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Occupations d’immeubles privés… et sociaux ?

Ces dernières semaines ont été marquées par quelques actions d’occupations d’immeubles, menées par des associations de défense de locataires. Lesoccupants de l’Hôtel Tagawa demandent même à pouvoir occuper des logements sociaux inoccupés. Autant d’actions visant à dénoncer des manquements enmatière d’application du droit au logement.

06-10-2006 Alter Échos n° 216

Ces dernières semaines ont été marquées par quelques actions d’occupations d’immeubles, menées par des associations de défense de locataires. Lesoccupants de l’Hôtel Tagawa demandent même à pouvoir occuper des logements sociaux inoccupés. Autant d’actions visant à dénoncer des manquements enmatière d’application du droit au logement.

Action du RBDH à Etterbeek

Ce 25 septembre, le RBDH (Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat)1 a occupé temporairement un immeuble de 7 logements, situé à Etterbeek, et quiest vide depuis dix ans. Objectif de l’asbl : “attirer l’attention sur l’immobilisme des opérateurs publics dans l’exercice du ‘droit de gestion publique’ enrégion bruxelloise et le nombre élevé de logements vides estimé à au moins 15 000.”
Le RBDH rappelle que le droit de gestion publique, inscrit dans le Code bruxellois du logement, “permet aux opérateurs publics de logements (autorités communales, CPAS,régies foncières, Fonds du logement, SLRB) de prendre en gestion un logement vide et de le rénover en conformité avec le Code du logement dans le but de le louer àun tarif social.”
À la veille des élections communales, le RBDH invite les opérateurs concernés, en particulier les communes, à mener une politique volontariste de recours au droitde gestion publique pour lutter contre la crise du logement. Il demande aussi que le terme actuel de prise en gestion publique de neuf ans soit étendu à “une périodeillimitée déterminée par le temps nécessaire à l’amortissement des investissements”. Enfin, il demande à la Région bruxelloise decréer “une cellule d’appui aux communes, qui opérerait de façon proactive au cas par cas des logements vides.”

Propriétaire “scientologue” mécontent

Depuis le 28 septembre, plusieurs dizaines de locataires occupent les anciens bureaux de la Cocof. Situés aux 101-102-103 du boulevard de Waterloo, le long de la petite ceinture, celareprésente une superficie de 7 000 m2. Des affiches et des banderoles ont été accrochées à la façade invitant à la solidarité. Laplus récurrente résume la lutte contre les bâtiments vides : “C’est vide, donc j’occupe !” Les occupants ont remis en état de marche l’électricité,l’eau, les sanitaires et le chauffage. Ces bâtiments inoccupés depuis 4 ans seraient à l’heure actuelle la propriété de l’Église de Scientologie qui envisaged’y installer son centre européen. Cette dernière aurait déposé plainte.
À la base de cette action, on retrouve le Collectif Colère, qui regroupe quatre associations de défense des locataires : l’Union des locataires marollienne, le Syndicat deslocataires, l’Union des locataires de Saint-Gilles et la Fée coopérative2. Ils dénoncent l’inertie des pouvoirs publics et les promesses non tenues par le gouvernementbruxellois. Ils pointent les retards énormes pris dans la construction annoncée de 3 500 logements sociaux sur 5 ans ; les 30 000 familles en attente d’un logement social auxquelless’ajoutent les sans-papiers et ceux qui ne veulent pas d’un logement social, les 1 200 SDF et la moitié des Bruxellois qui vit avec moins de 1 000 euros par mois ; l’inutilité delois censées lutter contre les immeubles vides (la loi sur la réquisition des maisons vides dite « loi Onkelinx » et le droit de gestion publique du Code du logement).
À l’heure où nous bouclons cet article – 6 octobre -, une opération d’expulsion était en cours. Les occupants se barricadaient, tandis qu’une sociétéprivée procédait aux changements des serrures.

Réquisitionner les logements sociaux vides ?

Pionniers de l’occupation des immeubles vides, les quelque cinquante occupants de l’Hôtel Tagawa situé sur l’avenue Louise sont aujourd’hui menacés d’expulsion. Alorsqu’aucun projet de réaffectation n’est prévu par le propriétaire, personne ne comprend pourquoi il rompt ainsi plus de 3 ans et demi d’occupationconcertée.
L’asbl « 321 logements »3 qui réunit les habitants de l’hôtel est donc à la recherche de solutions de relogements. À cette fin, ils ontdécidé de rencontrer les représentants du Foyer ixellois pour leur proposer une solution plutôt originale : pouvoir prendre en gestion des logements sociauxinoccupés.
L’asbl avance plusieurs arguments :
• une des familles nombreuses de l’hôtel est quatrième sur la liste d’attente du foyer. Cela fait neuf ans qu’elle attend pour un logement social ;
• plus d’une centaine de logements du Foyer sont laissés vides en attente de travaux de rénovation. Un programme de rénovation servira à en remettre àniveau plus de 70 d’entre eux, mais des dizaines d’autres resteront inoccupés pour encore de nombreuses années en attente de nouveaux budgets de rénovation ;
Dès lors, se basant sur l’article 14 de l’ordonnance sur les logements sociaux, l’association demande que trois de ces logements lui soient confiés pour qu’elle puisse lesmettre transitoirement à disposition des familles expulsées. L’association s’engage à assurer la rénovation utile de ces logements en termes desécurité et de salubrité, notamment au travers d’un système d’insertion par le travail de ses membres.
L’association bénéficie du soutien du RBDH et des habitants du quartier Boondael.

1. RBDH-BBRoW, rue du Grand-Serment, 2 bte 1 à 1000 Bruxelles – tél. : 02 502 84 63 – courriel :rbdh@skynet.be .
2. Collectif COLERe asbl – courriel : collere@yahoogroupe.frgroupe de discussion
blog : http://colere.blogspirit.com
3. “ Asbl 321 logements”, contacts : Thomas Dawance – tél. : 0475 39 79 22 ; Saïd Deraoui – tél. : 0495 33 73 02.

Baudouin Massart

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