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Solidarité
«City Plaza est le meilleur hôtel d’Europe», selon… le website de l’hôtel

Le City Plaza d’Athènes: pas de room service, et néanmoins le meilleur hôtel d’Europe

Alter Échos n° 459 6 février 2018 Marinette Mormont et Marie-Ève Merckx

Il y a quelque temps encore, l’hôtel Plaza accueillait les touristes désireux de visiter le berceau de la démocratie. Depuis près de deux ans, dans une Grèce en crise, un collectif de citoyens se mobilise pour y héberger plus de 350 migrants. Une occupation qui, outre le gîte qu’elle offre à ces personnes fragilisées, se singularise par son engagement politique obstiné.

Par Marinette Mormont et Marie-Ève Merckx

Les grilles qui dissimulent la porte d’entrée de l’hôtel du City Plaza, à Athènes, sont closes. Ici, les règles de sécurité sont strictes. Chaque personne qui pénètre dans l’immeuble doit montrer patte blanche. Une équipe de bénévoles veille jour et nuit au poste «sécurité» pour filtrer les allées et venues dans l’hôtel. C’est que l’occupation de cet ancien hôtel en faillite se situe dans un quartier pauvre d’Athènes où se concentrent des groupuscules d’extrême droite. «Il y a quelques jours, un squat social a été incendié par des groupes fascistes à Thessalonique», explique Nathan, jeune Français en vadrouille depuis un an et demi et qui a posé son sac à dos à l’hôtel Plaza peu après le début de l’occupation pour s’investir dans le projet. «Comme ce samedi il y aura à Athènes une manifestation fasciste, nous sommes un peu en état d’alerte.»

«Parmi les 50.000 individus prêts à tout, beaucoup sont actuellement bloqués en Grèce, dans un no man’s land et des camps désastreux.», les initiateurs de l’hôtel Plaza.

Le projet d’occupation a vu le jour au printemps 2016. Nassim, présent en Grèce depuis dix-sept ans, en relate les prémices. «Le propriétaire de l’hôtel était en faillite et ne payait plus ses employés. Comme il est empêtré dans un imbroglio juridique, cela facilite notre occupation. Quand nous nous sommes installés, le voisinage était méfiant. Aujourd’hui cela s’est apaisé, certains voisins nous font des dons, et nous entretenons de bonnes relations, par exemple avec l’école juste à côté.»

Avec une capacité d’occupation d’environ quatre cents personnes, l’hôtel héberge aujourd’hui plus de 350 migrants (dont une soixantaine de familles) issus principalement de Syrie, d’Afghanistan, du Pakistan, d’Irak ou encore de Palestine.

«Ils ont tous fui leur foyer. Parmi les 50.000 individus prêts à tout, beaucoup sont actuellement bloqués en Grèce, dans un no man’s land et des camps désastreux, la fermeture de l’Europe les soumettant à l’exclusion», expliquent les initiateurs du projet. Or dans cet hôtel situé au cœur d’Athènes, on mise sur l’accès à toute une série de services, sur le respect de la sécurité, de la dignité et de l’intimité de chacun, par opposition à ce qui est souvent proposé dans des camps d’accueil à l’extérieur de la ville.

«Ce n’est pas seulement un lieu d’hébergement. C’est un aussi un espace d’autonomisation», Nassim

Comme dans un hôtel classique, une fois passé le bureau de réception, les «visiteurs» débouchent sur un bar et une vaste salle à manger où trône un imposant portrait de Pávlos Fýssas, rappeur et antifasciste grec, assassiné le 18 septembre 2013 dans une banlieue d’Athènes par un membre du parti grec d’extrême droite Aube dorée. À côté de l’hébergement (les migrants peuvent se loger dans des chambres de tailles variées), l’espace a été organisé pour subvenir aux besoins de ces personnes en transit: salles de jeux pour les enfants, salles de classe (pour les enfants et pour des cours de langue), infirmerie (des consultations médicales ont lieu deux fois par semaine), «espace femmes», espace médias

Espace de solidarité et de lutte

En autogestion, l’organisation de la vie collective est soutenue par une large équipe de bénévoles. Chacun contribue avec le degré d’engagement qu’il souhaite au projet d’occupation de l’hôtel. Parmi eux, de nombreux jeunes étudiants issus de multiples pays, pour lesquels une quarantaine de lits sont réservés dans le bâtiment. Une fois par semaine, un comité de coordination, où vient qui veut, se réunit pour réfléchir et planifier la «gestion» du lieu. De larges panneaux d’affichage permettent aussi à chacun de s’inscrire aux diverses tâches nécessaires («Kids space shift», «Bar shift», «Toilet shift»…). Tous les résidents participent à la vie du collectif au moins une fois par semaine, et plus s’ils le souhaitent, ajoute Nassim. Ils se relayent par exemple à la cuisine afin de concocter pas moins de 1.000 repas par jour…

«Ce n’est pas seulement un lieu d’hébergement, précise encore ce dernier. C’est un aussi un espace d’autonomisation (empowerment) et de combat pour améliorer la dignité, les droits des personnes réfugiées, et contre la politique migratoire actuelle.» Débats politiques, concerts, activités avec le voisinage… cette lutte se caractérise par un bouillonnement incessant.

«L’hôtel City Plaza est un lieu d’égalité et de solidarité, l’antithèse de la Forteresse Europe et de ses frontières de honte. C’est un symbole d’espoir. Ou plus simplement: City Plaza est le meilleur hôtel d’Europe», peut-on lire sur le site web de cet établissement pour le moins particulier(1)

 

 

 

En savoir plus

Alter Échos n° 451, «Belgium Kitchen, dans la nuit des migrants», Cédric Vallet, 26 septembre 2017

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A propos de l'auteur

Marinette Mormont

Originaire d’Arlon, « le trou de la Belgique », Marinette pense un moment devenir guide de montagne ou Tintin reporter avant de s’orienter vers des études d’histoire. Qui l’aménent au final à faire du journalisme parce que, dixit, elle ne sait faire que ça… À ses yeux, le social est un savant mélange d’attention à l’autre et de justice avec un grand J. Et l’information ? C’est parler du manque de prise en compte de l’autre et du manque de justice. Contact : marinette [dot] mormont [at] alter [dot] be

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