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Logement

Un toit après la prison

De la prison à la rue, de la rue à la prison, pour mettre fin au cercle vicieux, le Relais social de Charleroi lance une série de chantiers concrets afin de faciliterl’accès au logement pour les ex-détenus.

03-09-2010 Alter Échos n° 300

De la prison à la rue, de la rue à la prison, pour mettre fin au cercle vicieux, le Relais social de Charleroi1 lance une série de chantiers concrets afin defaciliter l’accès au logement pour les ex-détenus.

Retrouver un logement après la prison n’est jamais simple. Continuer à payer un loyer ou rembourser un emprunt hypothécaire paraît difficilement possible durant leséjour pénitentiaire. À la perte du revenu s’ajoutent frais d’avocat, amendes, éventuels dédommagements aux victimes. Pour accéder à certains droits,il importe de garder une adresse. Ceux qui n’ont pas de famille où se domicilier peuvent toujours s’inscrire à l’adresse de la prison, mais la démarche reste complexe. Et cen’est là qu’un tableau très incomplet des difficultés auxquelles les détenus se retrouvent confrontés. Pour les plus démunis, le risque de (re)tomberà la rue est grand !

Il y a un an, le Relais social de Charleroi et son réseau élargi de partenaires publiaient une réflexion sur cette problématique. Faciliter l’accès autéléphone, fournir des timbres, envoyer un photographe pour les documents d’identité… Au premier abord, certaines des recommandations formulées peuvent sembler desdétails du point de vue du citoyen libre. Mais, derrière les barreaux, la moindre démarche administrative se transforme vite en casse-tête infernal. Au-delà de cespropositions pragmatiques, l’étude insiste aussi sur l’importance de donner du sens à l’incarcération et de développer les liens sociaux pour entourer ledétenu.

Le rapport du Relais social de Charleroi n’a pas manqué d’attirer l’attention des pouvoirs publics. La Communauté française, la Cocof et la Région wallonne ont donctrès logiquement intégré ce thème dans les discussions qu’elles mènent pour coordonner leurs politiques d’intervention dans le milieu carcéral. Lespremières conclusions sont attendues en décembre.

En attendant que la lourde machine institutionnelle se mette en branle, le Relais social avance déjà sur plusieurs chantiers. « Quand les discussions sont menéesà un niveau interministériel, un long laps de temps peut parfois s’écouler avant d’observer des actions concrètes sur le terrain. Nous avons donc décidéd’avancer au niveau local, au cas par cas, en espérant que ces bonnes pratiques serviront d’exemple », explique Coralie Buxant, chargée de projet au Relais social.

« La sortie de prison se prépare dès l’entrée », poursuit-elle. Pour éviter les mauvaises surprises, certaines démarches doivent êtreeffectuées au plus tôt : résilier son bail, ses abonnements au téléphone, au gaz, à l’eau, etc. L’idée d’établir une check-list aété évoquée. Mais avant cela, il faut d’abord s’assurer que les personnes n’aient pas oublié d’emporter leurs documents dans le stress de l’arrestation. Ce àquoi le Relais social entend sensibiliser la police. Des collaborations sont aussi mises en place avec le CPAS pour permettre à quelques détenus d’y entreposer leurs meubles durant leurséjour derrière les barreaux.

Enfin libres, et après ?

Ce qui devrait être un moment de réjouissance n’est parfois que le début d’une galère encore pire. Certains détenus sortent de prison sans même avoir unepièce pour s’offrir un ticket de bus. Le Relais social souhaite donc créer un kit de sortie contenant un titre de transport, quelques chèques repas, une cartetéléphonique, les adresses des services sociaux, abris de nuit, etc. Reste encore à financer cette bonne idée.

D’autres bonnes idées peuvent aussi être mises en place sans nécessiter de financement, juste en ouvrant le dialogue. « Un problème se pose avec les notificationsde sortie. Les juges les font parfois parvenir très tard dans la journée. Et le détenu se retrouve dehors à 18 h, sans nulle part où aller, quand tous les servicessociaux sont fermés, signale Coralie Buxant. Il suffirait de faire parvenir ces notifications plus tôt dans la journée. » Le Relais social espère aussi pouvoiraccélérer le recouvrement des droits sociaux. « On souhaite travailler avec l’Onem, les mutuelles, les CPAS, voire l’Awiph, pour assouplir un peu le système. L’idéalserait de permettre à ce public très démuni de pouvoir entamer certaines démarches depuis la prison, pour pouvoir recouvrer leurs droits sans trop attendre. »

1. Relais social du pays de Charleroi :
– adresse : bd Bertrand, 10 à 6000 Charleroi
– tél. : 071 50 67 31.

Sandrine Warsztacki

Sandrine Warsztacki

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