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Le chômage comme complication du cancer

Après un cancer, il y a ceux qui perdent leur emploi, ceux qu’on ne veut plus engager, ceux qui sont mis sur une voie de garage, et puis ceux qui n’arrivent réellement plus àtravailler comme avant… Au total : 40 % de chances de plus de connaître le chômage.

27-02-2009 Alter Échos n° 268

Il y a ceux qui perdent leur emploi, ceux qu’on ne veut plus engager, ceux qui sont mis sur une voie de garage, et puis ceux qui n’arrivent réellement plus à travailler commeavant… En tout cas, selon une étude néerlandaise, ceux et celles qui ont eu un cancer ont 40 % de chances de plus de connaître le chômage.

Pour établir ce pourcentage, le Nederlandse Academisch Medisch Centrum a synthétisé 36 études internationales de 1966 à nos jours. Mais les auteurs del’étude estiment aussi qu’il varie fortement selon le type de cancer. Pour ceux et celles qui ont eu un cancer du sein ou du côlon, les conséquences sontgénéralement beaucoup plus lourdes que pour ceux qui ont surmonté une leucémie ou un cancer de la prostate. Pour la Belgique, on ne dispose pas de statistiquesprécises, mais, selon Ward Rommel de la Ligue flamande contre le cancer, l’impact est certainement comparable dans notre pays. « Non seulement beaucoup d’employeurs sontréticents a reprendre ceux qui ont dû vaincre la maladie, mais beaucoup de ceux-ci en sortent également diminués, ce qui réduit leurs possibilités sur lemarché du travail : ils sont moins mobiles et plus vite fatigués, par exemple. »

Hélène Termonia de la Fondation contre le cancer ajoute que les différences sont énormes d’une personne à l’autre : « Certains sont totalementhors d’état de travailler, ont d’énormes troubles de concentration et de fatigue alors que d’autres se sentent tout à fait comme avant. » Beaucoupd’ex-patients se demandent aussi s’ils doivent parler franchement de leur maladie lors d’un entretien d’embauche, d’autant que la législation belge ne lesy oblige pas. Ceux qui ont un emploi au moment où la maladie est diagnostiquée sont en principe protégés contre un éventuel licenciement. Ce n’est toutefoisplus le cas si leur congé de maladie atteint six mois. « Nous constatons tout de même que de nombreuses entreprises font l’effort d’adapter les tâches àaccomplir aux capacités des ex-malades lorsque ceux-ci retournent travailler », estime Hélène Termonia. « Le travailleur doit aussi comprendre qu’uneentreprise doit tourner et que les efforts doivent venir des deux côtés et, souvent, c’est le cas », ajoute-t-elle.

Discriminations difficiles à prouver

Mais elle estime néanmoins que le problème principal, c’est que les discriminations basées sur l’état de santé sont très difficiles àprouver. Car il n’est pas nécessaire de motiver un non-engagement, une non-promotion ni même un licenciement.

Deux exemples : tout d’abord le cas de Diana, 45 ans. Elle avait obtenu un travail administratif provisoire, via une agence d’intérim, et l’employeur lui avaitalors proposé un contrat de six mois dont il était convenu qu’il serait suivi par un CDI. Mais après deux mois, une tumeur au cerveau a étédiagnostiquée et, après l’intervention chirurgicale, elle a dû rester cinq mois en convalescence. Elle a alors fait constater par le médecin conseil qu’elleétait totalement rétablie, mais l’employeur lui a signifié par mail qu’il avait été décidé de ne pas prolonger son contrat et ce, demanière irrévocable. Même un entretien d’explication lui a été refusé. Mère de trois enfants, elle a alors vu son avenir en noir, mais la chancea rapidement tourné : deux mois plus tard, elle a retrouvé du travail dans une maison de repos, laquelle n’a jamais fait le moindre problème à propos de soncancer.

Second cas : celui de Jacques (prénom d’emprunt, 54 ans). Il travaillait comme employé administratif dans l’industrie alimentaire lorsqu’un cancer du testicule aété diagnostiqué dans un stade précoce. Une opération, une chimiothérapie et six mois de convalescence ont eu raison de la maladie et il est retournétravailler à mi-temps. Après six mois, fatigué, il aurait souhaité partir en pause carrière, mais il lui aurait fallu travailler au moins un an à pleintemps. C’est alors qu’il a reçu son C4 « parce qu’il n’était plus comme avant ». Il reconnaît être beaucoup plus vite fatiguéqu’avant, mais se demande aussi s’il est vraiment juste d’attendre d’un homme de 54 ans qui a eu un cancer qu’il soit comme un jeune homme de 20 ans… Trois moisplus tard, Jacques ne cherche pas encore un emploi. Il suit actuellement un parcours d’outplacement. Et selon ses propres termes, il met désormais la barre moins haut et visedésormais un travail moins prenant qu’auparavant.

D’après De Morgen et De Standaard

Pierre Gilissen

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