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"PratiCâble : création d'une entreprise d'insertion, un parcours difficile, des enseignements pour la"

05-11-2001 Alter Échos n° 108

Depuis deux ans, l’asbl d’insertion bruxelloise FIJ a tenté de monter un projet d’entreprise d’insertion visant la formation et la mise à l’emploi dejeunes dans le domaine de la pose de câbles pour le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC). Deux ans pour mûrir un projet. Deux années auterme desquelles le conseil d’administration de FIJ a considéré que les conditions requises pour le lancement du projet PratiCâble n’étaient pas réuniespour qu’il soit viable. Parmi les conditions requises, il y a un partenariat solide avec une entreprise privée, l’obtention de fonds publics pour le projet, l’engagementd’un manager “social”.
Outre bien sûr le problème déterminant de l’obtention de fonds publics pour lancer de tels projets, Suzanne Beer1, membre du CA de FIJ, insiste sur deux aspects qui luisemblent cruciaux dans le lancement de projets d’entreprise d’économie sociale.
Concilier des finalités très différentes
Un premier aspect, et une des premières difficultés d’un tel projet, est la rencontre des univers de l’entreprise privée et d’un projet à vocationsociale. Pour madame Beer, un partenariat entre des mondes si différents ne peut se construire qu’à travers un dialogue long et suivi. Au cours du montage de la collaboration, lesquestions de rentabilité sociale et financière doivent être clairement étudiées. Un élément clef semble être la mise en place d’unpartenariat solide de sous-traitance avec une entreprise privée. Toutefois, la sous-traitance par le secteur des entreprises sociales présente la fragilité d’être ledernier maillon de la chaîne. Celui qui saute en premier en cas de ralentissement économique.
L’autre aspect crucial dans la mise en place d’un tel projet est le choix du manager. Les entreprises d’économie sociale ont besoin de managers qui rassemblent descompétences très différentes poursuivant à la fois des objectifs liés à la rentabilité financière (et à la gestion des subsides) età l’apport social que doit fournir le projet (notamment par une approche pédagogique). Souvent, pour ce poste clef, le social fait appel à des personnes du secteurprivé, souvent plus âgées, pour qui il n’est pas rare d’avoir un déficit au niveau du management social, devant entre autres mobiliser un personnelprésentant des difficultés diverses et importantes en termes d’insertion. Il est par ailleurs souvent difficile que ces managers prennent réellement le projet àbras-le-corps, n’étant pas eux-mêmes à l’origine.
Ce chef d’entreprise social ne doit pas non plus être trop associatif afin d’être capable de se lancer sur la scène économique du marché et de laconcurrence.
Et, au niveau de la concurrence justement, les domaines dans lesquels les projets sociaux sont lancés se situent le plus souvent dans les secteurs de l’horéca et dubâtiment, créneaux très concurrentiels, notamment à cause du travail au noir.
“Dans une série de projets d’entreprise sociale, le client est peu solvable, fait remarquer Suzanne Beer. Or, poursuit-elle, si on veut insérer des gens à faiblerentabilité, il faudrait s’intéresser à des clients très solvables, mais la qualité à atteindre doit alors être plus élevée, parexemple en termes de délais de livraison, ce qui n’est pas toujours possible étant donné le niveau de rentabilité plus faible du personnel.”
Deux propositions
Dans ce contexte, où on pourrait parfois penser que l’on est face à la quadrature du cercle, l’administratrice de FIJ émet deux propositions. D’une part, mettreau point une formation spécifique de manager d’entreprises d’économie sociale, en collaboration et dans le cadre d’une spécialisation au sein des écolescommerciales, en collaboration peut-être avec les organismes de formation publics. Ces formations devraient offrir une reconnaissance et être associées à unepossibilité de subvention permettant de rémunérer correctement le futur manager en économie sociale.
D’autre part, Suzanne Beer suggère de créer des asbl d’économie sociale ou d’insertion par l’économique qui pourraient ne fonctionner qu’avecdes subsides, ou en tout cas ne pas devoir viser la rentabilité comme c’est le cas actuellement avec les entreprises d’insertion bruxelloises. La proposition d’asbld’insertion par l’emploi actuellement à l’étude au cabinet Tomas pourrait rencontrer ce souhait.
1 Contact : Suzanne Beer, tél. : 02 237 72 04 (Febisp).

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