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Sans-papiers de la VUB, 102 jours de grève de la faim pour rien

Cela faisait 102 jours que Djamal, Youssef et les autres, les 23 sans-papiers de la VUB étaient en grève de la faim. 102 jours avec au bout l’espoir d’un permis de séjour d’un an et d’un permis de travail C.

27-04-2012 Alter Échos n° 336

Cela faisait 102 jours que Djamal, Youssef et les autres, les 23 sans-papiers de la VUB étaient en grève de la faim. 102 jours avec au bout l’espoir d’un permis de séjour d’un an et d’un permis de travail C.

Nous avons oublié d’intégrer cet article dans la version papier du 336. Le voici en gratuit avec toutes les excuses de la rédaction aux lecteurs et à son auteur.

Certains étaient en Belgique depuis 2003, d’autres depuis 2007 ou 2008. Tous ont raté le coche de la régularisation de 2009, pour des raisons diverses. Youssef avait trouvé un job, mais son employeur a fait faillite. D’autres n’étaient pas en Belgique avant la date du 1er janvier et ont donc été déboutés.

Contrairement à ce qu’a déclaré l’Office des Etrangers à la presse, la plupart des sans-papiers avaient bien demandé une régularisation de leur séjour en Belgique. Mais rarement une action de ce genre aura été marquée par tant de rumeurs, de contradictions et de désinformations.

Ces sans-papiers, ils ne viennent pas de nulle part. Originaires de Mauritanie – comme Oumar et Abou, les seuls “politiques” – ou bien de Côte d’Ivoire, de Tunisie, du Maroc ou d’Algérie, ils avaient déjà entamé des actions auparavant. Ils faisaient partie du groupe de la place Fonck, avant de se voir offrir cette maison en face de la VUB, par le recteur Paul Knop, l’un des rares à avoir fait preuve d’une véritable humanité à leur égard. Cette grève de la faim était donc pour eux “la dernière chance” de rester en Belgique, comme me l’affirmera Youssef, sur son grabat : s’alimentant uniquement en sel et en eau sucrée depuis près de 100 jours, il ne pouvait plus tenir debout.

Cette action, pour eux, ce n’était pas du chantage, contrairement à ce qu’affirmait Maggie de Block, ce n’était pas une tentative d’extorquer des droits exorbitants : c’était le moyen de réclamer un job digne, de sortir de la clandestinité. Car, si les autorités ne veulent pas d’eux, il ne manque pas d’entreprises intéressées par cette force de travail jeune et légalement inexistante…

Huit heures de travail dans l’horeca, la plomberie ou l’électricité pour 20 euros bruts : il y a des employeurs que l’absence de permis de travail n’empêche pas de dormir, à ce tarif-là…

A l’exception de la Ligue des Droits de l’Homme, qui a réagit à l’accusation de chantage proférée par Maggie de Block dans une interview de la Libre Belgique, les institutions et les politiques se sont surtout fait remarquer par leur silence. Seule la députée écolo Zoé Genot a tenté d’attirer l’attention sur cette situation. L’Office des Etrangers a repoussé toute négociation, la secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration a refusé de les rencontrer. La seule “concession” de l’Office était de leur “offrir” 30 jours de séjour en échange de la rupture de la grève. C’est ce qu’obtient, de toute façon, tout “illégal” qui accepte le retour volontaire. Une attitude de blocage sans précédent en Belgique.

Lorsque les médecins de l’Office se sont rendus dans la maison de la VUB, c’était avec une document à faire signer par les sans-papiers, dans lequel ces derniers devaient déclarer : “Je soussigné (nom-prénom) déclare ne pas vouloir être nourri de gré ou de force de façon artificielle ou médicale jusqu’à ce que mort s’ensuive. Ixelles, le 03 avril 2012”. Un arrêt de mort, en somme.

L’arrêt

Ce 24 avril, après 102 jours, les grévistes arrêtent. Enfin, pas tous : certains d’entre eux continuent jusqu’au bout. “La mort plutôt que la clandestinité” affirment-ils encore, allongés sur leur matelas à même le sol.

Les autres ont demandé à l’Office des Etrangers la possibilité de se rétablir physiquement et psychologiquement avant de retourner d’où ils viennent.

C’est la première fois qu’en Belgique, un gouvernement se montre aussi impénétrable à toute humanité envers des grévistes de la faim. On aurait pu s’attendre à autre chose de la part d’une équipe menée par un premier ministre socialiste francophone. Mais la libérale flamande Maggie De Block a sans doute des comptes à rendre à l’électorat flamand, dominé par la N-VA. Même si cette dernière a été exclue du gouvernement fédéral, elle reste toute puissante en Flandre. Comme aux Pays-Bas, comme en France, des populistes qui ne sont pas au gouvernement lui imposent un agenda de plus en plus droitier.

L’équipe Di Rupo a sans doute envoyé un signal fort à tous les candidats à l’asile en Belgique. Pas sûr que la démocratie et l’humanité en sortent grandies.

Marco Bertolini

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