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Le BW n'est pas tendre avec les pauvres

Être pauvre serait plus difficile en Brabant wallon. Une analyse de Vivre Ensemble asbl.

11-09-2009 Alter Échos n° 280

Derrière l’image des villas quatre façades se cache une réalité sociale contrastée dans le « BW ». Être pauvre serait plus difficile dans cetteprovince, où la carence de mécanismes de solidarité est parfois couplée à un sentiment de honte. Une analyse d’Isabelle Franck, responsable del’éducation permanente chez Vivre Ensemble asbl1.

Dans le cadre de sa campagne annuelle « La pauvreté nuit gravement à la santé », Vivre Ensemble, chargée de lutter contre l’exclusion sociale enBelgique, passe au crible le niveau de vie des habitants de Bruxelles et de Wallonie2. Dans sa dernière analyse consacrée au Brabant wallon3, on apprendqu’en dépit d’un revenu moyen de 12  % plus élevé que la moyenne wallonne, la province recèle une pauvreté souvent ignorée.

« Une minorité fortunée, deux fois plus importante que dans les autres provinces, fausse en réalité les statistiques », explique Isabelle Franck,responsable de l’éducation permanente chez Vivre Ensemble et auteure de l’analyse. Près de 22  % des Brabançons vivent avec moins de 10 000 euros bruts paran. Malgré la réputation dorée de la province, ce chiffre rejoint donc celui du reste de la Wallonie. « À Ottignies-Louvain-la-Neuve par exemple, oùl’on s’attend à une dominante d’étudiants, on trouve en réalité beaucoup de personnes âgées et de jeunes en rupture familiale. La situationdes nombreux étudiants étrangers n’est pas toujours idyllique. »

Autre particularité, cette fracture sociale serait difficile à vivre pour les moins fortunés. Dans le Brabant wallon parfois appelé la« Wallifornie », le sentiment de honte peut mener au repli sur soi. « Les mécanismes de solidarité n’existent pas ou peu, les alternatives(logement, alimentation, etc.) sont inexistantes. Le basculement peut donc se faire plus rapidement4. »

Les défis à relever

Avec une offre de logements sociaux bien inférieure à la demande (moins de 5  % dans la plupart des communes et quasi inexistante à Lasne, à Waterloo ouà La Hulpe) et un doublement les cinq dernières années du prix moyen des logements privés, la précarité est beaucoup plus brusque en Brabant wallon et touchela classe moyenne. « De plus en plus de personnes se retrouvent sans adresse fixe. En outre, il y a les accidents de vie, le chômage, les séparations qui obligent lespersonnes à s’exiler dans une autre province où elles perdent leur réseau social, ce qui augmente encore leur précarité », témoigne IsabelleFranck. « Le rôle de notre collectif est d’échanger l’information et d’améliorer le travail en réseau des associations de terrain. Monenquête auprès de nos partenaires, a révélé un manque d’infrastructures pour combattre la pauvreté, dans le domaine du logement, de la santé, dela mobilité. »

Les défis à relever en Brabant wallon  ? Augmenter l’offre de logements sociaux et moyens, souligne l’auteure de l’analyse, « ce qui devraitêtre assumé par toutes les communes, y compris les plus favorisées », précise-t-elle. « Cela permettrait une diversification sociale mais aussigénérationnelle dans les différentes sous-régions. » Cette offre devrait s’accompagner d’une politique des services offerts aux familles :maisons médicales, crèches, transports publics efficaces, ramassage scolaire, maisons de repos, etc.

« Pour le suivi de la grossesse, par exemple, il n’y a qu’une seule consultation prénatale en Brabant wallon. Or ces consultations répondent à un besoinimportant des femmes en situation de pauvreté et elles constituent un outil de prévention de premier ordre », conclut Isabelle Franck.

1. Vivre Ensemble Education :
-adresse : rue du Gouvernement provisoire, 32 à 1000 Bruxelles
– tél. : 02 227 66 80
– courriel : vee@entraide.be
– site  : www.vivre-ensemble.be

2. Des études sur Bruxelles et le Hainaut sont déjà disponibles sur le site www.vivre-ensemble.be
3. Cette analyse se base sur l’étude sur les besoins sociaux en Brabant wallon, commandée en 2007 par la province à l’asbl Trame et au Groupe d’étude deDémographie appliquée de l’UCL, disponible ici.
4. État des besoins sociaux en Brabant wallon, rapport intermédiaire, 2007, p. 65.

carolinec

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