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Quartiers en difficulté : 1,7 million d’habitants concernés

Dernièrement, Christian Dupont, ministre fédéral à la Politique des grandes villes1, a présenté l’étude “Analyse dynamiquedes quartiers en difficulté dans les régions urbaines belges”2. Au total, 1 369 quartiers – ou secteurs statistiques 3 – ont étéanalysés et plus précisément 30 % de la population des 17 régions urbaines considérées, soit 1 702 997 habitants. Dualisation et gentrification sontpointées du doigt.

21-01-2007 Alter Échos n° 221

Dernièrement, Christian Dupont, ministre fédéral à la Politique des grandes villes1, a présenté l’étude “Analyse dynamiquedes quartiers en difficulté dans les régions urbaines belges”2. Au total, 1 369 quartiers – ou secteurs statistiques 3 – ont étéanalysés et plus précisément 30 % de la population des 17 régions urbaines considérées, soit 1 702 997 habitants. Dualisation et gentrification sontpointées du doigt.

Ce nouvel atlas des quartiers en difficultés a été réalisé par l’ULB (Igeat – Institut de gestion et d’aménagement du territoire), la KUL(Iseg – Instituut voor sociale en economische geografie) et l’Icedd (Institut de conseil et d’études en développement durable). Il s’inscrit dans lalignée d’une étude de 2001 tout en s’en distinguant. L’indice synthétique a été soumis au préalable à la critique d’acteurs deterrain.

Parmi les 22 variables retenues, on pointera :
• des indices liés à la qualité du logement ou de son environnement ;
• plusieurs indices relatifs au niveau de diplôme qui « ne joue pas seulement un rôle important dans l’accès aux postes les plus valorisés et les mieuxrémunérés », mais qui « influe aussi sur la capacité des individus à faire face à différents problèmes de la vie quotidienne» ;
• d’autres indices encore portant sur les difficultés d’accès à l’emploi, ce qui contribue à la précarisation et à l’exclusion sociale, « nonseulement en raison de leurs effets en termes de revenus et de leurs conséquences directes en matière de logement ou d’accès à certains services de base y comprisculturels ou médicaux, mais aussi à travers de multiples phénomènes associés de désocialisation et de déclassement. »

Revitalisation = dualisation ?

Les politiques urbanistiques actuelles tranchent avec celles du passé : du tout-à-l’automobile, on est passé à l’amélioration du cadre de vie. Toutefois, onobserve aussi “une exacerbation des dualisations sociales”. “L’économie urbaine contemporaine fournit proportionnellement moins d’opportunités de travail auxpopulations peu qualifiées que celle, plus industrielle, de jadis”, constatent les auteurs. “En outre, les succès même de la revitalisation urbaine peuvent conduire,à travers les hausses des prix de l’immobilier, des biens et des services dans les quartiers qui en bénéficient, à en éloigner les populations les plusfragilisées.” Dès lors, il ne leur reste plus qu’à se réfugier dans des quartiers encore plus dégradés, les seuls accessibles dans leur situationfinancière.

La gentrification s’étend

Pour les auteurs, la gentrification a débuté il y a une vingtaine d’années, à Bruxelles avant de toucher d’autres grandes villes. Ils la définissentcomme suit : « Il s’agit d’un phénomène d’investissement de certains quartiers centraux, le plus souvent dotés d’un fort potentiel culturel, bienfournis en immeubles de qualité du XIXe ou du début du XXe siècle, par une population de jeunes, isolés, bien formés, en début deparcours professionnel. »

Si ces populations contribuent à la revitalisation urbaine, elles accélèrent de par leur présence la dualisation et l’éviction des revenus les plusfaibles. « Les pouvoirs publics doivent donc veiller à contrôler les effets négatifs éventuels de ces revitalisations urbaines, qu’ils encadrentd’ailleurs par les politiques d’aménagement qu’ils développent », avertissent les auteurs, d’autant que « les dotations en logements sociaux sont encoreinsuffisantes pour rencontrer les besoins. »

Tendances et typologie

Les quartiers ont été rangés en huit types, du moins en difficulté au plus problématique : du quartier de type « campus universitaires » (2 795habitants) au quartier de logements sociaux en grande difficulté (37 730 habitants). Entre ceux-ci, on trouve 106 « quartiers gentrifiés ou en voie de gentrification » (169259 habitants) et 95 « quartiers immigrés en grande difficulté » (211 055 habitants).

A priori, rien de bien neuf. Si les villes flamandes s’en sortent mieux, on trouve nombre de quartiers en difficulté dans les villes wallonnes d’ancienne industrialisation età Bruxelles, en particulier ceux qui concentrent une forte population immigrée ou d’origine immigrée.

1. Cabinet de Christian Dupont, rue de la Loi 51 à 1040 Bruxelles –
tél. : 02 790 57 11.
2. L’étude est téléchargeable sur le site du ministre Dupont.
3. Le secteur statistique est le seul découpage infra-communal permettant de réunir régulièrement un ensemble de statistiques homogènes et cohérentes pourl’ensemble des 17 régions urbaines prises ici en considération.

Baudouin Massart

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