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Les droits de l’enfant en difficulté face à la crise

Il y a peu, la CODE (Coordination des ONG pour les droits de l’enfant) publiait une étude consacrée à l’impact de la crise sur les droits de l’enfant en Belgique: «Sale temps pour les enfants». Le bilan est assez sombre mais refuse de laisser place au pessimisme.

Il y a peu, la Coordination des ONG pour les droits de l’enfant (CODE) publiait une étude consacrée à l’impact de la crise sur les droits de l’enfant en Belgique : « Sale temps pour les enfants ». Le bilan est assez sombre mais refuse de laisser place au pessimisme.

Depuis la crise de 2008, de plus en plus de familles plongent dans la précarité. Les mesures d’austérité réduisant les dépenses dans les services publics n’arrangent pas les choses. Parmi les catégories vulnérables, ce sont les enfants les plus touchés. En Belgique, près d’un enfant sur cinq vit dans la pauvreté, c’est-à-dire 424.000 enfants pauvres sur 2.214.156 enfants de 0 à 17 ans. D’après l’Unicef, cela fait de la Belgique l’un des pays qui ont « des taux de pauvreté infantile les plus élevés d’Europe ». Si les effets de la crise sont indéniables, « Sale temps pour les enfants », étude publiée par la CODE en février 2016, souligne que d’autres pays européens, comme la Pologne, la Slovaquie ou la Norvège, sont parvenus à limiter la pauvreté des enfants, preuve qu’il est possible de trouver des solutions pour protéger les droits de l’enfant.

27 % des enfants ne partent jamais en vacances

L’étude se positionne dans la perspective de la Convention relative aux droits de l’enfant de 1989, d’application en Belgique depuis 1992. Cette convention est divisée en trois catégories principales interdépendantes : les enfants ont droit à la protection, aux prestations (notamment l’éducation et les soins) et à la participation (c’est-à-dire la possibilité d’exercer son droit de citoyen et d’être entendu en tant que tel). Ce que le rapport souligne, c’est que, avec la crise, les filets de sécurité se détricotent un peu plus chaque jour, amenant des familles à vivre en situation précaire. Ce qui empêche que chacun puisse accéder aux besoins essentiels (alimentation, logement, soins de santé, éducation) et donc à ses droits.

Des conséquences directes et indirectes

Concrètement, comment la crise impacte-t-elle les enfants ? Tout d’abord, à travers des conséquences indirectes touchant les parents. En premier lieu, au niveau de l’emploi. On le sait, peu d’emplois sont disponibles et créés actuellement, ce qui peut amener les parents qui ont un travail à accepter des conditions de travail très difficiles en termes d’horaire et de salaire. Les horaires compliqués entraînent parfois l’impossibilité de concilier travail et famille. La chute nette des revenus (salariaux ou de remplacement comme les allocations de chômage dont certains sont exclus) est une autre cause qui impacte fortement les familles. En effet les familles se privent : « 26 % ne parviennent pas à faire face à des dépenses imprévues, 6 % n’ont pas le chauffage, 5 % n’ont pas de voiture, 3 % ne mangent ni poisson, ni viande, ni légume tous les deux jours. Et 27 % des enfants ne partent jamais en vacances », peut-on lire dans le rapport. Le troisième effet est peut-être le plus important : en Belgique, un quart des mal-logés sont des mineurs. Le logement, qui constitue la principale dépense des ménages, joue sur tous les autres aspects de la vie d’un enfant : ses relations familiales, son travail scolaire et sa santé. L’étude souligne le manque de logements à bas prix ainsi que de logements sociaux.

À Bruxelles, il n’y a qu’une place d’accueil pour quatre enfants. À cause de cela, le quotidien des parents et des enfants est mis en péril », Valérie Provost, de la CODE (Coordination des ONG pour les droits de l’enfant)

À ces effets indirects s’ajoutent les effets directs de la crise sur les enfants. Tout d’abord le manque de structures d’accueil et d’éducation des jeunes enfants qui représentent pourtant un énorme potentiel positif car elles donnent aux enfants un meilleur départ dans la vie et réduisent l’instauration précoce des inégalités. « Il faut privilégier un meilleur travail préventif pour réduire la pauvreté infantile. Il faut soutenir les familles et les enfants dès le plus jeune âge. À Bruxelles, cependant, il n’y a qu’une place d’accueil pour quatre enfants. À cause de cela, le quotidien des parents et des enfants est mis en péril, ce qui influence négativement leur bien-être car cette situation empêche des parents (des mères en particulier) de trouver un emploi ou de faire des formations pour améliorer leur situation car elles doivent s’occuper de leurs enfants », explique Valérie Provost, de la CODE.

Ensuite, il y a l’enseignement. L’école, qui devrait être un moyen de réduire les inégalités mais qui, finalement, tend à les reproduire. Notamment parce que l’école, en théorie gratuite, ne l’est pas réellement : « Il faut débourser en moyenne près de 200 euros en maternelle et 1.000 euros en primaire par an et par enfant pour les frais scolaires. »

Le rapport indique aussi le manque d’accès des enfants à des besoins essentiels comme l’accès aux soins de santé, à la culture et aux loisirs.

« Certes, le manque de moyens est une réalité. Des secteurs, comme celui de l’accueil de la petite enfance et de l’enseignement, sont pris dans des carcans budgétaires critiques, alors même qu’un accès à ces services est une condition indispensable pour permettre une meilleure égalité des chances. Toutefois ce manque de moyens s’accompagne régulièrement d’un manque de choix et de priorité publique », dit l’étude. Valérie Provost ajoute : « Il y a de la bonne volonté chez les professionnels et chez certains politiciens qui restent créatifs et motivés pour trouver des solutions à la pauvreté infantile. Maintenant on voudrait du concret, on peut mieux faire. »

Les bourgmestres luttent contre la pauvreté infantile

Ce besoin de concrétisation, c’est à cela que veut répondre la « Déclaration des bourgmestres de lutte contre la pauvreté infantile ». Lancée début 2015, à l’initiative du SPP Intégration sociale, cette convention a été signée par 150 bourgmestres afin de marquer leur volonté de lutter, par des initiatives concrètes, contre la pauvreté infantile. S’inscrivant dans la Stratégie Europe 2020 et son objectif de réduire la pauvreté et l’exclusion sociale et voulant sortir du cercle vicieux de la « pauvreté héritée », les bourgmestres signataires s’engagent à améliorer l’accès des enfants à des ressources appropriées, à fournir des services abordables et de qualité et à encourager le droit des enfants à la participation. La participation étant déterminante, « elle seule permet aux familles vivant dans la pauvreté de sortir des déterminismes sociaux et économiques dans lesquels ils sont confinés », souligne-t-on dans le rapport « Dans le vif du sujet », édité par le délégué général aux Droits de l’enfant.

Lors de la conférence « Déclaration des bourgmestres de lutte contre la pauvreté infantile », le 10 mars dernier, Emir Kir et Jacques Gobert, respectivement bourgmestres de Saint-Josse et de La Louvière, expliquaient prendre des mesures concernant les places en crèches (à Saint-Josse, il existe quatre crèches et cinq de plus sont actuellement en construction), mais aussi au niveau de l’accès gratuit ou du moins accessible à la culture, au sport ainsi qu’à d’autres services afin de tirer les jeunes vers le haut (à La Louvière, il existe notamment l’opéra urbain « Décrocher la lune » qui implique des jeunes de tous milieux sociaux et travaille à la cohésion sociale).

« Pour lutter contre ce problème de la pauvreté infantile, je crois au public. Il faut êtr
e dans une logique humaine et non commerciale »
, déclarait Emir Kir.

Travailler main dans la main

La pauvreté infantile est une problématique transversale sur laquelle de très nombreuses politiques sont susceptibles d’avoir un impact. Les compétences en sont partagées entre les différents niveaux de pouvoir. Pour lutter contre cette pauvreté, une bonne collaboration entre ces niveaux de pouvoir et les différents secteurs doit se mettre en place. Ne pas investir dans les enfants serait peut-être un mauvais calcul, ceux-ci étant l’avenir de nos sociétés et de notre économie.

 

Fil infos, « Pensions alimentaires : plus de familles monoparentales mais des budgets qui stagnent », Nastassja Rankovic, 9 avril 2015.

 

Marie Jauquet

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