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Regard critique · Justice sociale

Miriam, aide aux mamans solos

Miriam est un projet lancé par le SPP Intégration sociale et d’autres partenaires institutionnels en octobre 2015. Miriam est né d’un constat accablant : pour chaque homme en situation de monoparentalité qui touche le RIS, le revenu d’intégration, il y a huit femmes dans la même situation.

20-03-2018 Alter Échos n° 462
Les femmes du groupe Miriam suivant une formation sont passées de 8% à 21%. PHOTO : Scott 97006, CC BY 2.0.jpg

Miriam est un projet lancé par le SPP Intégration sociale et d’autres partenaires institutionnels en octobre 2015. Miriam est né d’un constat accablant: pour chaque homme en situation de monoparentalité qui touche le RIS, le revenu d’intégration, il y a huit femmes dans la même situation.

71% des bénéficiaires du RIS sont des femmes en situation de monoparentalité contre 9% d’hommes. Et ces mères seules restent dans cette situation de précarité deux fois plus longtemps que leurs homologues masculins.

Mais comment peuvent-elles se rendre à un rendez-vous d’embauche quand elles ne savent pas à qui confier leurs enfants? Comment respecter leur budget mensuel, quand les procédures pour demander des aides semblent incompréhensibles? La réalité de ces femmes est faite d’un triste mélange de facteurs d’exclusion: isolement, manque de connaissance des aides existantes et très faible estime de soi.

À la fin de ces deux ans de projet, la Haute École Karel de Groot en a estimé les résultats très probants.

Le public cible de Miriam (Minimum Income Reform – Innovation And eMpowerment of women) sont ces mamans d’enfants en bas âge, en situation de pauvreté prolongée, assumant seules la responsabilité de leur foyer. Il s’agit d’un groupe avec des besoins particuliers, face auxquels les instruments traditionnels des CPAS se montrent inefficaces. L’approche, holistique, s’attaque à tous les obstacles à l’intégration de ces femmes, en prenant en compte les différents aspects de leur vie de manière intégrée: un logement insalubre entraîne des problèmes de santé, une mobilité limitée restreint les chances de trouver du travail, etc. Toutes ces facettes de la vie de la participante sont prises en compte, dans un processus fait de rencontres et dialogues qui s’inscrit dans la durée.

Miriam en pratique

Cinq CPAS ont été choisis pour mettre en place ce projet expérimental d’accompagnement. Les CPAS de Gand, Namur, Charleroi, Molenbeek-Saint-Jean et Louvain, ont reçu la somme de 57.500 € chacun en 2016 et 50.000 € en 2017 pour engager une «case manager».

Cette figure professionnelle nouvelle a été chargée d’accompagner une dizaine de femmes de manière individuelle et en groupe. Elle joue un rôle clef dans le programme, en instaurant avec elles une relation de confiance, en tissant un lien personnel essentiel pour l’autonomisation (empowerment) de ces femmes. Elle n’est pas une simple gestionnaire de dossier, mais une coach: elle écoute, motive, soutient les participantes. Pour mener à bien sa mission, un facteur est capital: le temps. «Les assistantes sociales de première ligne ont actuellement entre 80 et 100 dossiers par an à gérer. Leur charge de travail est importante», confie Cindy Marcelle, éducatrice, case manager du CPAS de Charleroi. «Elles ne peuvent pas consacrer à chaque dossier le même temps qu’un case manager, pour pouvoir aller à l’origine des soucis financiers ou personnels de ces femmes et les aider à les résoudre.» Dans le cadre du programme Miriam, Cindy a accompagné ces femmes, aux côtés de l’assistante de première ligne. Elle a mis sur pied des réunions toutes les semaines, comme thèmes: des astuces pour dépenser moins d’argent, des conseils alimentaires pour les enfants. Cela a aidé à la cohésion du groupe. Elle a organisé des sorties, par exemple pour découvrir les services du Passage 45, un lieu qui regroupe différents magasins sociaux: épicerie sociale, coiffeur et une cafétéria à prix réduits.

Amélie Loeckx, case manager du CPAS de Namur, est venue, elle aussi, en support des assistantes sociales de première ligne. Elle a organisé des réunions tous les quinze jours pour partager les meilleures solutions que chacune a trouvées à leurs problèmes communs. Des sorties avec les enfants et des rencontres avec les associations féminines locales pour briser leur isolement. Autant de moyens de créer des liens et de se développer pour redevenir une personne active dans la société.

Des résultats concrets

Selon Beverly Bernard, de la SPP Intégration sociale, «Miriam a permis aux CPAS d’acheter du temps et de l’expertise pour engager une case manager. Celle-ci a eu le temps de chercher les solutions les plus adaptées à ce public si particulier». Par exemple, à Charleroi, Cindy a donné la possibilité aux femmes participant aux réunions de groupe d’utiliser la halte-garderie du CPAS. Ce qui a permis à ces femmes d’obtenir une solution de confiance et de proximité pour leurs enfants. Pas moins de 49% des femmes participant au projet et ayant droit à la pension alimentaire pour leurs enfants n’osaient pas la réclamer, jugeant la procédure de demande trop compliquée. Les case managers leur ont expliqué les démarches et les ont aidées à les accomplir. Il existe un Service des créances alimentaires (SECAL), des chèques cultures et d’autres aides, dont ces femmes ignoraient l’existence.

«Si le projet obtient de si bons résultats, pourquoi la suite de la phase test ne touche-t-elle à nouveau que peu de CPAS ?», Magda de Meyer, présidente de Vrouwenraad

À la fin de ces deux ans de projet, la Haute École Karel de Groot a estimé très probants les résultats du projet. Selon l’évaluation effectuée par rapport à un groupe de contrôle (femmes monoparentales qui ont suivi un parcours de soutien classique au sein du CPAS), les femmes du groupe Miriam suivant une formation sont passées de 8% à 21%; celles qui ont entamé des démarches pour obtenir une pension alimentaire sont passées de 57% à 70% et, sur l’autonomisation (empowerment), ce pourcentage aurait fortement augmenté pour les femmes ayant suivi le projet. Comme témoigne Cindy, une maman qui, au début du programme souffrait de phobies dans les espaces publics et devait prendre des médicaments pour pouvoir sortir, à la fin du programme venait aux rendez-vous en transport public, en compagnie d’autres participantes, sans plus avoir besoin de ces médicaments.

Quelles perspectives pour l’avenir?

Le projet Miriam va être refinancé par la SPP Intégration sociale à mesure de 57.500 € par an pour six nouveaux CPAS qui seront désignés d’ici à l’été. Un manuel, «Mieux accompagner les femmes monoparentales au CPAS», accompagné d’un outil pratique a été publié afin de partager la méthodologie Miriam avec toutes les institutions sociales s’occupant de femmes précarisées. Mais certains assistants sociaux, présents lors de la conférence organisée le 8 mars à Bruxelles pour rendre publics les résultats obtenus après cette phase de test, ont demandé plutôt des formations. Le SPP Intégration sociale a entamé une réflexion en ce sens.

«Si le projet obtient de si bons résultats, pourquoi la suite de la phase test ne touche à nouveau que peu de CPAS?, s’interroge Magda de Meyer, présidente de Vrouwenraad, le Conseil des femmes néerlandophone. Nous espérions qu’après deux ans de test et de si bons résultats, le gouvernement permette une approche plus structurelle du problème.» Il y aurait une cinquantaine de CPAS en Belgique dans lesquels le projet Miriam serait le bienvenu. Des cinq CPAS pilotes, deux vont prolonger le projet, sur la base de fonds européens à Namur et sur fonds propres à Charleroi. Mais deux ne poursuivront pas par manque de fonds. Il serait dommage de voir un outil performant ne pas pouvoir s’inscrire dans la continuité.

Alter Échos (web), «Pensions alimentaires: plus de familles monoparentales mais des budgets qui stagnent», 9 avril 2015, Nastassja Rankovic.

Alter Échos n° 461, «L’entrepreneuriat alternatif au féminin», Céline Teret, 14 mars 2018

Alessandra Leo

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