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Un revenu de solidarité au profit de jobs au rabais

À l’heure où le pouvoir d’achat reste désespérément en berne, où les fameux Restos du cœur créés par Coluche entamentvaillamment leur vingt-troisième année d’existence et où la courbe du chômage, en France, est repassée au-dessus du seuil symbolique des deux millions dedemandeurs d’emploi, le concept de solidarité a le vent en poupe. Et son nouveau fer de lance dans l’Hexagone s’appelle le RSA.

12-12-2008 Alter Échos n° 264

À l’heure où le pouvoir d’achat reste désespérément en berne, où les fameux Restos du cœur créés par Coluche entamentvaillamment leur vingt-troisième année d’existence et où la courbe du chômage, en France, est repassée au-dessus du seuil symbolique des deux millions dedemandeurs d’emploi, le concept de solidarité a le vent en poupe. Et son nouveau fer de lance dans l’Hexagone s’appelle le RSA.

Le père du RSA (revenu de solidarité active) se nomme Martin Hirsch. Cet ancien président d’Emmaüs France est entré en politique par la porte de gauche endevenant directeur du cabinet de Bernard Kouchner en 1997. Nommé haut-commissaire aux solidarités actives du gouvernement de François Fillon en mai 2007 – il fait partiedes brebis galeuses honnies par le Parti socialiste pour être passé à l’ennemi au nom de l’ouverture prônée par Nicolas Sarkozy – Martin Hirschn’a guère tardé à poser les bases de ce nouveau dispositif venu remplacer le revenu minimum d’insertion (RMI) après vingt ans de bons et loyaux services.Officiellement, le RSA est une allocation qui vise à remplacer les minima sociaux existants. Pour les bénéficiaires sans emploi, il constitue un revenu minimum. Pour ceuxqui perçoivent une faible rémunération, il offre un complément de salaire dégressif au fur et à mesure que les revenus du travail augmentent.

Mettre fin au « travail gratuit »

L’objectif de la mesure est donc de mettre un terme au phénomène du « travail gratuit ». Explication  : jusqu’alors, la reprise d’unemploi signifiait la baisse (voire la disparition totale) d’une batterie d’aides sociales, ce qui avait pour effet pervers de rendre insignifiante la différence de revenus entrenouveau salaire et minima sociaux antérieurs1. Le RSA entend donc combiner salaire et aides sociales et fiscales, de façon à garantir que le retour àl’emploi soit forcément synonyme de revenus plus importants. Le système de calcul de cette nouvelle allocation prévoit que 62  % des gains supplémentairesgénérés par la reprise d’un travail restent dans la poche du bénéficiaire. Ainsi, un salarié qui gagnerait 1 000 euros de plus ne pourrait pasvoir ses aides sociales diminuer de plus de 380 euros. C’est merveilleux.

Critiques de gauche, critiques de droite

Sauf que… comme toute nouvelle mesure qui se respecte, la mise en place du RSA (son application pratique est programmée pour le 1er juin 2009) a essuyé letraditionnel tir de barrage de ses (nombreux) opposants. Dimension inédite  : les critiques sont venues de représentants de la droite comme de la gauche. Les premiers remettentprincipalement en cause le mode de financement choisi (près de deux milliards par an), en l’occurrence une ponction de 1,1  % sur l’ensemble des revenus du patrimoine. Certainsélecteurs de droite, traditionnellement hostiles aux hausses d’impôt, trouvent en effet saumâtre ce nouveau prélèvement, créé sous la présidenced’un candidat élu en 2007 sur la volonté de réduire la pression fiscale. À gauche, on remet violemment en cause le fait que les ménages les plus aisés,bénéficiaires du bouclier fiscal (initié par Nicolas Sarkozy et qui prévoit que nul ne puisse payer plus de 50  % d’impôts), échappent à ceteffort collectif. On déplore aussi que le financement du RSA passe par un redéploiement de la Prime pour l’emploi, réservée aux salariés les plus modestes. Cequi revient à « déshabiller Paul pour habiller Jacques », dixit Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l’Assembléenationale…

Un signe des temps

Au delà de ces réserves, force est de constater que la mise en place du RSA constitue l’un des signes d’une époque où l’apparition de nouveauxconcepts – comme la fameuse flexi-sécurité inspirée du modèle scandinave – ne fait que masquer un profond désarroi face aux réalitésbrutales du modèle économique actuel. L’utilité du RSA apparaîtra, ou non, à l’épreuve des faits et du temps. Il convient cependant de prendregarde à ce qu’un tel dispositif ne vienne conforter un système où le travail mal rémunéré ou à temps partiel serait devenu la règle. Unesociété inapte à offrir une rémunération correcte à ceux qui lui permettent de fonctionner est une société malade…

1. Un phénomène qu’on appelle communément en Belgique un « piège à l’emploi ».
2. Il existe un blog (nécessairement partisan) créé par Martin Hirsch et destiné à mieux connaître le revenu de solidarité active :
http://www.toutsurlersa.fr

stephanel

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