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Les clandestins brésiliens profilés

L’Organisation internationale pour les migrations vient de consacrer une étude aux clandestins brésiliens en Irlande, au Portugal et en Belgique.

09-10-2009 Alter Échos n° 282

Ils seraient selon certaines sources 30 000 clandestins brésiliens. Entre 40 000 et 50 000 selon les services d’inspection du travail, soit près de la moitié du nombreestimé de clandestins dans notre pays. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM)1 vient de leur consacrer une étude.

Les Brésiliens forment dans notre pays une communauté plutôt discrète qu’on retrouve dans de nombreuses églises évangéliques. Unecommunauté qui a pourtant fait la une des médias cette année. C’était en avril dernier, souvenez-vous, cette entreprise de titres-services dirigée par unpasteur d’origine italienne ayant vécu au Brésil. Le pasteur Petrucci, arrêté pour escroquerie, employait au noir quelque 500 travailleurs latino-américains,en majorité des Brésiliens et des Équatoriens. Le pasteur évangélique avait commencé à contacter en 2007 des personnes influentes dans lacommunauté brésilienne en Belgique, dont d’autres pasteurs, et à recruter des travailleurs pour le compte de son entreprise à partir de mai 2008 au sein d’églisesévangéliques, en les affiliant à son asbl “Brasileuro”. L’homme réclamait à chaque membre une cotisation annuelle de 24 euros et offrait en échange diversservices, dont des cours de français ou une aide juridique.

Le pasteur a profité de l’annonce de la sortie prochaine d’une circulaire de régularisation pour proposer du travail à ses membres qu’il faisait payer au moyen detitres-services. De nombreux Brésiliens, qui travaillaient déjà au noir se sont affiliés à l’asbl dans l’espoir de pouvoir travailler de manièredéclarée et obtenir en fin de compte une régularisation sur la base du critère du travail. Des annonces de recrutement mentionnant une promesse de régularisationont été publiées dans des journaux destinés à la communauté brésilienne de Belgique. Jusqu’au jour où le pasteur n’a plus payé leursalaire. La plupart des travailleurs engagés par le pasteur étaient des femmes de ménage. Nombre d’entre elles ont porté plainte contre leur ex-employeur,aidées par divers syndicats et associations.

Une histoire de traite économique à telle échelle et avec autant de personnes d’une même nationalité a attiré l’attention de l’Organisationinternationale pour les migrations en Belgique, l’OIM. « Nous avions également constaté de notre côté un glissement depuis 2002 dans les demandes de retourvolontaire que nous organisons, explique Pascal Reyntjens, responsable du Département d’assistance au retour et à la réintégration volontaires (ARRV) àl’OIM. Des personnes déboutées du droit d’asile ou de la demande de régularisation, nous sommes passés à des personnes qui n’ont jamais introduitde demandes et parmi elles, de plus en plus de Brésiliens, 51 en 2008 pour l’assistance à la réintégration et 697 pour l’assistance au retour volontaire. Unafflux constaté chez nous mais aussi au Portugal et en Irlande. Nous nous sommes alors interrogés sur les raisons de leur venue ici, de leur volonté de retourner, leur profil, etpourquoi employer la voie du programme de retour volontaire ? Ce fut le point de départ d’une enquête sur la migration brésilienne en Belgique, au Portugal et en Irlande.370 Brésiliens ont été interviewés en Belgique et plus de 1 200 au total dans les trois pays. »

Le Brésilien moyen

Selon le rapport de l’OIM2, la majorité des clandestins brésiliens en Belgique vivent à Bruxelles avec seulement quelques petits groupes en Wallonie et enFlandre. Ils sont originaires de différentes régions du Brésil mais avec une majorité (57 %) provenant des états de Goias et Minas Gerais. La communautécompte presque autant d’hommes (48 %) que de femmes (52 %) et est relativement jeune : 54 % ont moins de 35 ans, 27 % ont entre 36 et 45 ans. 35 % d’entre eux ont un diplômed’enseignement supérieur, 15 % sont universitaires, 18 % n’ont pas de diplôme ou seulement celui du primaire.

L’immigration brésilienne en Belgique est plutôt de type familial, les femmes partent avec leurs enfants, les hommes viennent plus souvent seuls. Ils travaillent pour 80 %d’entre eux, au noir, principalement dans le secteur de la construction pour les hommes, du nettoyage et du personnel domestique pour les femmes. Au Brésil, la plupart de ces migrantstravaillent dans le commerce.

66 % des personnes interrogées ont déclaré être en situation irrégulière. Entre 2005 et 2007, à Bruxelles, les procès-verbaux concernant letravail au noir des Brésiliens ont augmenté de 67 %. Un constat corroboré par le rapport 2008 de l’Office des étrangers, où il est mentionné que lesBrésiliens sont après les Roumains les plus nombreux à être arrêtés sur les chantiers comme travailleurs illégaux et à être conduits encentres fermés et expulsés. S’ils le peuvent, ils reviennent et restent jusqu’au moment où ils ont pu récolter un petit capital qui leur permet d’acheterune maison, une voiture au pays, ou de soutenir la famille. Un projet migratoire qui peut parfois mettre beaucoup de temps à se réaliser, vu les loyers bruxellois exorbitants, sanscompter que les sans-papiers se retrouvent souvent à la merci d’individus peu scrupuleux, y compris dans leur propre communauté. La majorité reste en Belgique entre troiset cinq ans avant de retourner au Brésil. C’est ce qu’on appelle une migration circulaire liée au travail. Seuls 25 % demandent des papiers et souhaitent s’installerdéfinitivement dans notre pays.

La majorité d’entre eux dit avoir quitté le Brésil pour des raisons économiques. Certains étaient étudiants et comptent reprendre leursétudes à leur retour au Brésil. Les faibles salaires, le non-emploi, la volonté de monter son affaire, de s’acheter une maison, sont autantd’éléments qui les ont poussés à partir. La moitié d’entre eux environ passe par la France avant d’arriver comme touriste en Belgique, où ilsn’ont pas besoin de visa pour entrer.

Leur nombre grandissant a poussé l’OIM à lancer une campagne à leur attention en ce mois d’octobre. « Notre objectif est de les informer de leurs droits,notamment en matière de travail, de les mettre en garde contre la traite, mais aussi de les informer de leurs devoirs et des pistes à leur portée, parmi elles le retourvolontaire, explique Pascal Reyntjens. Nous avons pour ce faire conçu une brochure qui reprend ces éléments avec l’appui de l’inspection sociale, de la police deproximité, de l’Office des étrangers, etc. Cela permet de centraliser toutes les informations existantes, mais souvent éparpillées. Nous avons identifié
divers canaux de communication pour les atteindre : les pasteurs d’églises évangéliques, l’ONG Abraço (une association d’aide aux migrantsillégaux d’origine brésilienne), le Ciré, Vluchtelingenwerk, des associations sportives, culturelles, etc. La campagne sera aussi visuelle avec des affiches notammentà la gare du Midi et deux ou trois consultations seront mises en place.3 »

1. OIM Bruxelles :
– adresse : rue Montoyer, 40 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 287 70 00
– contact : Pascal Reyntjens, courriel : preyntjens@iom.int
– site : www.belgium.iom.int

2. Assessment of Brazilian Migration Patterns and Assisted Voluntary Return Programme from selected European Member States to Brazil, research report, september 2007-february 2009
– Le rapport actuellement disponible en anglais et en néerlandais (sous peu en français), peut être téléchargé à l’adresse suivante :
http://avrr.belgium.iom.int/fr/resources/rapports.html
– L’étude d’une durée de 18 mois a été financée par la Commission européenne et par les gouvernements portugais, irlandais et belge dans le cadredu Fonds européen pour le retour.
3. Nous reviendrons sur cette campagne dans notre rubrique télex dès que les infos seront disponibles sur le site.

catherinem

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