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L'actualité sociale avec le décodeur

üu début septembre 2001 entrait en vigueur un nouveau décret réorganisant les centres d’éducation et de formation en alternance. Mise en œuvre par leministre de l’Enseignement secondaire, Pierre Hazette, cette réforme, qui vise à relier l’alternance à l’ensemble du système scolaire pour la revaloriseret y attirer plus d’élèves, avait suscité de nombreux remous chez les travailleurs du secteur. Nous avons interrogé trois coordonnateurs de CEFA pour poser unpremier bilan de cette année de réforme.
CEFA d’Ixelles-Schaerbeek
Jean Vander Elst, coordonnateur au CEFA libre confessionnel d’Ixelles-Schaerbeek1, explique d’emblée qu’il est beaucoup trop tôt pour faire le bilan réel decette réforme. Le décret datant de début septembre, rien n’avait été mis en place pour accompagner le changement. Ainsi, il ne constate pas dedifférence de recrutement dans son CEFA. Le flou entourant la réforme et l’absence d’information des élèves l’expliquent. Mais « je pense que leschoses vont pouvoir changer en termes de recrutement, note-t-il. Cela dit, la réputation de notre CEFA dans certains domaines comme la construction nous amenait déjà des jeunesqui ont de grandes possibilités ».
La réforme prévoit que la première forme d’alternance sera celle des articles 49 du décret missions (qui délivrent les mêmes certificats que dans le pleinexercice). L’organisation d’art. 49 était possible depuis 1996 et le CEFA d’Ixelles-Schaerbeek l’avait mis en place de façon « fort importante et volontariste ». «Parce que cela permet deux choses : que tous les jeunes aillent jusqu’à une 7e et obtiennent donc un certificat du secondaire supérieur (et c’est l’objectif final) et que les jeunes deplus de 18 ans aillent jusqu’à un CQ6 équivalant à celui du plein exercice. Et j’ai constaté que ce changement en art. 49 est plus exigeant surtout au niveauadministratif. On a beaucoup moins de possibilités de se mettre au niveau des jeunes pour les faire avancer. »
Jean Vander Elst note un autre problème : « Si je garde l’optique de l’art. 49 (alors que mes élèves sont principalement en demande de CQ6, de qualificationimmédiate), je me coince quelque part. Je dois leur donner un certain nombre de cours généraux et diminuer la formation professionnelle et technique, ce qui amène àsous-traiter cette dernière aux entreprises. Or, celles-ci n’en ont pas nécessairement les moyens en personnes et compétences ». Pour J. Vander Elst, il faudrait biendifférencier dans la réglementation les deux possibilités de l’art. 49 pour que ceux qui s’arrêtent au CQ6 aient moins de formation générale (tout enétant clairs avec le jeune qui n’atteindra pas le CESS) ou alors que, sur le long terme, les entreprises développent plus de capacité formative ou encore que lesélèves viennent plus au CEFA et moins en entreprise. « µe risque c’est que les deux possibilités contenues dans l’art. 49 s’entravent l’une l’autre. Nous avonsà faire la même chose que le plein exercice, mais en 15 heures au lieu de 25 ».
Pour le reste, le conseil zonal de l’alternance n’a pas encore réellement démarré sur Bruxelles mais il a été mis en place. Le coordonnateur du CEFAd’Ixelles-Schaerbeek pointe aussi les exigences de titre pédagogique pour les accompagnateurs qui entravent l’embauche de personnes venant des entreprises. Il note surtout lesdifficultés d’adaptation que pose l’absence d’arrêtés d’application (une circulaire interprétative n’a pas répondu à toutes les questions sur le plan destitres, des qualifications, de l’administration…).
CEFA de Saint-Gilles
Sur le plan du processus, Marie-Jo Sanchez coordonnatrice au CEFA de Saint-Gilles2 (Cpéons), note que si les coordonnateurs ont été sollicités (et se sont entendus entreeux), on les a peu écoutés. Elle signale aussi que les enseignants se sont sentis complètement mis sur le côté. Notamment ceux qui ont vu passer leurs horaires de 22à 30 périodes sans concertation (ce qui a soulevé des velléités de grèves dans certaines structures). Elle regrette par contre que les syndicats «aient été complètement timorés » : « Ils ont voté ce décret sans avoir de position claire ». « Mon syndicat, la CGSP, a toujoursété anti-CEFA pour la plus mauvaise des raisons : ‘le CEFA participerait d’un secteur de l’insertion qui pompe du pognon qu’on devrait investir dans l’enseignement’ ; alors que c’est unestructure scolaire qui va chercher des pratiques intéressantes dans l’insertion ». De plus, M.-J. Sanchez s’étonne d’une position qui ne s’oppose pas à une obligationscolaire à temps partiel (« puisque ça fait beaucoup d’emplois ») mais ne propose rien en matière de décrochage scolaire si ce n’est sur le plan de larépression de la violence ». Elle regrette également que personne ne sache comment appliquer le nouveau décret, comment gérer la transition… « Nous avonsfait comme le plein exercice : rentrer des programmes pour nos articles 49 (mais nous gardons une section de transition vers le CQ6 ancienne manière). Mais personne ne nous a riendemandé… » Notons par ailleurs que les articles 45 (qualifications moins élevées ouvertes sur la base d’une demande économique) pourront être mis enplace dès septembre (à la suite d’un accord au sein du réseau de l’école qui le fera) : après deux ans, si la CCPQ n’a pas repris l’option ouverte, on laferme. « Mais que deviendront les élèves ? » se demande Marie-Jo Sanchez.
La coordonnatrice ressent un certain vent de panique dans le plein exercice et craint que les écoles n’envisagent les collaborations nouvelles possibles avec les CEFA sur le mode de laconcurrence. Elle confirme pourtant que l’arrivée timide d’un nouveau public d’un plus haut niveau d’acquis scolaires (6 élèves sur 90) est positive en ce qu’elle adynamisé certains cours et permis aux profs de renouveler leurs relations avec des classes et de se sentir revalorisés. Pour ce qui est des autres élèves face au nouveauniveau d’exigences : « D’une part, il n’y a pas volonté des CEFA de durcir leur fonctionnement, notamment afin de ne pas évacuer leur public d’origine. Cependant l’adaptationnécessaire des programmes de formation induit automatiquement un durcissement des exigences à acquérir. D’autre part, il est important de ne pas oublier que même au pleinexercice, les élèves n’atteignent pas les niveaux CQ6 des profils de qualifications de la CCPQ, il n’est donc pas évident que nos élèves réussirontnotablement moins bien que ceux du plein exercice. Pour l’avenir, il nous semble que la priorité doit être mise sur une exigence plus grande en matière de pratique professionnelleet donc en matière de formation par les entreprises qui prennent nos élèves. »
CEFA de Morlanwelz
Philippe Blanchart, coordonnateur au CEFA de la CFWB à Morlanwelz, espère que « le flou artistique ne v
a pas léser les jeunes en termes de certification ». Demanière plus générale, il aurait préféré disposer d’un an d’adaptation avant de devoir appliquer le nouveau texte. Il confirme ses craintes initiales enmatière de lourdeur administrative. Il regrette également le mode de désignation des enseignants qui dans le réseau de la CFWB se base sur l’ancienneté descandidatures dans une grande réserve de recrutement. Cela l’entrave dans ses choix de personnels et désavantage des personnes présentes depuis longtemps en CEFA et qui ne sontpas encore nommées. Toutefois, le conseil zonal auquel il se rattache s’est réuni deux fois et va être utilisé pour mettre en commun (en interréseaux) des ressourcesen termes de recherche de contrats et de négociations avec les entreprises.
1 Rue Mercelis, 38 à 1050 Ixelles, tél. : 02 511 23 16.
2 Rue de la Croix de Pïerre, 73 à 1060 Bruxelles – tél. : 02 537 55 37.
3 Rue Warocqué, 46 à 7140 Morlanwelz – tél. : 064 43 21 88.

Donat Carlier

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