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Les sicav éthiques sont à la mode mais pas dans les agences bancaires

On parle beaucoup d’investissement durable, dans des entreprises respectueuses de critères moraux, sociaux et environnementaux élevés. Ces sicav se multiplient, et legouvernement travaille à permettre une déduction fiscale plus avantageuse pour l’épargne pension investie dans ce type de fond. Mais malgré une communication positive dessièges centraux des banques sur ces investissements, sur le terrain, les informations que prodiguent les agences sont parfois approximatives, à en croire l’enquêteréalisée par Test-Achats1.

04-05-2007 Alter Échos n° 228

On parle beaucoup d’investissement durable, dans des entreprises respectueuses de critères moraux, sociaux et environnementaux élevés. Ces sicav se multiplient, et legouvernement travaille à permettre une déduction fiscale plus avantageuse pour l’épargne pension investie dans ce type de fond. Mais malgré une communication positive dessièges centraux des banques sur ces investissements, sur le terrain, les informations que prodiguent les agences sont parfois approximatives, à en croire l’enquêteréalisée par Test-Achats1.

À la demande de la secrétaire d’État au Développement durable et à l’Économie sociale, Els Van Weert2 (Spirit), et avec le soutien de laLoterie nationale, Test-Achats a envoyé des enquêteurs anonymes auprès de 29 institutions financières (50 agences au total) à la recherche du placement durable quileur convenait le mieux. Sur les 29 institutions financières, 18 disposent de produits durables propres (38 agences). Les enquêteurs recherchaient un placement durable et disposaientà cet effet d’une somme d’environ 20 000 euros (exceptionnellement supérieure si nécessaire) qu’ils étaient disposés à immobiliser pendant au moins cinq ans.Ils devaient notamment demander si un placement durable rapportait plus ou moins qu’un placement non durable. Et si un tel placement coûtait plus cher. Ils devaient également chercherà savoir qui était chargé de contrôler la durabilité du placement. Si l’institution financière ne proposait pas de placement durable, les enquêteursdevaient faire en sorte qu’elle leur propose une alternative.

Un hiatus entre le siège et les agences

Les enquêteurs n’ont pas toujours été accueillis à bras ouverts, c’est le moins qu’on puisse dire.
Certaines agences ont décrété que l’institution ne disposait pas de produits durables propres alors que c’était pourtant bien le cas (AXA, Deutsche Bank, ING et RecordBank).
Inversement, plusieurs institutions ont dit proposer des fonds durables alors qu’il n’en est rien (Banque de La Poste, Citibank, Dierickx, Leys & Cie, Puilaetco Dewaay Private Bankers).
Bien que les enquêteurs aient explicitement demandé à investir dans des produits durables, ils se sont parfois néanmoins vu proposer une formule non durable (AXA, BanqueDegroof, Banque Delen, ING et Deutsche Bank).
Parfois, les enquêteurs ont eu droit à des avis négatifs quant au rendement à espérer (AXA, Banque Degroof, Banque Delen, Delta Lloyd Banque, Deutsche Bank, ING etVDK Spaarbank).
Les placements ont, de manière générale, été envisagés dans une perspective purement financière sans intérêt pour les éventuellesqualités inhérentes aux placements durables.

Selon la secrétaire d’État, Els Van Weert, interrogée lors de la conférence de presse de ce 26 avril sur le sujet, « il existe une distorsion manifeste entre lessièges centraux et les spécialistes locaux quant à leurs connaissances et leur attitude à l’égard des « investissements durables ». Là où lessièges centraux sont positifs (valeur ajoutée dans un portefeuille d’investissement, pas de rendement ou de risque inférieurs), les conseils au guichet local ne sont souvent quemédiocres. Non seulement 30 % des spécialistes locaux donnent des solutions non durables mais 40 % prétendent en outre à tort offrir des produits durables.»D’après Els Van Weert, il est dès lors clair que les spécialistes dans les bureaux locaux disposent de connaissances « médiocres » en la matière. Lesconseils dépendent, en outre, apparemment fortement des attitudes personnelles à l’égard de la durabilité.
Pour remédier à la situation, la secrétaire d’État propose huit actions positives orientées tant vers le secteur financier que vers les pouvoirs publics.

Pour le secteur financier

1. Meilleur flux d’information vers les bureaux ;
2. informations pertinentes sur les sites web ;
3. faire davantage de publicité pour les produits durables (marché poussé par l’offre, où l’investisseur fait confiance aux conseils du spécialiste financier) ;
4. les concours de placements boursiers (par exemple une compétition nationale pour investisseurs) doivent tenir compte du concept de durabilité.

Pour les pouvoirs publics

5. Définir légalement le concept d’investissement durable ;
6. contrôle externe sur le caractère durable des produits financiers ;
7. informer le consommateur et stimuler celui-ci à demander des informations sur les investissements durables ;
8. donner le bon exemple en investissant durablement soi-même.

Si le gouvernement planche depuis des mois sur le projet de définition légale du concept d’investissement durable, avec les banques et les associations, il ne devrait cependantaboutir qu’à la prochaine législature. Tomas Sweertvaegher, porte-parole d’Els Van Weert, estime toutefois qu’il est encore possible que cette déductibilité avantageusepuisse s’appliquer dès la déclaration 2008 (sur les revenus 2007, donc).

1. L’étude complète paraîtra dans Budget & Droits n°192 de mai/juin 2007.

2. Cabinet Van Weert, place Quetelet, 7 à 1210 Bruxelles – tél. : 02 227 51 11 – courriel : kabinet@vanweert.fgov.be.

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