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Mieux lire l'illettrisme

À l’occasion de son quatrième « État des lieux de l’alpha », la communauté française présentait ses nouveaux chantiers.

19-09-2010 Alter Échos n° 301

À l’occasion de son quatrième « État des lieux de l’alpha », la Communauté française présentait ses nouveaux chantiers. Objectif : mieuxcomprendre l’analphabétisme pour mieux l’endiguer.

En Belgique, une personne sur dix n’a pas accès à la lecture et l’écriture. Un chiffre rabâché à l’envi. Mais, on connaît pourtant mal lephénomène. En Communauté française, le niveau d’illettrisme est évalué en fonction des diplômes. « Cet indicateur ne nous donne qu’uneestimation approximative des difficultés que les personnes rencontrent réellement dans leur vie quotidienne », remarque Christine Mainguet, attachée scientifiqueà l’Iweps, l’Institut wallon de la statistique. Prenons deux personnes avec un certificat d’études de base. La première est âgée. Elle a appris à lire etécrire, mais a perdu une grande partie de cet apprentissage faute de pratique. Et ses problèmes de vue n’arrangent rien. Le second est un jeune homme qui a poursuivi ses étudesau-delà du primaire. Comme il a décroché en route, les compétences acquises ne sont pas sanctionnées par un certificat. Deux exemples imaginaires, mais quimontrent de façon réaliste qu’un « même diplôme peut être l’aboutissement de parcours très différents. »

Le Comité de pilotage sur l’alphabétisation – une instance qui rassemble des représentants des pouvoirs publics, de Lire et écrire et des experts sur cesmatières – avait choisi la veille de la journée internationale de l’alpha pour présenter son quatrième État des lieux1. L’occasion de faire laconnaissance avec deux nouveaux outils qui doivent permettre de cerner les besoins en alpha de façon plus subtile. Donc d’y apporter des réponses plus pertinentes.

Depuis plusieurs années, la région Nord-Pas-de-Calais a développé une méthode d’enquête originale pour évaluer les besoins en alpha :l’enquête d’information vie quotidienne. Dans le Nord de la France, les enquêteurs se rendent directement au domicile des sondés. Ils leur demandent d’effectuer desopérations en rapport avec la vie quotidienne : écrire une liste de courses, indiquer une station sur un plan de métro, résumer un bulletin météoécouté à la radio…

Inspirée par cette expérience, la Communauté française va mettre en route sa propre enquête IVQ (information et vie quotidienne). Elle en a confié lagestion à l’Iweps et les premiers enquêteurs devraient débarquer sur le terrain dans le courant 2011. « Pour évaluer le degré d’autonomie des sondés,l’enquêteur doit poser des questions au sondé jusqu’au moment où celui-ce ne sait plus répondre. C’est évidemment très délicat. C’est pourquoil’expérience française nous sera très utile », précise France Lebon, présidente du Comité de pilotage sur l’alpha.

Une base de données

Quel est le profil des personnes illettrées ou analphabètes ? Et les opérateurs de l’alpha, qui sont-ils ? Peuvent-ils répondre à toutes les demandes ?L’enquête réalisée annuellement par Lire et écrire2 apporte des éléments de réponses importants. À partir de 2011, elle seraprogressivement remplacée et complétée par la base de données développée par le Comité de pilotage sur l’alphabétisation. France Lebonprécise que « la transition se fera en douceur, avec les opérateurs. En retour, chaque année, on renverra aux opérateurs une analyse du profil de leurpublic. »

En attendant de voir ce que révélera la base de données, l’enquête de Lire et Écrire met au jour des problèmes sur lesquels on peut d’emblée sepencher. En vingt ans, le nombre de formations proposées en alpha a plus que quintuplé. Malgré tout, l’offre reste insuffisante puisque les opérateurs déclarentdevoir refuser trois mille personnes par an, qui correspondent pourtant à leur public. Catherine Stercq, directrice de Lire et Écrire Communauté française, souligne aussique l’accessibilité des cours d’alpha en zone rurale pose problème, que l’offre de formation le soir et le week-end est peu développée, que le public d’origine belge n’osepas pousser la porte des cours à Bruxelles et qu’en Wallonie, l’accès aux cours est trop exclusivement restreint au public qui s’inscrit dans un processus d’insertionsocioprofessionnel. De quoi occuper encore les journées du Comité de pilotage.

Un outil pour les bibliothèques

La présentation de « l’État des lieux » était aussi l’occasion pour la Communauté française de lancer officiellement son nouveau guideà destination des bibliothèques. Un instrument pour les bibliothécaires et les professionnels de l’alpha désireux de développer des actions ensemble.

À télécharger sur : www.fadilalaanan.net/downloads/pdf/OutilBiblio.pdf

1. Disponible auprès du secrétariat du Comité de pilotage, Cellule Alpha :
– contact : Michèle Minne
– adresse : bd Léopold II, 44 à 1080 Bruxelles
– tél.  : 02 413 20 46
– courriel : michele.minne@cfwb.be
– site  : www.alpha-fle.be
2. Les conclusions de l’enquête 2007-2008 sont consultables sur  :
http://communaute-francaise.lire-et-ecrire.be/content/view/164/84/

Sandrine Warsztacki

Sandrine Warsztacki

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