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Culture

Quand le hip-hop rencontre la sociologie

Ce samedi 2 avril, avait lieu, près de Liège, l’Urban Mouv’, un évènement initié par des rappeurs de la maison des jeunes, « l’Atelier ». L’objectif : valoriser la culture hip-hop auprès du public et notamment auprès des « intellectuels ».

06-04-2016

Ce samedi 2 avril, avait lieu, près de Liège, l’Urban Mouv’, un évènement initié par des rappeurs de la maison des jeunes, « l’Atelier ». L’objectif : valoriser la culture hip-hop auprès du public et notamment auprès des « intellectuels ».

« On nous a pris pour des jeunes islamistes alors forcément on n’était pas content, on était frustré d’avoir été si mal compris. Mais au lieu de tout casser, on a décidé de réagir et de montrer qu’avec le hip-hop, il y a une vraie réflexion. C’est comme ça que tout a commencé » déclare Ak-flow, un jeune rappeur issu de la Maison des Jeunes de Saint-Nicolas, « L’Atelier ». C’est en 2014, à la Foire du livre politique de Liège, qu’Ak-flow et les membres de son groupe, « Ambiance Néfaste » ont présenté un de leurs textes, abordant les violences subies par les musulmans pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine. Une partie du public alors, a ressenti ce texte comme trop radical.

Suite à cela et plus largement, face au manque de reconnaissance et à la mauvaise image dont souffre la culture hip-hop, ils ont décidé de s’interroger sur leur art, leur moyen d’expression. Ils choisissent donc d’aller à la rencontre d’un monde qu’ils n’ont pas l’habitude de côtoyer, celui des « intellectuels ». Après plusieurs échanges, un constat s’impose : si la démarche est différente, le hip-hop et la sociologie aborde des thématiques semblables.

Ainsi est né « Urban Mouv’ », une journée dédiée à la revalorisation de la culture hip-hop et au décloisonnement de deux mondes qui, selon l’une des organisatrice, « ont une passion commune : lutter contre les injustices ». Elle poursuit : « le hip-hop est souvent considéré comme une sous-culture. Alors le but de cette journée, c’est de dire ‘nos intelligences sont d’égales valeurs et ont en commun une profonde humanité et l’envie d’aller vers un monde meilleur’ ». Des mondes finalement assez complémentaire, explique Ak-flow, l’initiateur de l’évènement : « On veut vraiment, à travers des conférences, se faire rencontrer ces deux mondes et donner à un public plus large la valeur du hip hop d’une part et la valeur de la recherche d’autre part, pour rendre son travail plus accessible. L’idée c’est qu’en fait, ce sont deux mondes qui ont des choses à s’apporter mutuellement ».

L’un des sociologues qu’ils ont rencontré est Marco Martinielle, directeur du CEDEM (Centre d’étude de l’Ethnicité et des Migrations et professeur à l’ULG. Leur premier échange a eu lieu dans les locaux de l’Université de Liège : « Ils étaient une dizaine, en délégation. Et je me suis rendu compte que pour certains, c’était la première fois qu’ils y mettaient les pieds ». Après une discussion de plusieurs heures, ils se sont quittés avec un autre rendez-vous programmé : cette fois, les rappeurs auraient lu des textes scientifiques et le sociologue, écrit un rap. « Ils pensaient que je ne le ferais pas » sourit-il. Pour les artistes de la maison de jeunes, ce fût l’occasion de découvrir le monde universitaire, dont certains avaient un peu peur, de le désacraliser. Pour le sociologue, un enrichissement personnel et professionnel : « Ca me conforte dans l’idée que j’ai depuis longtemps, que ces jeunes parfois considérés comme les perdants dans nos sociétés ont, en fait, des analyses précises et des solutions à certains problèmes de multiculturalisme car ils le vivent et l’expérimentent tous les jours. »

Le hip-hop comme exutoire

Au programme de la journée, des conférences abordant des thématiques diverses telles que la place l’égalité homme-femme, l’influence du hip-hop sur la société ou encore l’immigration. Dans l’idée de conférences un peu « alternatives », des démonstrations artistiques de plusieurs Maisons de jeunes entrecoupaient les prises de parole d’experts. Des jeunes très investis sont montés sur scène. Malgré quelques petites imprécisions, le public a pu entendre des textes significatifs et bien écrits, scandés par des voix graves et posées. Leurs textes, souvent revendicateurs renouent avec les origines du hip-hop : un moyen d’expression privilégié des minorités, notamment aux Etats-Unis où est né le mouvement suite aux tensions sociales et raciales des années 70.

A travers la danse, le graff ou le rap, les artistes urbains appellent à la réflexion, à la critique sociale et à l’agir ensemble. Une forme de poésie moderne qui plaît à ces jeunes. « L’agressivité qui peut parfois transparaître dans le hip-hop, elle vient du fait que c’est un canalisateur d’émotion, un exutoire » confie Patribe avant de montrer, par le Krump, un type de danse très expressif, « ce qu’il se passe dans ma tête quand je suis dans mon lit le soir ». La danse lui permet d’oublier les problèmes qu’il a pu avoir et d’expulser ses frustrations hors de lui. Et ça se voit. Un jeune garçon d’une quinzaine d’année prend lui aussi le micro pour exprimer ce que représente le hip-hop pour lui et conclut : « J’ai trouvé ma voie pour ne plus souffrir en silence ».

Marie Jauquet

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