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Vivre et dormir au bureau

En 2011, le secrétaire d’Etat bruxellois en charge du Logement, a lancé un appel à projets sur la reconversion de bureaux en logements. Etat des projets retenus.

06-07-2012 Alter Échos n° 342

Le secrétaire d’Etat bruxellois en charge du Logement, Christos Doulkeridis, a lancé en 2011 un appel à projets sur la reconversion de bureaux en logements. L’undes projets sélectionnés, le Livingstone, vient de recevoir son permis d’urbanisme. Il répondra aux besoins de la clientèle européenne du quartier par lacréation de 122 logements haut de gamme. La reconversion de cet immeuble devrait coûter aussi cher que sa construction. Sur les huit projets retenus qui totalisent 450 futurs logements,seule une trentaine aura une finalité sociale. De plus, sur les huit projets, seuls deux ont introduit un permis de bâtir.

Huit projets ont été retenus à la suite de l’appel lancé pour la reconversion des bureaux en logements. Aux caractéristiques techniques trèsdifférentes, ils offrent un élément de réponse aux défis du logement et au boom démographique attendu. La reconversion a plusieurs avantages  :épargner du terrain à bâtir, récupérer des structures d’immeubles, éviter le gaspillage (ressources, énergies, transport de matériaux etdéchets), réhabiliter des immeubles désaffectés, réintroduire de la mixité fonctionnelle dans les quartiers et surtout soulager la pression en termes deconstruction de logements. L’appel rencontre également trois objectifs  : susciter de nouveaux projets de reconversion, établir un prix plafond compatible avec la productionde logements sociaux/moyens, analyser les opportunités et contraintes de façon à en tirer des conclusions et recommandations générales.

Thiry et Moucherons à finalité sociale

Les projets sélectionnés bénéficient d’une aide libérable en trois tranches. La première d’un montant de 30 euros le m2 aété libérée en 2011 lors de la sélection des projets. La deuxième, 30 euros le m2, est libérée au moment de la délivrance dupermis d’urbanisme. Celui-ci doit être octroyé avant fin 2013. Aujourd’hui, seul le projet Livingstone a reçu cette tranche. Seulement deux projets devraientbénéficier de la troisième tranche de 40 euros au m2. Elle est accordée à deux conditions  : soit les logements doivent être vendus au prixmaximal de 2 500 euros TVAC à des pouvoirs publics soit ils doivent être cédés à une Agence immobilière sociale (AIS), ou bien faire l’objetd’une convention pour une durée de minimum neuf ans. 

Les projets Thiry et Moucherons devraient recevoir la troisième tranche. Le projet Thiry, situé à Woluwe-Saint-Lambert, proposera 20 logements sur 110, àfinalité sociale dans un quartier où de nombreux bureaux sont vacants. La demande de permis est actuellement en cours d’instruction. Le projet Moucherons, près de la placeAnneessens, proposera 11 logements sociaux. Des rénovations lourdes ne seront pas nécessaires. L’isolation de la façade et l’utilisation de couleurs revitaliseront larue monotone et sombre des Moucherons. Seuls trente logements sur 450 auront donc une finalité sociale. Le secrétaire d’État ne se faisait pas beaucoup d’illusion.« Les promoteurs espèrent pouvoir faire un bénéfice différent de ce qu’on leur propose. »

Un engagement douloureux

Un nouvel appel à projets sur ce type de reconversion pourrait être lancé avant la fin de l’année. « Je continuerai à aider le secteur, àcondition d’atteindre et de soutenir des projets publics de construction soit par le système de cession ou de convention avec une AIS soit par la vente à un prixdéterminé. » L’appel ciblera spécifiquement la finalité sociale des logements et devrait impliquer une subsidiation par mètre carré plusimportante.

Difficile donc de convaincre les promoteurs de faire du social. Compliqué également de les voir s’engager en déposant une demande d’obtention de permis. Àl’heure de boucler ce numéro, sur les huit dossiers sélectionnés par l’appel de 2011, six n’ont toujours pas introduit de demande de permis. Dans uncommuniqué du 26 juin 2012, le secrétaire d’Etat a déclaré  : « Démontrer la faisabilité technique et urbanistique de la transformationde ces bureaux en logements n’est que la première étape du processus, une étape qui “n’engage à rien”, du point de vue des candidats. Modifierl’affectation de l’immeuble par un permis d’urbanisme est un acte quasi irréversible, qui suscite sans doute encore des hésitations chez certains d’entre eux(…) »

Les promoteurs ne sont donc pas convaincus de l’équilibre financier de ce type de reconversion qui engendre des coûts de transformation importants. Mais de toute manière,et le secrétaire d’État l’a assez répété, l’importance de cet appel était surtout de démontrer qu’il étaittechniquement possible d’effectuer ces reconversions.

Nathalie San Gil Coello

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