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Lire et Écrire Namur possède un service d’écrivain public

« Un adulte sur dix en Belgique éprouve des difficultés de lecture et d’écriture ». Cette petite phrase est le constat repris en bannière par lemouvement Lire et Écrire. Mission : agir pour le droit à une alphabétisation de qualité pour tous. Sensibiliser et interpeller l’opinion publique et les pouvoirspublics, multiplier des lieux de formation accessibles et adaptés aux adultes, rechercher des moyens et des structures de lutte contre l’illettrisme sont les objectifs del’association. En pratique, les actions prendront des colorations particulières selon les régions.

28-07-2005 Alter Échos n° 147

« Un adulte sur dix en Belgique éprouve des difficultés de lecture et d’écriture ». Cette petite phrase est le constat repris en bannière par lemouvement Lire et Écrire. Mission : agir pour le droit à une alphabétisation de qualité pour tous. Sensibiliser et interpeller l’opinion publique et les pouvoirspublics, multiplier des lieux de formation accessibles et adaptés aux adultes, rechercher des moyens et des structures de lutte contre l’illettrisme sont les objectifs del’association. En pratique, les actions prendront des colorations particulières selon les régions.

Il n’est pas simple de toucher les personnes concernées par l’analphabétisme, explique Delphine Rasseneur, responsable pédagogique à Lire et Ecrire Namur1.Si 10 % des adultes sont considérés comme analphabètes, parce que peu ou mal scolarisés, tous sont loin de se former ou d’être informés. C’estpour cette raison que la régionale de Namur investit au niveau de la sensibilisation. Au travers d’une campagne auprès des agents intermédiaires, comme les agents communauxet des postes, le personnel de l’ONE, des milieux carcéraux, des mutuelles, qui servent de relais vers les centres d’alphabétisation. Et par le levier d’un serviceécrivain public, projet pilote soutenu par la Fondation Roi Baudouin dans le cadre des services de proximité.

Rédiger à deux mains

Depuis près d’un an, Myriam Bredimus exerce le métier d’écrivain public. Elle est aussi formatrice-animatrice en alpha. Il lui aura fallu cinq mois pour se faireadmettre par les « clients » du Resto du cœur, qui accueille en permanence quatre-vingts convives par jour. Peu sont de passage, et près de 98 % sont Belges. L’accroche: les livres dans la bibliothèque abandonnée, des plateaux de jeux, un atelier d’écriture. « J’ai choisi de vivre avec eux deux jours et demi par semaine,partage Myriam Bredimus. Je suis passée de tables en tables, dressées dès 8h. Les gens arrivent à 9h pour réserver leur place. » Elle a résistéaux « ici, c’est pris », « je n’ai pas mes lunettes ». En fait, les personnes parlent beaucoup. Une fois la relation de confiance en place, l’animatrice estarrivée avec sa proposition d’écrivain public.

Son rôle est triple : répondre à la demande de rédaction de courrier de personnes ne sachant pas assurer seules cette tâche, accompagner les personnes quisouhaitent rédiger elles-mêmes leur courrier, proposer une démarche de formation par l’alphabétisation. « Nous offrons un service d’accompagnement,insiste Delphine Rasseneur. Conserver l’autonomie de la personne est une priorité. » « Je fais avec le peu qu’ils savent », renchérit Myriam Bredimus, quiest loin du schéma du « donnez-moi vos idées et je vous écris cela ». Le service est gratuit, l’asbl fournit le papier et l’enveloppe, la personneachète le timbre et poste son courrier. Pour être écrivain public ? Il faut aimer écrire, être imaginatif, avoir des connaissances administratives, avoir le contactfacile et offrir une écoute active, pouvoir porter des choses lourdes et relayer à l’équipe, maintenir la bonne distance, faire preuve de déontologie. Si lemétier, en renaissance2, n’est pas protégé, l’écrivain public est tenu au secret professionnel.

Bilan et projets

Au bout d’un an de fonctionnement, le service marche bien au niveau du courrier administratif. Myriam assiste à un déplacement des demandes vers des courriers plus personnels.La moindre absence prolongée est remarquée. Trois personnes se sont inscrites en alpha. La sensibilisation donne des résultats à long terme. Le Resto du cœur a servide tremplin à un service qui s’ouvre à d’autres lieux. Une permanence est assurée au sein des quatre associations membres de Lire et Ecrire en charge des formations3.Une collaboration avec le service de psychiatrie du Centre hospitalier régional (CHR) démarre en juillet. Les assistants sociaux et psychologues ont constaté que c’estlà que les personnes s’avouent analphabètes. L’amorce : les ateliers d’écriture lors des séances d’ergothérapie. J’aiété aide-soignante, c’est un atout pour intervenir dans ce type de service et mettre en confiance l’équipe médicale, explique la formatrice, qui est et, resteécrivain public. Autre collaboration pour septembre : la Maison de Justice de Namur. Les permanences juridiques sont des lieux propices à détecter l’illettrisme. Un module« correspondance » sera proposé aux associations comme les régies de quartier. Le tout pour une seule et même personne dont le contrat se termine fin octobre.

1. Rue des Relis Namurwès 1 à 5000 Namur, tél. : 081 74 10 04, Delphine Rasseneur et Huguette Vlaeminck – directrice.
2. Premier Forum des Écrivains publics Wallonie-Bruxelles organisé le 15 mars 2003 par le cabinet du ministre-Président Hasquin, compte rendu, tél. : 02 227 33 61.
3. Alpha 5000, le Centre régional pour l’intégration des personnes étrangères, le Centre d’information et d’éducation populaire, VieFéminine. Lire et Écrire Namur exerce un rôle de coordination et de formation des formateurs.

Nathalie Cobbaut

Nathalie Cobbaut

Rédactrice en chef Échos du crédit et de l'endettement

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