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Stratégie de Lisbonne : vers l’échec des réformes des politiques d’éducation et de formation ?

Depuis le Conseil européen de Lisbonne de mars 2000, l’Union s’est fixé l’objectif de « devenir l’économie de la connaissance la pluscompétitive et la plus dynamique du monde ». Pour rencontrer ces nouvelles exigences socio-économiques d’ici 2010, l’Union a ouvert une série de chantiersessentiellement axés sur l’éducation et la formation. Au printemps 2004, un Conseil européen des chefs d’États et gouvernements devra évaluer le cheminparcouru. C’est dans cette perspective que la Commissaire européenne à l’éducation et à la culture, Viviane Reding, a remis le 11 novembre dernier auxministres de l’éducation un rapport (« Éducation et formation 2010. L’urgence des réformes pour réussir la stratégie de Lisbonne ») danslequel elle tire la sonnette d’alarme. Elle y affirme notamment qu’il est temps de « passer la vitesse supérieure et de transformer les engagements politiques en actionsconcrètes, car sans l’éducation, Lisbonne sera un échec ».

27-07-2005 Alter Échos n° 155

Depuis le Conseil européen de Lisbonne de mars 2000, l’Union s’est fixé l’objectif de « devenir l’économie de la connaissance la pluscompétitive et la plus dynamique du monde ». Pour rencontrer ces nouvelles exigences socio-économiques d’ici 2010, l’Union a ouvert une série de chantiersessentiellement axés sur l’éducation et la formation. Au printemps 2004, un Conseil européen des chefs d’États et gouvernements devra évaluer le cheminparcouru. C’est dans cette perspective que la Commissaire européenne à l’éducation et à la culture, Viviane Reding, a remis le 11 novembre dernier auxministres de l’éducation un rapport (« Éducation et formation 2010. L’urgence des réformes pour réussir la stratégie de Lisbonne ») danslequel elle tire la sonnette d’alarme. Elle y affirme notamment qu’il est temps de « passer la vitesse supérieure et de transformer les engagements politiques en actionsconcrètes, car sans l’éducation, Lisbonne sera un échec ».

Ces engagements européens sont nombreux : cinq critères de référence éducatifs européens adoptés par le Conseil en mai 2003 (10 % maximumd’abandon prématuré de l’école, 85 % des jeunes de 22 ans ayant leur diplôme du secondaire, augmentation de 15 % des diplômés en maths, sciences ettechnologie…) ; Déclaration de Copenhague sur l’éducation et la formation professionnels de mars 2002, programmes « apprentissage tout au long de la vie »,« e-learning », etc.

Les rapports nationaux et les conclusions disponibles de la multitude de groupes de travail mis en place pour opérationnaliser tous ces objectifs, programmes et autres déclarations,ainsi que les chiffres d’Eurostat, conduisent la Commissaire « au même constat préoccupant » : « les réformes entreprises ne sont pas à la hauteurdes enjeux et leur rythme actuel ne permettra pas à l’Union d’atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés ». Le rapport pointe en particulier quatreproblèmes.

> « Un déficit d’investissement dans les ressources humaines ». Elle réunit, sous cette formulation, les dépenses d’enseignement et de formation desadultes. « Au cours de la période 1995-2000, l’investissement public a diminué dans la plupart des pays et se situe aujourd’hui à 4,9 % du PIB de l’Union.Par ailleurs, l’Union souffre d’un sous-investissement du secteur privé dans l’éducation et la formation : il est cinq fois plus important aux États-Unis.» « Il existe ainsi une plus grande facilité pour les universités américaines de recevoir de l’argent privé, illustre Frédéric Vincent, leporte-parole de la commissaire. Ce qui n’est pas dans la culture européenne où c’est même vu comme une privatisation de l’enseignement ».

> « Le niveau d’éducation des Européens reste insuffisant » (un élève sur cinq quitte ainsi prématurément le système scolairesans qualification…).

> Seuls 7,9 % (6,5 % en Belgique) des adultes participent à l’apprentissage tout au long de la vie. Sur ce plan, le rapport souligne que l’analyse des contributionsnationales de suivi « confirme les avancées et les faiblesses déjà constatées dans le contexte de l’analyse des plans d’action nationaux pourl’emploi » : « dans de nombreux pays, certains maillons de la chaîne de l’éducation et de la formation tout au long de la vie sont insuffisammentdéveloppés ». Le rapport explique cette insuffisance par « une vision trop limitée aux exigences de l’employabilité ou d’un accent trop exclusifmis sur le repêchage de ceux qui sont passés à travers les mailles de l’éducation initiale ». « Ces éléments se justifient, mais ils neconstituent pas à eux seuls une stratégie d’éducation et de formation tout au long de la vie, véritablement intégrée, cohérente et accessibleà tous », conclut le document de la Commission.

> « La pénurie d’enseignants menace » : « d’ici à 2015, plus d’un million d’enseignants du primaire et du secondaire devront êtrerecrutés, et donc formés ».

Pour concrétiser un « sursaut indispensable », la Commission propose que chaque État rende compte annuellement de son utilisation de « quatre leviers prioritaires» :

> concentrer les réformes et les investissements sur les points faibles de chaque pays ;

> « définir des stratégies véritablement cohérentes et globales d’éducation et de formation tout au long de la vie » ;

> construire enfin l’Europe de l’éducation et de la formation (Bologne et Copenhague devenant des priorités de tout premier plan)

> donner sa vraie place au « programme de travail éducation et formation 2010 » (l’ensemble des réformes initiées depuis Lisbonne) en… «définissant mieux le mandat des groupes de travail, en rationalisant leurs méthodes et en renforçant les synergies » mais aussi « en incluant toutes cesréflexions européennes dans les réformes de chaque État membre », explique F. Vincent. Pour le rapport, « l’urgence des défis à releverexige qu’on utilise tous les ressorts de la méthode ouverte de coordination ». Il estime « qu’il sera nécessaire dès 2004 de mettre en place unmécanisme de suivi des progrès réalisés sur la base de rapports annuels transmis à la Commission par les États membres », soit un « groupe detravail de haut niveau ».

Le rapport a été examiné par les ministres de l’Éducation de l’Union, réunis en Conseil, le mardi 25 novembre à Bruxelles3. Il doit en effetservir de base au rapport commun que la Commission et le Conseil des ministres doivent remettre au Conseil européen de printemps. Le Conseil des ministres européens a trouvé quele ton du rapport était « trop négatif ». S’il a marqué son accord sur les quatre leviers, le Conseil a rejeté l’idée d’un groupe detravail de haut niveau (le suivi des objectifs des systèmes d’éducation et de formation en Europe devant « être orienté vers l’action »). Elle aaussi demandé que le pilotage par la Commission soit « non bureaucratique, souple et s’exerce dans le respect du principe de subsidiarité » et que « le rapportintermédiaire du printemps prochain souligne les avancées et les progrès réalisés par les États membres dans la mise en œuvre » de Lisbonne. Toutce débat sur l’état d’avancement de la stratégie de Lisbonne doit encore passer devant le Parlement et être examiné dans chaque État pour pouvoiraboutir à un texte commun le 26 février prochain.

1. Pour le rapport complet, voir <<a href=’http://europa.eu.int/comm/education/policies/2010/et_2010_fr. html’ target=’_blank’class=’texte’>http://europa.eu.int/comm/education/policies/2010/et_2010_fr. html>
2. Commission européenne, VM/2 – 7/45 à 1049 Bruxelles – tél. : 02 298 71 66. http://europa.eu.int/comm/education/index_fr. html
3. Plus d’infos : <<a href=’http://ue.eu.int/newsroom’ target=’_blank’ class=’texte’>http://ue.eu.int/newsroom>

Donat Carlier

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