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Résidents permanents en camping  : la patate chaude

On parle moins aujourd’hui du Plan Habitat permanent dans les campings. Peut-être parce qu’il tourne parfois à l’aigre au plan local. L’associatif a décidé de leremettre à l’agenda du gouvernement

09-10-2009 Alter Échos n° 282

On parle moins aujourd’hui du Plan Habitat permanent dans les campings. Peut-être parce qu’il tourne parfois à l’aigre au plan local. L’associatif a décidé de leremettre à l’agenda du gouvernement.

Lundi 5 octobre, Solidarités nouvelles1 et les asbl Droit au logement (DAL) de Liège, Charleroi et Mons-Borinage ont manifesté à Namur pour le droit aulogement qui se retourne contre les habitants. On sait, par exemple, que dans certaines communes, des logements sont fermés pour lutter contre l’insalubrité sans que les habitantssoient relogés. La réquisition d’immeubles n’est pas non plus appliquée et les personnes qui réalisent des occupations constructives de bâtiments abandonnésne sont pas soutenues. Plus préoccupante est la situation des résidants permanents du camping.

À Binche-Plage, le propriétaire du camping a été jugé en correctionnelle, n’ayant plus de permis d’exploitation depuis 2002. S’il est condamné, 41personnes perdront leur logement. La commune de Binche a pourtant souscrit au plan HP – le plan régional relatif à l’habitat permanent dans les équipements touristiques– qui prévoit le départ des résidants sur une base volontaire. Mais ici, les personnes ont été radiées et ne peuvent plus bénéficier desprimes de relogement.

Au domaine de Pincemaille à Estinnes, 260 personnes vivant dans des chalets ont appris – par voie d’enquête publique  ! – qu’ils vont être expropriés. Leshabitants vivraient dans l’illégalité, ce qui étonne ceux-ci, d’autant plus qu’ils sont raccordés à l’eau, à l’électricité, autéléphone, à Internet… « Et en plus, on paie la taxe sur les eaux usées alors qu’on n’est pas raccordés aux égouts. On paie aussi le cadastre eton nous dit qu’on est illégaux », clame une habitante.

« Certaines communes profitent d’actions en justice pour se débarrasser du “problème”, expliquent Solidarités nouvelles et le DAL. D’autres, tout en menant desactions en justice, mettent au moins tout en œuvre pour reloger les habitants et éviter les expulsions. » Ils rappellent aussi que le Plan HP visait à éviter detelles dérives  : il reconnaissait l’existence d’infractions mais gelait temporairement la situation pour éviter de précariser les gens. Les associations estiment aussi qu’ilne faut plus seulement penser « relogement » dans le cadre de l’habitat permanent. « Il faut permettre aux petits revenus de rester, insiste une habitante, sinon onira rejoindre les SDF et il y en a déjà assez. »

Des ministres à l’écoute

Les manifestants ont été reçus successivement par le ministre wallon du Logement, Jean-Marc Nollet (Écolo)2, et la ministre en charge de la coordination duPlan HP, Éliane Tillieux (PS)3. Tous deux ont pris le temps d’écouter les habitants. Devant les demandes de soutien par rapport à Binche-Plage, l’un comme l’autre ontdéclaré qu’ils n’interviendront pas dans le procès au nom de la séparation des pouvoirs. Ils interpelleront toutefois le bourgmestre de Binche, Laurent Devin (PS), sur cedossier. En ce qui concerne le domaine de Pincemaille, ils comptent assister à la commission de concertation du 19 octobre.

Plus spécifiquement, le ministre du Logement signale que des moyens sont inscrits au budget 2010 pour mener des expériences de formes nouvelles de logement. Il propose d’organiserrégulièrement des réunions de concertation avec l’associatif autour de leurs revendications. De son côté, Éliane Tillieux retient la proposition de faire uneinformation auprès des parquets sur la situation spécifique des résidants permanents, afin d’éviter de les précariser davantage. Elle annonce aussi qu’elle se ferala porte-voix du plan HP auprès du gouvernement. Elle compte relancer dans ce cadre le groupe de travail intercabinets.

On rappellera qu’il aura fallu près de dix ans à la Région wallonne pour enfin lancer le plan HP en 2002 en grande pompe. Aujourd’hui, le dossier semble moins au centre despréoccupations régionales, quand il « n’ennuie » pas certaines communes. On peut d’ailleurs se demander si le transfert du Plan HP de la présidence àl’Action sociale ne tient pas du passage de « patate chaude ». Gageons qu’Éliane Tillieux ne s’y brûlera pas les doigts.

1. Solidarités nouvelles :
– adresse : rue Léopold, 36 A à 6000 Charleroi
– tél.  : 071 30 36 77
– courriel : sn.secretariat@skynet.be
2. Cabinet de Jean-Marc Nollet :
– adresse : place des Célestines, 1 à 5000 Namur
– tél.  : 081 32 18 11
– site  : www.nollet.info
3. Cabinet d’Éliane Tillieux :
– adresse : rue des Brigades d’Irlande, 4 à 5100 Jambes
– tél.  : 081 32 34 11
– courriel : eliane.tillieux@gov.wallonie.be
– site : www.tillieux.be

Baudouin Massart

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