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Regard critique · Justice sociale

Petite enfance / Jeunesse

Plan jeunesse : camouflet pour Evelyne Huytebroeck

Les commissions consultatives du secteur rejettent la note d’intention de la ministre Evelyne Huytebroeck au sujet du « plan jeunesse ».

03-04-2011 Alter Échos n° 313
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« Le plan jeunesse est sur les rails », pouvait-on lire sur le site de la ministre de la Jeunesse. C’était sans compter sur le secteur, dont les commissions consultatives ont rejeté en bloc la note d’intention du plan.

Les giboulées de mars. Le temps variable. Un jour, le Plan jeunesse d’Evelyne Huytebroeck est « sur les rails », si l’on en croit le site de la ministre, quelques jours après, le mercredi 23 mars, les commissions consultatives du secteur jeunesse le rejettent à l’unanimité. Une unanimité qui constitue un sérieux camouflet pour la ministre qui avait fait de ce plan sa priorité en matière de jeunesse (voir Alter Échos n° 301 : « « Plan jeunesse » : premières frictions »).

Ce plan, à destination des 12-25 ans, vise à « plus de cohérence » et à « une meilleure coordination des énergies » pour une jeunesse « découpée » entre secteurs (jeunesse, aide à la jeunesse, santé, sports, culture, etc.). Une conférence interministérielle permanente devait voir le jour à cette fin. Mais sans le soutien du secteur de la jeunesse, un tel plan paraît difficile à mettre en œuvre, dans l’immédiat du moins.

Quelques informations filtrent des organisations de jeunesse. On sait qu’une partie non négligeable du secteur jeunesse estime que la concertation lancée par la ministre était biaisée ; que la note d’intention, objet de toutes les critiques, était « au mieux un catalogue de bonnes intentions », au pire « un enchaînement de poncifs, avec peu de propositions concrètes », nous dit-on discrètement. Une note d’intention « sans moyens niéchéancier », dénoncent des voix du secteur.

Voici quelques extraits de l’avis de la Commission consultative des organisations de jeunesse à ce propos : « La CCOJ ne peut que remettre un avis négatif sur cette note d’intention qui véhicule une image négative de la jeunesse : tout est à apprendre aux jeunes (…) cette focalisation sur une jeunesse en difficulté participe à sa stigmatisation (…) l’ambiguïté et le flou de cette note éveillent davantage des inquiétudes que des espaces de possibles et de potentialités. » Au milieu de ce verdict sans appel, on remarque que la CCOJ se dit « plutôt favorable sur l’ambition générale d’un plan jeunesse,mais elle est plus réservée sur la vision de sa mise en œuvre. » Une porte entrouverte…

Il faudra « revoir la copie »

Quel sera le prochain mouvement de la ministre face à ces constats sévères des organisations de jeunesse et autres centres et maisons de jeunes ? Pour l’instant, au cabinet d’Evelyne Huytebroeck, on encaisse le choc et on demande du temps pour bien s’imprégner du contenu de ces avis, encore tout chauds. Bernard Mathieu, conseiller de la ministre, avoue volontiers qu’il faudra « revoir la copie », lorsqu’on évoque la note d’intention. Quant au lancement de la Conférence interministérielle, il risque d’être « moins évident », car une chose va manquer : la légitimité du secteur.

Bernard Mathieu se refuse néanmoins à la résignation : « Les avis sont négatifs mais à la fois très constructifs. Désormais,le secteur est d’accord avec l’idée d’un plan jeunesse, ce qui n’était pas forcément le cas il y a six mois. » Au cabinet, on se rassure comme on peut :« Il y a ces deux avis négatifs, mais il ne faut pas oublier que la note d’intention a reçu des avis positifs du Conseil de la jeunesse, un avis approbatif du Conseil communautaire de l’Aide à la jeunesse, des avis positifs du délégué général aux droits de l’enfant ou encore de l’Observatoire de l’enfance de la jeunesse etde l’Aide à la jeunesse. » Il faut aussi dire que le secteur semble assez méfiant vis-à-vis des propositions de la ministre. Bernard Mathieu a son idée à ce sujet : « Il y a des habitudes politiques dans ce secteur. Ils sont généralement dans une démarche de négociation plus que de construction collective. Des positions sectorielles ont été exprimées. On nous dit « rassurez-nous, ce plan ne doit pas avoir d’impact sur le budget jeunesse » et « montrez-nous que ça peut avoir unimpact positif sur le secteur ». Et surtout, ils veulent du concret, ils veulent savoir à quoi ça va aboutir. »

Cela n’empêche pas que l’année 2011 augure de longues discussions pour tenter de définir un plan dont l’avenir semble bien incertain.

Cédric Vallet

Cédric Vallet

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