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Novlangue : décortiquer les mots du pouvoir

La novlangue est à la base le nom donné à la langue officielle d’Océania dans le roman d’anticipation 1984 de George Orwell, pour décrire une langue simpliste qui refuse toute subversion ou critique du pouvoir. Elle est pratiquée aujourd’hui par le monde politique, économique et médiatique. Décryptage avec Olivier Starquit, responsable du service formation de la CGSP wallonne et spécialiste de la novlangue.

24-03-2015
Novlangue : décortiquer les mots du pouvoir (c) Craig Sunter

La novlangue décrit le jargon utilisé par le monde politique et économique pour imposer en douceur des idées. Décryptage avec Olivier Starquit, responsable du service formation de la CGSP wallonne et spécialiste de la novlangue.  

A.E : La novlangue est à la base le nom donné à la langue officielle d’Océania dans le roman d’anticipation 1984 de George Orwell, pour  décrire une langue simpliste qui refuse toute subversion ou critique du pouvoir. Comment décrire la novlangue aujourd’hui ?

O.S : La novlangue vise à atténuer, lisser, édulcorer des situations. Elle se diffuse de manière sournoise et insidieuse. Par la force des choses, certains mots deviennent constamment utilisés et se mettent à penser pour nous.

A.E : Qui utilise la novlangue ?

O.S : Le monde politique apprécie utiliser la novlangue et ses euphémismes pour atténuer les conflits. Or, la démocratie implique d’organiser le conflit de la meilleure manière possible. Les acteurs du monde médiatique aussi, sciemment ou non, pratiquent la novlangue. Sans oublier le domaine du management.

A.E : Des exemples ?

O.S : On ne dit pas qu’on « expulse » les gens mais qu’on les « éloigne ». On ne parle pas de « bombardements » mais de « frappes »…

Dans le domaine du management, on demande aux travailleurs de faire preuve de « vulnérabilité robuste », un oxymore pour les enjoindre d’être fort et souple à la fois. Cette injonction paradoxale déstabilise.

La gouvernance est aussi un mot de la novlangue. Jusque dans les années nonantes, on utilisait le mot « gouvernement ». Le terme « gouvernance » est venu des Etats-Unis, d’institutions comme la Banque Mondiale ou le FMI. Il implique un autre manière de gouverner qui prenne en compte la société civile. Selon la « gouvernance », on est sensé être ensemble dans le même bateau. En revanche, ce terme ne dit pas que nous n’avons pas tous la même place dans ce bateau. Une petite ONG ne fait pas le poids face à un grand lobby.

A.E : Quel est l’intérêt de décortiquer la novlangue ?

O.S : Il s’agit de faire preuve de davantage de lucidité face aux mots utilisés, de trouver le mot le plus pertinent pour refléter la réalité. Connaître les subtilités de la novlangue permet de se réapproprier des leviers de réflexion et de contestation.

Les procédés de la novlangue

L’inversion de sens et l’oblitération de sens (faire disparaître les mots subversifs) : des charges sociales au lieu de part socialisée du salaire, dette publique (qui masque le crédit public qui lui est indissolublement lié).

L’euphémisme : On ne fait plus la guerre, on lance des frappes

La synonymie cosmétique : manager pour patron

L’intégration dans un plus vaste ensemble : parler des discriminations permet de ne pas évoquer une discrimination en particulier

L’importation de mots : downsizing, manager, benchmarking…

La métaphore : la concurrence est érigée en modèle dans tous le domaines

La création de nouveaux mots : flexicurité

L’oxymore : comme le développement durable

L’antonomsase : figure de style par laquelle un nom propre est pris pour un nom commun  (Bologne Lisbonne)

Le on crapuleux : pour occulter les causes

L’usage du conditionnel : pour minimiser certains faits

Source : Olivier Starquit, La novlangue néolibérale, publication de Barricade, 2010. Consultable en ligne.

Atelier Novlangue : Les mots sont des armes. Reprenons le pouvoir !

Le centre de jeunes Taboo, en partenariat avec les JOC de Charleroi et la Bibliothèque de l’UT, organise un atelier pour apprendre  à reconnaître et à décoder les « mots du pouvoir » et peser dans le débat démocratique. Austérité modérée, croissance raisonnée, handicap de compétitivité, ou encore trajectoire budgétaire… Tous ces mots seront décryptés par le spécialiste de la novlangue Olivier Starquit.

En pratique : Jeudi 26 mars à 19h30. À la Bibliothèque de l’U.T. (Espace Adultes) Boulevard Roullier, 1 à Charleroi. Gratuit –  A partir de 15 ans Infos et réservations  : 071/641.307. tabou@brutele.be / www.cjtaboo.be / Page facebook

 

 

Manon Legrand

Manon Legrand

Coordinatrice Alter Échos, journaliste (social, logement, environnement)

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