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""Nomades" : la randonnée et le voyage comme alternatives à l'enfermement"

01-10-2002 Alter Échos n° 128

La randonnée et le voyage comme alternatives au placement en IPPJ et à l’enfermement en institution psychiatrique, c’est ce que propose l’asbl namuroise «Nomade» 1. Lesdeux travailleurs sociaux, Raphaël Lafontaine et Ben Hachemi Mohamed, portent leur projet à bout de bras depuis un an et demi.
C’est dans la structure de l’Institut médico-pédagogique Kegeljan qu’ils ont démarré. «Nous avons proposé un outil très humble et des méthodesde travail différentes dans un contexte institutionnel où l’ambiance et le cadre de travail étaient peu agréables : beaucoup de violence ainsi qu’une rotation depersonnel élevée. Nous proposons la randonnée en montagne pour sortir du schéma ‘vidéos-hamburgers’ et des sports de consommation facile. À travers larandonnée, les jeunes ont l’occasion de découvrir la flore, la faune, l’astronomie, la cartographie et bien d’autres choses. Ils apprennent à se prendre en charge, à segérer, à développer l’esprit d’entraide. S’ils font une crise, il leur reste à dormir dehors. En faisant le tour d’une montagne, nous apprenons à avancer au rythmedu plus faible tout en mettant celui-ci en valeur», explique R. Lafontaine, également accompagnateur de randonnées, guide nature et amoureux du voyage.
Miser sur la qualité
«Le voyage devient l’aboutissement d’une série de microprojets développés tout au long de l’année en vue de préparer la randonnée. Nous avonseffectué l’année passée l’ascension du plus haut sommet d’Afrique du Nord au Maroc. Les jeunes ont préparé des dossiers sur le pays, ont fait de la recherche surInternet, ont suivi des cours élémentaires d’arabe. Ils ont aussi appris à utiliser la presse comme un outil pédagogique pour que celle-ci leur renvoie une image dehéros plutôt que celle de crapules qui cassent les voitures. Ce qui fait qu’ils s’efforcent à un meilleur contrôle d’eux-mêmes.»
Pour ce faire, les deux travailleurs sociaux souhaitent également disposer du meilleur matériel de randonnée, et ils ont obtenu pour leur voyage au Maroc 17.352 euros de sponsorsprivés, en ce compris les billets d’avion des jeunes. Idem pour un tour d’Écosse à vélo où ils ont obtenu 12.394 euros qui leur ont permis d’acheter desvélos «nickel». Car se procurer du matériel neuf et à la pointe fait partie de leur projet pédagogique tout en étant une garantie desécurité.
Les voyages ainsi préparés offrent aux jeunes un temps où ils peuvent décanter la crise et où l’institut a le temps de prendre des mesures. Les jeunes reviennentaussi avec des traces photographiques ou vidéo, ce qui les sort d’une logique d’échec tout en dynamisant leurs liens sociaux. «Il importe qu’ils puissent faire apparaîtreleurs talents et qu’à leur retour ils aient envie de faire une démarche d’inscription dans l’associatif et ainsi se recréer un ancrage dans un réseau social etgéographique au lieu d’être dans un vase clos. Cela provoque aussi un décloisonnement de l’institution. Il faut s’interroger sur la crise que vit le jeune, sur le vase clos desinstitutions mais aussi sur la politique globale de prise en charge du jeune caractériel. Les pouvoirs politiques ne proposent pas d’outil de gestion de la crise. On attend le passage àl’acte pour prendre des décisions. Ce qui donne des placements sauvages en centres fermés et en hôpitaux psychiatriques ou bien les jeunes se retrouvent seuls en kot. On n’a pasde politique globale avec trois portefeuilles ministériels rien que pour un seul jeune.»
Des moyens : le nœud gordien ?
Pour obtenir les moyens de leurs ambitions, outre le sponsoring, les deux travailleurs ont décidé «d’enfoncer les portes» de tous les cabinets ministérielsconcernés, portes qu’ils trouvent trop rétives à s’ouvrir lorsqu’ils mettent des gants. Celle du ministre de la Justice qui a opposé son refus. Celle de Willem Draps(Région de Bruxelles-Capitale) qui, après avoir montré son intérêt, s’est retiré. Celle du ministre Detienne qui «n’octroie que 7.436 eurosmalgré les promesses initiales». Celle de Marie Arena qui, après un premier enthousiasme sous la caméra de l’émission L’Hebdo de la RTBF, s’étaitretirée également, puis s’est ravisée pour octroyer un poste PTP pour un troisième travailleur : M. Chapeta, issu directement des jeunes de l’IMP Kegeljan où ilséjournait depuis cinq ans, et qui s’est engagé à suivre une ou plusieurs formations. «Un projet dans le projet : nous créons un emploi, ce qui devrait être lapremière raison sociale des asbl», insiste encore R. Lafontaine.
Quant au cabinet de Nicole Maréchal, a priori le premier compétent puisqu’il s’agit bien ici d’aide aux jeunes en difficultés, il a donné la promesse de 2 millionsaprès analyse du dossier. Le directeur de l’IMP Kegeljan s’est proposé comme partenaire, ce qui permet quatre voyages par an pour les jeunes de l’IMP et quatre voyages par an pour lesjeunes issus du secteur de l’Aide à la Jeunesse. Le prochain voyage est prévu ce 12 octobre à Peyresq, en Ardèche.
1 Asbl Nomades, ave Jean Materne 168 à 5100 Jambes, tél. : 081 31 36 08, GSM : 0477 42 73 47, 0479 35 31 29, site Internet : http://www.nomades-asbl.com. Frais de la prise en charge : 250 euros (comprenant l’hébergement, la nourriture, le transport, le matériel didactique etla gestion du dossier). cinq places au maximum par voyage.

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