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Vie associative

Le nouveau décret éducation permanente se recentre sur la participation

Alter Échos n° 468 14 novembre 2018 Cédric Vallet

Le parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles vote aujourd’hui en séance plénière, une réforme du décret éducation permanente. Explications avec Alda Greoli, ministre en charge de la matière.

Alter Échos : Pourquoi fallait-il changer le décret de 2003 ?

Alda Greoli : Le décret de 2003 prévoyait des évaluations régulières. C’est dans le cadre d’une évaluation de court terme, menée par l’Observatoire des politiques culturelles, qu’est apparue la nécessité de faire évoluer le décret, sans le modifier fondamentalement. Une autre évaluation, de long terme, est encore en cours. Elle porte notamment sur les études d’impact, les études de public.

AÉ : Le but de cette réforme, c’est de recentrer l’éducation permanente (ÉP) sur son article 1er (développement de l’action associative, visant l’analyse critique de la société, la stimulation d’initiatives démocratiques, etc.). Cela veut-il dire que les associations s’éloignaient de l’objectif de cet article ?

AG : Ici nous rendons sa primauté à l’axe 1, c’est-à-dire à la participation des publics. Quand on vient de l’éducation permanente, comme moi, c’est une évidence. Il est vrai qu’avec le temps, un décentrage se faisait. Avec ce nouveau décret, l’axe 1 revient au cœur du dispositif, les autres axes sont complémentaires. Si on l’a remis au centre, c’est aussi dans l’esprit de se dire que l’émergence d’une pensée critique, en particulier avec des publics plus fragilisés ou plus précarisés, prend du temps. Les politiques veulent généralement des résultats sur le court terme. Mais là, notre logique a été de laisser du temps au temps.

L’article 1er du décret de 2003 relatif à l’Éducation permanente

Paragraphe 1er : Le présent décret a pour objet le développement de l’action associative dans le champ de l’éducation permanente visant l’analyse critique de la société, la stimulation d’initiatives démocratiques et collectives, le développement de la citoyenneté active et l’exercice de droits sociaux, culturels, environnementaux et économiques dans une perspective d’émancipation individuelle et collective des publics en privilégiant la participation active des publics visés et l’expression culturelle.

AÉ : Avec ce décret, vous visez aussi une simplification administrative ?

AG : Oui, en particulier nous décloisonnons les axes 3.1 et 3.2. Nous changeons les modes d’évaluation. Quand on voit le temps perdu par les associations et les mouvements pour aller justifier des études, des trucs et des bazars, il fallait simplifier. De plus, lorsque vous êtes reconnus en axe 1 et en axe 2, mais que vous avez produit une étude qui serait en axe 3, vous pourrez la valoriser. Cela assouplit et encourage la transversalité, la créativité.

AÉ : Avec ce décret modifié, vous proposez des changements importants relatifs à l’évaluation des associations actives dans l’éducation permanente en proposant des auto-évaluations davantage axées sur la qualité de l’intervention que sur la quantité. Y avait-il des lourdeurs administratives ?

AG : Recevoir une reconnaissance en ÉP avec un subside qui va de pair, ce n’est pas un chèque en blanc donné à une association, bien sûr. D’un autre côté les études d’impact sont très difficiles et nécessitent du temps ; donc je peux comprendre que, quand on se tourne vers du quantitatif, où il faut justifier autant de signes pour autant d’études, cela « simplifie » les processus d’inspection et d’évaluation. Mais nous allons essayer de sortir de cette logique grâce à des évaluations qualitatives, des auto-évaluations, l’année qui précède le renouvellement de l’agrément. En parallèle, il y a tous les ans un rapport d’activité à rentrer avec les activités. Il y aura aussi des inspections. C’est pas les Bisounours non plus.

Recevoir une reconnaissance en ÉP avec un subside qui va de pair, ce n’est pas un chèque en blanc donné à une association.

AÉ : Le secteur semble favorable à ces changements. Certains s’inquiètent tout de même : et si ce recentrage aboutissait à l’exclusion de projets plus « périphériques », donc un peu aux marges de l’éducation permanente. Certains projets de formation, par exemple, sont réputés un peu limites…

AG : Si ce sont des projets de formation au sens strict, c’est en formation qu’ils doivent être subsidiés. Il y a un petit temps de ça, il y avait même des centrales syndicales qui voulaient être reconnues en ÉP. À un moment donné il faut arrêter. L’éducation permanente, c’est un métier très sérieux.

AÉ : Ces modifications du décret vont-elles faciliter le subventionnement de nouveaux projets ?

AG : Les nouveaux projets seront subventionnés pour trois ans et financés à 100 % pour ces trois ans-là, ce qui n’était pas le cas avant (pendant une période de deux ans, les nouveaux projets n’étaient subventionnés que pour leurs activités, pas pour l’emploi, NDLR). Ça, c’est une révolution.

AÉ : Au-delà de cette réforme, le secteur rappelle régulièrement que l’éducation permanente n’est financée qu’à 91 %. Comptez-vous faire mieux ?

AG : Je suis en train de regarder si je ne peux pas monter. Cela dit, c’est le premier secteur que j’ai refinancé en arrivant et je l’ai refinancé deux fois. Je ne sais pas si je pourrai remettre une cerise sur le gâteau avant de partir.

J’ai entendu des parlementaires se demander s’il fallait financer des gens qui nous critiquent. Évidemment qu’il le faut !

AÉ : Pourquoi faut-il soutenir l’éducation permanente ?

AG : Pour moi, c’est un secteur indispensable à la vitalité démocratique. Il permet à des citoyens de toutes conditions et de toutes origines de véritablement prendre leur place dans le débat démocratique. C’était très drôle, car j’ai entendu des parlementaires se demander s’il fallait financer des gens qui nous critiquent. Évidemment qu’il le faut ! Est-ce que chacun se rend compte, par exemple, de ce que serait la participation des femmes au débat démocratique si, sur les 30 dernières années, l’ÉP des Femmes prévoyantes socialistes et de Vie féminine n’avait pas existé ? Aujourd’hui, des femmes sortent de chez elles et participent à une réflexion parce qu’il existe des mouvements comme ça. Leur impact, y compris dans l’égalité des chances d’une partie de la population, en particulier d’origine étrangère, est fondamental.

Quatre axes de reconnaissance en éducation permanente :

Axe 1 : Participation, éducation et formation citoyennes.
Axe 2 : Formation d’animateurs, de formateurs et d’acteurs associatifs.
Axe3 : Production de services, d’analyses ou d’études. Cet axe est divisé en un axe 3.1 : production de services, de documentation et d’outils pédagogiques et un axe 3.2 relatif à la production d’analyses et d’études.
Axe 4 : Sensibilisation et information.

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A propos de l'auteur

Cédric Vallet

Cédric nous vient tout droit du Sud… de la France, de Montpellier précisément. D’ailleurs, s’il ne devait pas travailler, il passerait son temps à jouer à la pétanque. Avec son collègue Julien Winkel, il forme le « pôle excellence » de la rédaction d’Alter Échos. Ce qui explique que son héros, c’est ledit Julien Winkel, dans ses grands jours. Doté d’un sens de l’humour bien aiguisé dont il fait souvent montre dans ses papiers, Cédric nous définit le social comme un bolo au Verschueren ; « ça n’existe plus mais c’était « social ». Il pratique le journalisme pour contredire tout le monde, tout le temps, à commencer par lui-même. cedric [dot] vallet [at] alter [dot] be

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