coup, c’est la responsable communication qui s’occupait de la commercialisation…» La coopérative a ainsi été amenée à déplacer plusieurs responsabilités. Résultat: chacun a gagné en transparence et en fluidité.

Pour le fondateur des Petits Mondes, les coopératives se prêtent particulièrement bien à ce nouveau mode d’organisation: «Nous-mêmes, nous avons créé une coopérative et non une asbl pour rester totalement cohérents. Les associations sont particulièrement subsidiées, orientées vers les financements de l’État. La permaculture, quant à elle, prône l’autonomie et la résilience, explique Fabian Féraux. Et d’ajouter: la coopérative, c’est la banque d’aujourd’hui. C’est une entreprise locale qui vit pour et avec le marché local. C’est aussi la seule structure entrepreneuriale qui permet d’intégrer de nouvelles gouvernances partagées. Le principe ‘un homme égale une voix’, ça crée un vrai sentiment d’appartenance à une entité.»

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