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Le Centre des arts scéniques a dix ans

Créé en 1998 à l’initiative de Charles Picqué (PS) alors ministre de la Culture, le Centre des arts scéniques (CAS) est actif sur le terrain del’insertion des jeunes comédiens. Tout un art !

29-08-2008 Alter Échos n° 256

Créé en 1998 à l’initiative de Charles Picqué (PS) alors ministre de la Culture, le Centre des arts scéniques (CAS) est actif sur le terrain del’insertion des jeunes comédiens. Tout un art !

Féru d’insertion socioprofessionnelle, Charles Picqué avait commandité une étude sur la vie professionnelle des comédiens. « J’avaisparticipé à cette étude et nous avions constaté que les premières années étaient déterminantes dans une carrière. En sortant del’école, l’étudiant perd tous ses éléments structurants en même temps : ses partenaires de jeu, ses espaces, ses profs, etc. », nous expliqueBenoît Vreux, directeur du Centre des arts scéniques1.

Avant, il existait une relation forte entre les théâtres et les écoles. Ces familles ont éclaté dans le courant des années ’80. « Pour fonctionnerdans ce métier, il lui faut se créer une famille théâtrale », poursuit notre interlocuteur.

Le prix de l’enseignement

L’enseignement du théâtre est onéreux. « C’est le plus cher après celui de la médecine, essentiellement en raison du travail en petites classes.Alors que les écoles font sortir entre quatre-vingt et cent comédiens par an, le marché du travail ne peut en absorber plus de vingt-cinq », nous précise ledirecteur.

À l’époque, la création du CAS était porteuse politiquement car elle alliait des politiques culturelles et d’emploi orientées vers les jeunes. Lecentre a donc été mis en place afin d’amortir à la fois la sortie des élèves et le coût de l’enseignement. Amusant double sens !

L’idée centrale du CAS est de soutenir les comédiens pendant les trois années qui suivent la fin de leurs études par le biais de l’information, de laformation et surtout de l’insertion. « Il s’agit d’un incitant à engager des jeunes comédiens. Nous finançons 100 % du salaire brut et le pécule devacances pendant trois mois maximum », explique Benoît Vreux. Les compagnies ou les théâtres paient alors leurs charges patronales. Le montant est plafonné à 2500 euros mensuels par tête. Obligation : le metteur en scène doit rencontrer l’ensemble des stagiaires lors d’un stage-audition qui s’étale sur quatre ou cinqjours.

En matière de formation, le CAS soutient l’organisation de Masterclass, des initiatives à l’intention des professionnels. Le CAS a ainsi organisé un telstage lors de la venue au théâtre Varia d’Oriza Hirata, un grand metteur en scène japonais.

Du médiocre à la star…

Le CAS compte environ 280 stagiaires éligibles par an. « On en aide environ 80 %. Une dizaine de pour cent sont inconnus, souvent des étrangers qui ont étudiéaussi et qui sont repartis. D’autres ne se lancent pas dans la profession, notamment des jeunes femmes… qui font des enfants », décrit-il. Le CAS bénéficied’une subvention de l’ordre de 500 000 euros de la Communauté française. La moitié sert à payer des salaires de comédiens, dix pour cent sontconsacrés aux initiatives d’information et de formation, le reste finance le fonctionnement et l’équipe permanente composée de trois personnes sur fonds propres etd’un emploi APE de la Région wallonne.

Le bureau du CAS est situé à Charleroi où il n’y a pas de conservatoire pour éviter des rapprochements polémiques.

Évidemment, le CAS ne résout pas tous les problèmes en matière d’insertion. « J’ose croire qu’ils sont mieux armés après leurpassage qu’avant. Beaucoup d’anciens comédiens me disent regretter que le CAS n’existait pas encore au moment où ils sortaient de leurs études. Notre rôleest de rendre leur autonomie aux comédiens. En ce sens, on les aide peut-être trop. Le centre ne doit pas devenir la famille du comédien. »

Le CAS ne manque pas de perspectives dans les années qui viennent. « La première est d’intégrer les étudiants de l’École supérieure desarts du cirque, une nouvelle école artistique dans notre paysage culturel. La seconde est de développer le volet « formation » pour tisser des liens entre les théâtres et lescomédiens, autres que le salariat », explique notre interlocuteur.

Une conclusion ? « On m’a un jour reproché de n’aider que les médiocres. C’est méchant, sans être tout à fait faux. Tous lescomédiens sortant des écoles ne sont pas des grands talents. Notre profession a toutefois aussi besoin d’eux, peut-être même plus de bons seconds rôles que destars… »

1. CAS (Centre des arts scéniques) :
– adresse : rue Charles Dupret, 16 à 6000 Charleroi
– tél. : 071 30 54 41
– courriel : info@arts-sceniques.be
– site : www.arts-sceniques.be

Jacques Remacle

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