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Médecins scolaires : une espèce en voie de disparition ?

Les centres psycho-médico-sociaux (PMS) et les services de promotion de la santé à l’école (PSE) seraient en déficit de médecins scolaires. La faute aunumerus clausus ? Ou au manque de moyens de la Communauté française ?

21-09-2007 Alter Échos n° 236

Les centres psycho-médico-sociaux (PMS) et les services de promotion de la santé à l’école (PSE) seraient en déficit de médecins scolaires. La faute aunumerus clausus ? Ou au manque de moyens de la Communauté française ?

Depuis 1997 et l’instauration d’un numerus clausus pour les études de médecine en Belgique, il ne se passe pas un jour sans que le débat concernant uneéventuelle pénurie de médecins qui pourrait en découler ne soit alimenté par de nouvelles déclarations. Faisant état d’un manque assez important demédecins généralistes et spécialisés, celles-ci concernent également depuis peu les centres psycho-médico-sociaux et les services de promotion de lasanté à l’école, un secteur apparemment en crise puisqu’un nombre assez important de praticiens y manqueraient à l’appel comme l’affirme Claire Kagan, directrice du centrepsycho-médico-social de la Communauté française situé à Etterbeek1. « Je ne peux que faire le constat de l’existence d’unepénurie de médecins scolaires, affirme-t-elle. Il est de plus en plus difficile de trouver des médecins… Il est bien sûr impossible d’affirmer avec certitudeque c’est une conséquence de l’instauration du numerus clausus, mais ce qui est clair, c’est que la situation est nouvelle et que cela n’était pas commeça auparavant. Je ne suis d’ailleurs pas la seule à m’en inquiéter, et de nombreux collègues, dans les centres PMS mais aussi dans les services de PSE, font cemême constat. »

Et effectivement, le son de cloche est plus ou moins le même du côté des services de promotion de la santé à l’école où, sous le couvert del’anonymat, on pointe le numerus clausus et les horaires imposés aux praticiens comme raisons de la pénurie actuelle. « Les horaires sont souvent divisés enquart-temps ou en mi-temps, ce qui n’est pas facile pour un médecin qui aurait, à côté, un cabinet privé. Se libérer devient, dans ces cas-là,assez difficile, déclare ainsi un médecin d’un service de PSE de la région bruxelloise. Pour ce qui est du numerus clausus, je ne sais pas s’il peutdéjà être cité comme une explication plausible à la pénurie actuelle dix ans à peine après son instauration, mais il est évidentqu’il n’y a plus tellement de jeunes médecins et que les plus anciens, eux, sont déjà bien occupés avec leur cabinet personnel… »

Un constat par ailleurs confirmé par l’Association professionnelle des médecins scolaires (APMS)2 qui, si elle tient à nuancer l’influenceéventuelle du numerus clausus (« Il est peut-être un peu trop tôt pour se prononcer… »), précise néanmoins que la question des horaires estcruciale et que celle-ci s’intègre dans un débat plus global relatif au statut des médecins scolaires. Souvent mal rétribués, soumis à des horairescontraignants, les praticiens seraient les victimes du manque de moyens de la Communauté française. Une Communauté française qui, par l’entremise de Catherine Fonck,ministre de l’Enfance, de l’Aide à la jeunesse et de la Santé de la Communauté française3 « se bat vraiment pour améliorer la situationmais est bloquée par le manque de fonds », ajoute encore l’APMS.

Certificat de médecine scolaire : un assouplissement inutile ?

Symbole malgré lui de cette lutte difficile, le « certificat de médecine scolaire » a régulièrement été cité comme une des raisonsprincipales pouvant expliquer la pénurie de médecins scolaires. Organisé à l’université sous la forme d’un cours de 45 heures, ce certificat est un des titresobligatoires dont les médecins doivent être détenteurs s’ils veulent pouvoir exercer en tant que médecins scolaires. Or, il semblerait que bien peu d’étudiants enmédecine se donnent la peine d’inscrire ce cours à leur programme, entraînant ainsi une pénurie de fait. Une situation à laquelle le gouvernement de laCommunauté française a réagi en adoptant l’arrêté du 17 février 2006 qui définit les modalités d’application d’un « stage formatif court» des médecins scolaires, stage qui leur permet d’entrer directement en fonction, sous réserve d’obtenir le certificat de médecine scolaire dans les trois ans qui suivent.« Une mesure d’assouplissement bienvenue mais qui, d’après moi, ne changera pas grand-chose à la pénurie à laquelle nous faisons face actuellement »,constate Claire Kagan.

Le mal serait donc plus profond, et il nécessitera à coup sûr une réflexion en profondeur afin de remédier, une fois passés les soubresauts del’hypothétique Orange bleue, à un problème impliquant de nombreux niveaux de pouvoir… pas toujours sur la même longueur d’onde. À titre d’exemple, letorchon brûle depuis quelques jours au sujet du numerus clausus entre Marie-Dominique Simonet (CDH)4, ministre de l’Enseignement supérieur de la Communautéfrançaise, et Marie Arena (PS)5, la ministre-présidente chargée de l’Enseignement obligatoire en Communauté française. L’élue CDH reprocherait eneffet à sa collègue socialiste de s’être fendue il y a peu, dans les pages du journal L’Écho, d’une sortie remarquée dans laquelle elle affirmait travaillersur de nouvelles pistes pour mettre fin au numerus clausus, piétinant ainsi les plates-bandes de la ministre Simonet, qui prétend, elle, plancher depuis trois ans sur lesmêmes solutions. Et ce alors que l’accès à la profession de médecin (et donc la définition du quota de jeunes médecins diplômés acceptés,qui est à l’origine de la mise en place du numerus clausus) relève du fédéral… et alors que la Flandre refuse toujours de « faire sauter le verrou».

1. Centre psycho-médico-social de la Communauté française :
– adresse :av. de l’Armée 117 à 1040 Etterbeek
– tél. : 02 734 44 38.
2. Association professionnelle des médecins scolaires :
– site : http://www.apms.be
3. Cabinet de Catherine Fonck, ministre de la Santé, de l’Enfance et de l’Aide à la jeunesse :
– adresse : bd du Régent, 37-40 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 788 83 11.
4. Cabinet de Marie-Dominique Simonet, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et des Relat
ions internationales :
– adresse : rue Belliard, 9-13 à 1040 Bruxelles
– tél. : 02 213 35 11.
5. Cabinet de Marie Arena, ministre-présidente du gouvernement de la Communauté française, en charge de l’Enseignement obligatoire :
– adresse : place Surlet de Chokier, 15-17 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 227 32 11.

Julien Winkel

Julien Winkel

Journaliste (emploi et formation)

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