Bébé Bus, une affaire qui roule

Bébé Bus, une affaire qui roule

Petite enfance / Jeunesse

Bébé Bus, une affaire qui roule

Concept unique en Belgique, le Bébé Bus est une halte-accueil itinérante. Sept Bébé Bus sillonnent la province de Namur. Cette halte-accueil est conçue principalement pour les publics plus fragiles qui n’ont que peu d’accès aux milieux de garde traditionnels.

Pierre Jassogne Images : Illustrations : Maud Romera 16-12-2020

Il est 8 heures et, chaque jour, le rituel est le même qu’on soit à Salzinnes, Dinant, Mettet ou Sambreville : une camionnette un peu particulière débarque pour s’emparer d’une salle des fêtes, une maison de jeunes, une cafétéria d’un complexe sportif… Cette camionnette, c’est celle du Bébé Bus, une halte-accueil itinérante destinée aux enfants de 0 à 3 ans. L’espace d’une journée, l’endroit, mis à disposition par la commune et agréé par l’ONE, se transforme en lieu d’accueil où les parents peuvent déposer leur enfant un jour ou deux par semaine. Quatorze enfants au maximum y sont pris en charge dans l’une des 25 haltes organisées par le réseau des sept Bébé Bus qui couvre 22 communes de la province de Namur. En 2019, 322 enfants ont été accueillis. « Le Bébé Bus permet à la fois de se rendre dans des localités mal desservies par les transports publics, là où des parents ont des difficultés de déplacement mais aussi dans des centres urbains où il y a une concentration importante de population sans qu’il y ait une offre d’accueil suffisante », résume la directrice du réseau de Bébé Bus, Sophie Ramet.

Avant l’arrivée des parents et des enfants, les deux puéricultrices ont une heure pour transformer une salle anonyme en un espace douillet. Allumer le chauffage, vider la camionnette avec son ballet incessant de petites chaises, de petites tables, de lits, de tapis ou encore de tricycles. « Difficile d’imaginer que tout cela puisse rentrer dans une camionnette, et, avec la crise sanitaire, tout est savamment désinfecté, les jouets équitablement partagés pour éviter toute transmission du virus », raconte Laëtitia Duret, puéricultrice au Bébé Bus de Namur. Il est 9 heures, et tout est prêt, les enfants commencent à arriver au compte-gouttes. Le matin est réservé aux activités qui bougent : psychomotricité, bricolage… En fin de matinée, c’est l’heure de l’histoire. À midi, les enfants passent à table, ensuite la salle se transforme en dortoir pour la sieste. La journée va suivre son rythme jusqu’à 16 heures, moment où il faudra tout remballer.

« Le projet pédagogique du Bébé Bus est simple : il se fait par la découverte de nouveaux lieux, de nouvelles personnes, de nouvelles règles, soit, en un mot comme en cent, la découverte pour l’enfant du monde qui l’entoure », explique la directrice, Sophie Ramet. Venir au Bébé Bus, c’est instaurer un rythme, c’est mettre aussi l’enfant dans un climat de sécurité. « La sécurité, ce n’est pas seulement ne pas se coincer la main dans une porte, c’est aussi se sentir bien là où l’on est et savoir qu’on a le droit de s’exprimer, de s’épanouir », ajoute la directrice.

Pour instaurer cette sécurité, un temps de familiarisation est conçu, pendant deux périodes, afin d’adoucir la séparation et de favoriser la sécurité psycho-affective de l’enfant tout en garantissant la sérénité des parents. Près de 500 familiarisations ont lieu chaque année. L’enfant va évoluer pendant une heure dans ce nouveau milieu, sous l’œil de son parent et des puéricultrices. « Un moment essentiel qui permet de nous adapter aux besoins de l’enfant, tout en tenant compte des réalités familiales. Tantôt, l’enfant n’est pas prêt, tantôt, c’est le parent qui est stressé à l’idée de confier son enfant à un milieu d’accueil… On lui explique ce qu’on met en place pour que l’enfant évolue en toute sécurité. À force de discuter avec le parent, on arrive à créer ce climat de confiance », explique Séverine Mathy, puéricultrice au Bébé Bus de la Haute-Meuse qui regroupe Dinant, Hastière et Yvoir.

Ces deux premières phases peuvent se prolonger autant que nécessaire avant de pouvoir accueillir un enfant pleinement seul au Bébé Bus. « Nous prendrons toujours le temps s’il y a besoin de plus de temps pour y parvenir. Un accueil de qualité dépend de cette période de familiarisation. Nous nous devons dès lors de soigner ces moments, en respectant le rythme de chacun », complète Séverine Mathy. « Mais en voyant l’épanouissement de l’enfant, ils sont rapidement rassurés », ajoute Laëtitia Duret. Les puéricultrices utilisent en outre un carnet de communication où elles expliquent la journée de l’enfant aux parents. « On y explique les jeux qu’il a faits, les activités ou promenades réalisées, la manière dont l’enfant réagit, évolue… C’est une trace importante », poursuit Séverine Mathy.

Les puéricultrices fonctionnent toujours en binômes et sont encadrées par leur coordinatrice d’équipe. Celle-ci les rejoint régulièrement sur le terrain pour répondre à leurs questions concernant les situations qu’elles rencontrent, mais aussi lors des moments importants comme la familiarisation, l’accueil de l’enfant et l’accompagnement à la parentalité… Son travail s’inscrit dans une démarche préventive et d’éducation permanente. Sur l’ensemble du réseau, quatre coordinatrices se partagent la gestion du territoire. La coordinatrice prend également en charge tout le travail administratif relatif aux inscriptions. Des inscriptions qui se font soit à domicile, soit sur le lieu d’accueil. Le choix est laissé aux parents. Les inscriptions à domicile favorisent dans beaucoup de cas les futures conditions d’accueil. « Elles nous permettent de nous rendre compte du milieu dans lequel évolue l’enfant. Nous tissons là les premiers liens d’attachement avec les parents. Les inscriptions réalisées sur le lieu d’accueil nous permettent, par contre, d’expliquer le projet d’accueil en effectuant une visite du lieu afin d’établir un premier contact avec les puéricultrices et les autres enfants », précise Laetitia Dujardin, coordinatrice du Bébé Bus de la Haute-Meuse et de Couvin.

 

Tout public

À côté de l’accueil des enfants, le Bébé Bus se veut aussi un projet qui soutient les différences sociales et la mixité culturelle, en étant accessible à tous, sans conditionnalité. Le Bébé Bus n’applique pas de critères d’admission, contrairement à une halte-garderie classique. Le Bébé Bus ne demandera pas non plus aux parents pourquoi ils y inscrivent leur enfant. L’objectif du réseau est simple : la lutte contre l’exclusion sociale, en donnant les mêmes chances aux parents et à leurs enfants, quel que soit le milieu dont ils sont issus. Pour y parvenir, le Bébé Bus est là pour donner une journée de liberté pour se rendre à une formation, un entretien d’embauche ou simplement pour souffler un peu. « On a vraiment dans chacun des Bébé Bus une mixité de parents, mixité qu’on rencontre moins dans les crèches classiques. Certains travaillent, d’autres pas », explique la puéricultrice, Laëtitia Duret. « Les groupes changent beaucoup aussi. Tantôt il y a la moitié des parents qui ne travaillent pas, tantôt le contraire… », complète Déborah Denis, coordinatrice du Bébé Bus de Namur. « On est là pour répondre aux besoins de toutes les familles. On a vraiment une réponse à apporter à chaque famille, à chaque situation, une réponse facilitée par la souplesse de notre dispositif qui fait que tous les profils peuvent être touchés », renchérit la directrice Sophie Ramet. « C’est vrai que le réseau a une attention plus particulière pour les familles plus vulnérables, mais il faut bien garder à l’esprit que la précarité est multidimensionnelle. On a dans le public des familles qui viennent d’horizons divers, allant de familles monoparentales aux grands-parents… », continue la directrice. « Par contre, il s’agit tous d’enfants qui n’ont pas forcément de place dans un autre milieu d’accueil et qui sont gardés par les parents, les grands-parents. Ceux-ci commencent à s’épuiser, ont besoin de temps pour faire autre chose ou pour des rendez-vous médicaux », ajoute Océane Coyette, coordinatrice du Bébé Bus de la Basse-Sambre, de Sombreffe et Floreffe. En tout, ce sont près de 350 familles qui sont aidées chaque année par le réseau des Bébé Bus.

Si le public est varié, les besoins évoluent également d’un Bébé Bus à un autre. « À Namur, le Bébé Bus est implanté au sein des maisons de quartier. On rencontre principalement une population qui ne travaille pas, des familles monoparentales et des parents qui ont besoin de prendre du temps pour eux pour être autre chose qu’un parent 7 jours sur 7 », constate Déborah Denis. « À Walcourt, il s’agit de grands-parents qui gardent leurs petits-enfants tous les jours de la semaine et qui s’octroient un répit d’une journée, tandis qu’à quelques kilomètres de là, à Florennes, ce sont des familles monoparentales avec des mamans qui ont un, deux, trois enfants et n’arrivent plus à suivre… », renchérit Valérie Fesler, coordinatrice du Bébé Bus de Mettet, Florennes et Walcourt. « De notre côté, en Haute-Meuse, il y a une demande de plus en plus importante de parents qui veulent suivre une formation », ajoute Laetitia Dujardin. « Il y a aussi des parents qui cherchent un lieu de socialisation pour leur enfant afin de préparer la rentrée à l’école maternelle », continue-t-elle.

« Le projet pédagogique du Bébé Bus est simple : il se fait par la découverte de nouveaux lieux, de nouvelles personnes, de nouvelles règles, soit, en un mot comme en cent, la découverte pour l’enfant du monde qui l’entoure. » Sophie Ramet, directrice du Réseau des Bébé Bus de la province de Namur.

Près de 62 % des familles bénéficiant des services du réseau des Bébé Bus sont des ménages où au moins un des deux parents n’exerce pas d’emploi. Pour les aider, le prix revient au maximum à 6 euros, et, pour les petits budgets, la contribution est fixée à 2 euros pour les familles monoparentales, les bénéficiaires d’un revenu de remplacement… Un prix qui fait toute la différence. En 2019, sur l’ensemble du réseau, sur les 322 enfants inscrits, près de 50 % ont bénéficié du tarif à 2 euros. « Sur le plan financier, le Bébé Bus est tout à fait abordable », raconte Laetitia Duret, puéricultrice au Bébé Bus de Namur. « En tant que puéricultrice, j’y ai moi-même mis mon enfant quand il était en âge d’y aller. Je suivais alors une formation, et, au niveau des tarifs, c’était très accessible en tant que maman sans emploi. »

Elodie a découvert le Bébé Bus quand son fils avait un an. Elle venait d’emménager dans la région dinantaise et ne connaissait personne : « Je devais chercher un boulot et, avec un petit garçon, ce n’était pas possible… » Elodie souhaitait faire garder son enfant, mais elle se disait que c’était hors de prix. « En appelant le Bébé Bus, la coordinatrice m’a expliqué leur politique tarifaire. » Son fils commence par faire une journée au début, et, désormais, il vient deux fois par semaine, tant Elodie a accroché au projet. « C’est loin d’être une garderie où on parque ses enfants pour la journée. Le projet est très réfléchi avec chaque jour une activité. » Cela lui a permis aussi de faire le point sur sa situation personnelle. « J’en étais arrivée à ne plus avoir de temps pour penser, en ayant tout le temps mon petit garçon avec moi. Je n’avais pas le temps de me poser, de prendre du recul sur ce que je voulais faire, ou de postuler… Avoir accès au Bébé Bus m’a permis d’avoir du temps pour moi et de trouver un emploi. »

Sounya a fait aussi appel au Bébé Bus de la Basse-Sambre. « J’étais épuisée. Mon petit garçon ne faisait pas ses nuits… J’en ai parlé à l’ONE, qui m’a expliqué le concept. Je me suis dit ‘pourquoi pas ?’… » De fil en aiguille et comme le contact se passe bien, tant pour elle que pour son fils, elle se lance dans l’aventure. « J’ai commencé par laisser mon fils un jour, puis très vite, il y a passé deux jours. » Au début, c’était pour souffler, s’occuper de son père malade, mais, bientôt, la mère de famille se lance à la recherche d’un emploi. Sounya suit alors une formation d’aide-soignante. « Sans le Bébé Bus, je n’aurais pas pu suivre les cours, faire les évaluations ou les stages tranquillement. J’étais totalement dépendante du Bébé Bus n’ayant pas d’aide extérieure. » Sounya a inscrit aussi son fils dans une crèche classique, « un cadre plus formaté », selon elle. « J’avais l’impression que c’était plus un endroit où on déposait son enfant, alors que je n’ai jamais eu ce sentiment avec les équipes du Bébé Bus. On peut parler de tout et de rien, on vous écoute, on vous soutient… »

Le soutien à la parentalité

Le Bébé Bus n’accueille pas que l’enfant, il prend aussi en compte sa réalité familiale, en accompagnant, soutenant, aidant le parent dans ses besoins propres et personnels. Du temps leur est individuellement consacré. Au moment de l’inscription, par exemple, les parents font part régulièrement aux coordinatrices de questionnements par rapport à leur projet personnel. « Ils peuvent nous poser toutes les questions qu’ils souhaitent ou exposer les difficultés qu’ils peuvent éprouver dans leur rôle de parents. Notre but est de leur permettre de mieux les asseoir dans ce rôle-là », explique Déborah Denis. « On vous encourage à venir parler, témoigne Elodie. Quand j’ai rencontré des difficultés plus personnelles, l’équipe du Bébé Bus a toujours été à l’écoute avec une capacité d’adaptation remarquable. Je venais de trouver un emploi, et je commençais à 9 h. Or, l’accueil débute à 9 h, mais les puéricultrices ont accueilli mon fils plus tôt pour que je puisse arriver à l’heure. Toute l’équipe est très à l’écoute par rapport à votre situation. »

Au sein de chaque Bébé Bus, des moments particuliers sont prévus avec les parents afin de leur permettre de découvrir leur enfant autrement, dans le milieu d’accueil et dans une activité commune. Des moments où les parents peuvent se rencontrer, s’écouter, partager leur pratique. « Autour d’une tasse de café, ils prennent le temps de se rencontrer, de faire connaissance et de passer un moment convivial ensemble. Ils échangent leurs impressions de parents, partagent leurs questionnements… », ajoute Sophie Ramet. De la sorte, le Bébé Bus permet à des parents particulièrement isolés socialement de reconstruire un réseau relationnel. « Chaque famille demande un accompagnement particulier où le plus important est de faire du lien avec les autres familles ou d’autres services sur le territoire », poursuit la directrice.

Pour les accompagner dans le métier de parent, il y a les coordinatrices locales. Un travail qui se fait évidemment sans jugement. « Il n’est pas dans notre rôle d’apprendre aux parents à être parents. Nous les accompagnons. Nous leur faisons, à notre niveau, prendre conscience qu’ils ont des compétences », précise Déborah Denis. « Trop souvent, l’accompagnement à la parentalité consiste à apporter aux parents le savoir qu’ils n’auraient pas. Le point de vue du Bébé Bus est différent : nous considérons, dès le départ, que les parents ont des connaissances, des compétences. Elles sont parfois enfouies, mais le fait de partager avec d’autres parents les amène à se rendre compte des capacités qui sont les leurs. Ils n’en avaient tout simplement pas conscience parce que la société leur fait trop souvent comprendre qu’ils ne sont pas capables d’être des parents responsables… », poursuit la coordinatrice du Bébé Bus de Namur.

C’est d’ailleurs ce travail à la parentalité qui fait la différence avec une crèche classique, « car notre démarche est à la fois individuelle, collective et communautaire. Clairement, c’est un grand atout de notre projet », indique encore Déborah Denis. Un travail toujours un peu sur le fil, reconnaît-elle, mais qui permet de valoriser les parents dans leur rôle.

Ces coordinatrices font également le lien avec les autres services locaux, parfois en accompagnant les parents dans leurs démarches auprès des CPAS, des maisons d’accueil, des mutualités… « Le Bébé Bus est bien souvent la première porte qu’un parent franchit en termes d’aide sociale. Il doit donc se sentir en confiance avec nos services. Il arrive souvent que nos coordinatrices leur conseillent telle ou telle aide, ou qu’ils aillent ensemble franchir la porte d’un CPAS, régularisent telle ou telle situation… De la sorte, les choses arrivent à se mettre en place, et le parent récupère son pouvoir de citoyen », relève Sophie Ramet.

Dans chaque localité, des comités d’accompagnement se réunissent trois ou quatre fois par an et sont constitués des responsables de lieux d’accueil, d’acteurs communaux et des partenaires financiers des Bébé Bus. « Ils offrent à la fois une expertise de terrain et une évaluation du projet », indique Claudio Pescarollo, administrateur délégué du réseau des Bébé Bus. « Toute notre structure se nourrit de tout le travail social déjà mené sur un territoire », poursuit Sophie Ramet. Près de 70 % des familles ont d’ailleurs connu le Bébé Bus par des partenaires locaux, des familles ou par le bouche-à-oreille. « C’est bien la preuve d’une réelle intégration sur le territoire », résume la directrice du réseau des Bébé Bus. D’une commune à une autre, des réalités sociales différentes apparaissent à l’instar des besoins du public. « Il y a en effet des problématiques différentes en fonction des régions, mais il y a des problèmes transversaux : logement, emploi, pauvreté financière… », souligne la directrice.

Une histoire longue

Le Bébé Bus est la première halte-accueil itinérante du pays. Ce service de garde de proximité a été mis en place en 2003 par le Groupe Animation Basse-Sambre (GABS). « On s’était rendu compte de toutes les difficultés que pouvaient rencontrer des mamans sans emploi qui voulaient s’inscrire dans un projet de formation socioprofessionnelle. Si elles avaient des enfants de moins de 3 ans, il leur était difficile de trouver un lieu d’accueil », rappelle Claudio Pescarollo, administrateur délégué. « Le constat de nos débuts est toujours d’actualité : un manque criant de places et de structures d’accueil pour les enfants de 0 à 3 ans, mais aussi le fait de ne toujours pas considérer les parents qui ne travaillent pas comme nécessitant de pouvoir disposer également de structures d’accueil », ajoute-t-il.

« J’en étais arrivée à ne plus avoir de temps pour penser, en ayant tout le temps mon petit garçon avec moi. Je n’avais pas le temps de me poser, de prendre du recul sur ce que je voulais faire, ou de postuler… Avoir accès au Bébé Bus m’a permis d’avoir du temps pour moi et de trouver un emploi. » Élodie, mère de famille

Dès le départ, le projet fonctionne, mais un réajustement va devoir être envisagé. Le public cible, à savoir les parents les plus précarisés, les plus fragilisés, ceux à qui le Bébé Bus s’adresse pour leur accorder du temps pour réfléchir à un projet de vie ou de réinsertion professionnelle, ceux qui n’ont pas accès aux autres milieux d’accueil de la petite enfance, ne fréquente pas le Bébé Bus. « Le projet marchait très bien, mais nos premiers usagers étaient plus issus de la classe moyenne, se souvient Claudio Pescarollo. Des mamans qui ne travaillaient pas par choix, ou à temps partiel, et qui ont très rapidement identifié l’intérêt du Bébé Bus pour elles et pour leur enfant. »

Pour parvenir à atteindre le public cible, le Bébé Bus n’a cessé de travailler sur la relation de confiance avec le parent pour faire tomber les barrières, principalement de culpabilité, renvoyées notamment par la société, à savoir celle de confier ses enfants quand on ne travaille pas et qu’on n’a donc « rien d’autre à faire »… À côté de cela, le Bébé Bus a stratégiquement mis en avant l’intérêt de l’enfant, sa socialisation dans un environnement stimulant où il rencontre des pairs… « Le projet est sans cesse évalué pour coller au mieux aux réalités sociales rencontrées et pour faciliter l’articulation entre vie familiale et vie sociale », explique Sophie Ramet. Un travail qui a payé, notamment lors du premier confinement, où le réseau a été mis à l’arrêt. Le risque était de perdre complètement tout contact avec les enfants et leurs parents. Or, c’est tout l’inverse qui s’est passé. « On a été agréablement surpris et cela veut dire que le travail fait en amont était de bonne qualité. En reprenant l’accueil en juin, on a récupéré toutes les familles, et, si on en a perdu, c’est tout simplement parce que les enfants sont entrés à l’école », continue la directrice.

Un avenir compromis

Le financement du réseau est d’année en année une étape toujours plus compliquée. « Ce sont des bouts de ficelle à rassembler chaque année. Une vraie bataille parce que nous sommes en charge de trouver des financements auprès des pouvoirs publics et de mécènes pour pouvoir arriver à l’équilibre, ce qui représente, outre de nombreuses démarches, une source de stress importante », déplore l’administrateur délégué. Et 2020 sera l’année de tous les défis, y compris de la survie du réseau puisque la Province de Namur a décidé de supprimer son soutien financier, soit un budget de 70.000 euros. « Avec la perte des subsides de la Province, nous devrons dorénavant trouver près de 30 % de nouveaux financements pour équilibrer notre budget. Ce qui pouvait être réalisable hier, avec deux ou trois Bébé Bus, étant donné l’engouement et la faveur autour du projet, devient de plus en plus difficile aujourd’hui au vu des contextes économiques et politiques actuels », dénonce-t-il.

C’est l’existence même du Bébé Bus qui est mise en cause. « Nous réalisons pourtant un véritable travail de prévention en termes de socialisation des enfants comme de leurs parents. Nous faisons à moindre coût ce que les pouvoirs publics devraient faire. Nous sommes prêts à jouer le jeu, et nous avons l’expertise, et elle nous est largement reconnue, mais, si les autorités préfèrent se passer de nous, ils en tireront les conséquences ! », poursuit Claudio Pescarello. « Si le Bébé Bus disparaît, cela va renforcer la solitude de familles qui sont déjà seules, qui vont se retrouver encore plus isolées », s’inquiète Valérie Fesler. Même inquiétude pour les puéricultrices : « C’est le service pour lequel j’ai postulé il y a sept ans qui est mis en péril !, raconte Séverine Mathy. Le projet en lui-même me touchait beaucoup car, au moment où j’y ai débuté, j’étais maman solo, avec un petit garçon, bénéficiant de l’aide du CPAS. J’étais d’autant plus touchée par ce projet qu’il m’a permis de sortir la tête hors de l’eau. Vu la crise, il y aura d’autant plus de parents qui auront besoin d’un projet comme celui-là. »

Pierre Jassogne

Pierre Jassogne

Journaliste (social, justice)