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Quartier européen : du logement obtenu à l’arraché

Ce 26 avril, la secrétaire d’État bruxelloise au Logement, Françoise Dupuis1, annonçait à la presse que près de 1.000 logements étaienten voie de réalisation dans le Quartier européen. L’Arau (Atelier de recherche et d’action urbaines)2 relativise : certains projets sont vieux de plusieurs années etillustrent parfaitement la spéculation immobilière vécue par ce quartier.

05-05-2006 Alter Échos n° 207

Ce 26 avril, la secrétaire d’État bruxelloise au Logement, Françoise Dupuis1, annonçait à la presse que près de 1.000 logements étaienten voie de réalisation dans le Quartier européen. L’Arau (Atelier de recherche et d’action urbaines)2 relativise : certains projets sont vieux de plusieurs années etillustrent parfaitement la spéculation immobilière vécue par ce quartier.

D’après la secrétaire d’État bruxelloise au Logement, 916 logements devraient voir le jour à l’horizon 2009-2010 dans le Quartier européen. « Ils serontfinancés principalement par le secteur privé, mais aussi par le secteur public, notamment par le système de charges d’urbanisme, précise-t-elle. Il faut mettre tout enœuvre pour décloisonner le quartier, le rendre plus accessible et plus agréable, en réhabilitant l’espace public et en permettant aux habitants de se le rapproprier.L’implantation de nouveaux logements dans ce quartier jouera un rôle majeur en ce sens ». L’objectif est clair : mettre fin au ghetto administratif.
Pour y parvenir, onze projets :

• 108 appartements à Linden II – Forte dei Marmi,
• 207 appartements dans le coin Euro Village – rue Godecharles,
• 18 appartements rue d’Italie,
• 35 appartements et 75 studios sur l’îlot Comines Froissart – Léopold Village,
• 68 appartements dans l’îlot Comines Froissart – Foncière du Parc,
• 104 appartements pour l’îlot Belliard-Froissart-Etterbeek,
• 57 studios dans l’aile des Célibataires du Résidence Palace,
• 38 appartements dans la demi-lune de la chaussée d’Etterbeek – Résidence Palace,
• 19 appartements place Jourdan-Sofitel,
• 165 appartements dans l’îlot Van Maerlant,
• et 22 appartements (logement social) au 66 rue Belliard.

Bémol de l’Arau

L’Atelier de recherche et d’action urbaines rejoint la ministre sur « la satisfaction de voir la fonction logement se redévelopper dans le quartier. » Mais s’empresse de nuancer : « L’approche de la ministre consiste à inventorier tous les projets en cours. Certains sont dans le pipeline depuis des années et illustrent la spéculation àl’œuvre dans ce quartier. D’autres sont issus de développements récents et rapides sous la pression de la hausse des prix du résidentiel… bien plus que sousla pression des pouvoirs publics. Plusieurs de ces projets sont développés sur des terrains qui appartenaient jusqu’à une date récente aux pouvoirs publics.»

Et de rappeler aussi que certains projets de logements semblent avoir mystérieusement disparu, suite à la construction du Juste Lipse, du Parlement européen et du Lex2000.

L’Arau a tenté d’identifier les compensations en logement dues parfois depuis 1989 :

• Juste Lipse : « Les compensations ont été reportées dans un vaste jeu de chaises musicales sur le Résidence Palace : quand le cabinet du Premier ministre adécidé d’implanter le Centre international de presse (IPC) dans le bloc C du Résidence Palace, il a écrit à la Région que les logements prévusdans cette aile pourraient se faire dans le bloc A. Or, aujourd’hui, le bloc A est promis à une démolition-reconstruction-extension partielle pour accueillir les sommetseuropéens. Dès lors, les logements prévus sont déplacés sur le terrain Van Maerlant (9.300 m2). »
• Parlement européen : la commune d’Ixelles a refusé d’octroyer le permis d’urbanisme tant que les compensations ne seraient pas réalisées. Cette déterminationa débouché sur la reconstruction de logements place de la Gare, rues Godecharle/Italie/Wiertz et Forte dei Marmi « pour un total de 38.000 m2 sur les 42.000m2 prévus en relation avec les 216.000 m2 prévus au Parlement, plafond sans doute largement dépassé. »
• Lex 2000 : « Une partie des charges d’urbanisme obtenues en commission de concertation par l’Arau (11.714 m2) devait être réalisée dansl’aile du Résidence Palace dite des Célibataires (bloc E) qui absorbe finalement les compensations qui devaient se faire dans le bloc A du Résidence Palace. Quid,dès lors, des charges d’urbanisme du Lex 2000 ? »

Surtout des logements de standing

L’Arau reconnaît que 89.810 m2 de logements sont en cours de construction ou en projet sur les 130.220 m2 de logements proposés par le Plan médiateur de2003. En revanche, il déplore qu’ « aucune administration n’est explicitement en charge d’assurer le suivi des compensations et des charges d’urbanisme ». De même, l”Ateliertrouve les pouvoirs publics beaucoup trop attentistes, alors qu’ils sont « pourtant acteurs fonciers dans ce quartier, et acteur d’orientation en charge des plans ». Et de pointer :« Quand la ministre déclare que “récemment dans un débat, le représentant d’une des plus grandes sociétés immobilières belges exprimaitson intérêt pour la création de logements dans le quartier” et que “la diminution de l’offre de bureaux implique normalement une certaine revalorisation du secteur”, il estclair que les pouvoirs publics courent derrière l’évolution du marché. »

Autre constat : « La plupart des projets en cours présentent des densités élevées, une proportion importante de petits logements et une destination qui nerépond en rien à la demande sociale de logement telle que décrite dans le dernier rapport de l’Observatoire des loyers commandé par madame Dupuis, mais à unedemande plus locale de “pied-à-terre” de standing, qu’il faut, aussi, sans doute, satisfaire. La question est donc : Quel projet de ville voulons-nous ? »
En conséquence, l’Arau demande « une orientation de la production de logements dans le quartier européen vers des logements plus grands à même d’accueillir desrésidents, et contribuables, permanents ». Il souhaite aussi « que la question de la contribution des fonctionnaires européens aux centimes additionnels communaux etrégionaux soit mise à l’ordre du jour par la Région. »

1. Cabinet de Françoise Dupuis, bd du Régent 21-23 à 1000 Bruxelles – tél. : 02 506 3315 – fax : 02 506 33 20
2. ARAU, bd Adolphe Max 55 à 1000 Bruxelles – tél. : 02 219 33 45 – fax : 219 86 75

Baudouin Massart

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