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Edito

Rendons l'intégration attrayante

La question de l’intégration revient en force. N’obtiendrait-on pas de meilleurs résultats avec un parcours attrayant et accessible ?

06-07-2012 Alter Échos n° 341

Il aurait été dommage de ne pas refaire un édito sur l’intégration. D’autant plus que le sujet est franchement tendance en ce moment. Rien que ce numéro compte pas moins de quatre articles (voire cinq) autour de ce thème.

– « S’intégrer, c’est obligé ! » fait le point sur l’état des débats à Bruxelles et en Wallonie sur le parcours d’intégration pour les primo-arrivants. Eric de Jonge, du BON (Brussels Onthaalbureau/Bureau d’accueil bruxellois), met en garde par rapport à la volonté de certains de vouloir le rendre obligatoire : « Le risque, avec l’obligation, c’est de se retrouver à travailler avec des personnes peu motivées. »
– A Gand, « La Villa Kakelbont » propose d’intégrer de jeunes parents « d’origine allochtone » en offrant au sein du même bâtiment des cours de néerlandais et d’orientation sociale pour les adultes et une garderie pour leurs enfants. Une belle initiative qui fait pourtant grincer les dents de certains nationalistes flamands qui voudraient la limiter aux « contribuables ».
– Le « Management de l’islam à la Stib » présente les conclusions de Younous Lamghari qui a mené une enquête approfondie auprès des travailleurs et de la direction de la société de transport public bruxellois concernant la DRH par rapport aux travailleurs arabo-musulmans. Pas question toutefois de mettre tous les travailleurs musulmans dans le même sac, même si l’auteur pointe un groupe minoritaire de fondamentalistes à qui la présence des femmes à la Stib pose problème. Concernant ces derniers, il suggère aux dirigeants de « ne pas interpréter les codes culturels, mais de rappeler les règles du travail et de respect des personnes ».
– « Les centres culturels bruxellois sont-ils racistes ? » évoque la discrimination que subiraient de jeunes artistes de quartiers populaires de Bruxelles. On ne veut pas de leurs spectacles ? Par peur du public qu’ils draineraient ? La question reste ouverte, mais s’inscrit clairement dans le débat sur l’intégration. Ne pas permettre à de jeunes artistes d’origine étrangère de monter sur certaines scènes n’est-ce pas leur dire que la société refuse de les intégrer ?

On le voit, l’intégration – obligatoire ou non – risque de faire encore couler beaucoup d’encre au cours des mois et années à venir. Et les interprétations regorgeront sans doute de contradictions. A ceux qui auront tout fait pour s’intégrer et y seront parvenus, certains trouveront toujours quelque chose à leur reprocher : « Qu’ils n’en font pas assez, etc. »

Dommage que lorsqu’il est question d’intégration, l’attention se focalise toujours sur un groupuscule. Contrairement à certaines déclarations tapageuses, les anciens migrants sont bien intégrés et la plupart des primo-arrivants veulent l’être au plus vite. C’est en tout cas un constat de terrain. Le plus souvent, ce qui manque à ces personnes, c’est l’aide, le soutien, le fléchage qui les amènera au début de leur parcours d’intégration formel ou informel.

A terme, il conviendra de s’assurer que l’intégration – quel que soit le parcours – ait vraiment pour objectif d’intégrer la personne, et non pas de l’exclure. Hors de question que les parcours d’intégration constituent des sous-frontières Schengen avec billet retour (volontaire ?) à la clé.

Ce dispositif d’intégration devra aussi être attrayant et accessible pour ne pas dégoûter les volontaires et leur laisser le goût amer que ce n’est pas pour eux. Un défi que des projets locaux relèvent au quotidien…

Baudouin Massart

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