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Les douze travaux du quartier Vivegnis

Situé en bas des coteaux de la Citadelle à Liège, le quartier Vivegnis fait l’objet d’importantes rénovations depuis plus de dix ans.

27-04-2010 Alter Échos n° 293

Partie intégrante du quartier Saint-Léonard, situé en bas des coteaux de la Citadelle à Liège, le quartier Vivegnis fait l’objet d’importantes rénovationsdepuis plus de dix ans. Aujourd’hui, le dossier est entré dans une phase cruciale.

Situé sur des friches d’anciens charbonnages, le quartier Saint-Léonard et, plus particulièrement, la zone Vivegnis (du nom de la place autour de laquelle elle sedéploie), est en train de vivre les derniers actes d’une pièce commencée vingt ans plus tôt avec l’assainissement de la zone par l’intercommunale Sorasi.« L’assainissement a duré jusqu’en 1994 et puis tout est resté en stand-by jusqu’en 1999 et la mise en place d’un schéma directeur pour le quartier »,déclare Alain Malherbe, chef de projet de la rénovation urbaine du quartier Saint-Léonard de 1995 à 2006. A l’aube des années 2000, la rénovation du quartiercommence à prendre forme : la population est impliqué dans l’élaboration du schéma directeur en 1996-1997 et en 1998 le quartier est reconnu ZIP/QI.

Les grands objectifs du projet, définis par le schéma directeur, sont les suivants :
• désenclaver le quartier par la création d’une passerelle passant au-dessus du chemin de fer le séparant des coteaux de la citadelle ;
• changer l’image de la zone, marquée par une population assez pauvre, d’origine immigrée, en y mettant en place des activités, notamment d’ordre artistique ;
• améliorer le cadre de vie en investissant dans le logement, les espaces publics et les espaces verts ;
• créer des activités économiques, le quartier étant alors marqué par un fort taux de chômage.

Après reprécision de schéma directeur en 2003, un concours d’architecte est organisé en 2004. But de l’opération : attribuer quatre « lots » cruciauxpour la rénovation du quartier :
• la construction de l’espace entreprises Liège-Vivegnis (financé par la DGE Région wallonne et le Plan Marshall),
• la rénovation de l’espace public (financé par le plan triennal voirie de la Région wallonne),
• la construction de la fameuse passerelle (financée par la revitalisation urbaine) et, enfin,
• la sortie de terre d’un bâtiment de huit logements du nom de Vivegnis Housing (financé par la rénovation urbaine), dont trois d’entre eux sont réservésà des résidences d’artistes, et qui est de plus agrémenté par un espace Horeca.

De l’importance de l’artistique

Si trois logements sont réservés à des résidences d’artistes, c’est que la part du culturel dans le projet est assez importante. « La ville de Liège aainsi eu l’idée d’acheter d’anciens bâtiments jouxtant Vivegnis Housing afin d’en faire un centre de production d’art dont pourront profiter les artistes enrésidence », affirme d’ailleurs Gregor Stangherlin1, qui a succédé à Alain Malherbe en 2006.

Préexistant à l’ensemble du projet Vivegnis, le centre d’art contemporain 251 Nord est également présent sur le site et bénéficiera de l’usage d’unétage des anciennes Brasseries Haecht, situées à deux pas de Vivegnis Housing. La brasserie accueillera d’ailleurs de surcroît l’asbl Smart, locataire d’un étage etqui sous-louera son espace à certains artistes. Une mairie de quartier est aussi hébergée à l’heure actuelle au sein du bâtiment, de même que la coordinationdes associations du quartier, une antenne de l’ONE et deux associations d’action sociale du centre Louise-Michel. Un projet de logement est également prévu pour la fin del’année.

Économie et habitat groupé

Situé juste à côté des brasseries, l’espace d’entreprises est quant à lui aujourd’hui terminé et occupé à presque 100 %. Si à la base,l’intention était d’y installer des structures « orientées vers le créatif », force est de constater que ce vœu ne s’est pas réalisé. «Malheureusement, SPI+ souhaitait le rendre rentable directement et l’espace a donc été complètement rempli avec des structures à caractère commercial », noteGregor Stangherlin.

Autre point important, la passerelle censée faire la jonction avec les coteaux de la citadelle devrait voir le jour en 2012. « Cela a un peu traîné, admet GregorStangherlin, mais plusieurs explications peuvent être avancées pour expliquer cela. » Un : il a fallut racheter un terrain appartenant et à Infrabel et à la SNCBHolding. Deux : il n’y avait pas un franc, en 2004, pour financer la construction de la passerelle. Pour pallier ce problème, une collaboration a été mise en place avec LesZurbains, un projet d’habitat groupé comptant 22 ménages et qui va voir le jour aux abords de la voie ferrée. « Nous avons alors pensé à rendre le projet depasserelle éligible aux fonds de la revitalisation urbaine, qui demandent pour ce faire un partenariat avec un projet privé, ce qui était le cas avec Les Zurbains qui ont alorsadapté leur projet pour y intégrer la passerelle et constituer un “espace fermé” avec la place Vivegnis. En contrepartie, ils ont pu bénéficier de la prise encharge du coût de rénovation des espaces publics. Néanmoins, le projet des Zurbains a quelque peu traîné. Or les fonds de la revitalisation urbaine ne sontlibérables qu’une fois que le gros-œuvre a été réalisé. Il nous faut donc attendre que ce soit fait avant de pouvoir commencer les travaux. » Auxdernières nouvelles, la construction de l’habitat groupé devrait commencer en mai de cette année et l’aménagement de l’espace public en fin d’année.

Un projet encore méconnu, une situation sociale préoccupante

Si le projet de rénovation physique du quartier semble bel et bien en marche, Vivegnis peine encore à se faire connaître au niveau de la Ville de Liège. Autre sujet depréoccupation : la situation sociale du quartier, qui reste très fragile. Le revenu moyen annuel par déclaration fiscale s’est dégradé en 2007, le taux dedemandeurs d’emploi est de 27,8  % et le taux de personnes isolées est de 62,8  %. « Nous sommes conscients de ce problème et un volet social est intégré auprojet puisque nous avons notamment créé une régie de quartier, une maison de l’emploi, un espace public numérique ou encore un espace vélo et que nous avonsprocédé à l’engagement d’un spécialiste en création d’entreprise afin d’aider la population dans cette optique, remarque Gregor Stangherlin. Cela fait un total detreize personnes engagées et centrées sur le volet social. Il faut aussi remarquer qu’une coordination des structures actives en insertion socioprofessionnelle est active dans lequartier et qu’un projet appelé Sun Interreg vise à promouvoir le développement durable par l’entremise d’actions de développement durable, d’économied’&e
acute;nergie, de végétalisation du quartier ou encore au niveau de la cohésion sociale. Et cela, chaque fois dans des projets purement participatifs par rapport à lapopulation. »

Du côté des habitants du quartier, justement, on semble plutôt satisfait du travail effectué tout en notant que les choses se sont progressivementaméliorées au niveau de l’implication de la population par les initiateurs du projet. « Dans le fond, sur le papier, le projet est génial, à 100 %intéressant, nous dit Jean-Marc Delhaye, président du comité de quartier2. Maintenant, entre ce qui est censé exister en principe et l’application sur leterrain, il y a quelquefois des différences. Mais actuellement, la concertation se passe très bien, la Commission de rénovation urbaine se réunit un nombre de fois plusimportant que ce qui est prévu au minimum (deux fois) et le chef de projet de la rénovation urbaine participe aussi aux réunions du comité de quartier. Pour certainsprojets, comme Sun Interreg, on joue également le jeu de la participation, ce qui est très bien. »

Bientôt une « gare Vivegnis » ?

Pour conclure, notons que cela fait plus de dix ans que les chefs de projet successifs essaient de convaincre la SNCB de rouvrir une gare à Vivegnis, un quartier de pourtant près de15 000 habitants. « Malheureusement, la politique actuelle de la SNCB est plutôt de fermer des gares que d’en ouvrir, déplore Gregor Stangherlin. Mais je ne désespèrepas de changer les choses en ce qui concerne Vivegnis », ajoute-t-il dans un sourire…

1. Maison de quartier Saint-Léonard :
– adresse : rue Lambert Grisard, 1 à 4000 Liège
– tél.  : 04 259 98 80
– site : www.sac-liege.be
2. Comité de quartier Saint-Léonard :
– adresse : rue du Pommier, 25 à 4000 Liège
– site : http://cqsl.unblog.fr

Julien Winkel

Julien Winkel

Journaliste (emploi et formation)

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