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« NéonNord – Art et Prostitution » : des projets artistiques questionnent les clichés

Dans le cadre du contrat de quartier Aerschot-Progrès, un projet artistique peu courant voit actuellement le jour à Schaerbeek sous la forme d’une exposition en salle et dansl’espace public1. Ainsi, l’initiative « NéonNord. Art et Prostitution » revient à deux structures, l’association Espace P…, centred’accueil, d’aide et d’orientation pour les personnes prostituées, serveuses, clients et leur entourage d’une part, le Projet Rousseau, un service del’échevinat de la Santé de la commune ayant pour « intitulé officiel » : la « prévention de l’exploitation sexuelle et de la prostitution desjeunes et l’accompagnement des personnes exerçant le commerce du charme » d’autre part. Les œuvres sont d’une large facture. On peut découvrir installationssonores, reportages, photographies, interventions directement dans l’espace public (au bord de la voie de chemin de fer, sur certaines vitrines ainsi qu’au long du tunnel entre la rue duProgrès et la rue d’Aerschot) 2. Pas moins d’une vingtaine d’artistes (prostituées ou anciennes prostituées comprises) ou des structures dont letravail présente une dimension artistique (comme BNA/BBOT « Bruxelles nous appartient » ou Idées Nouvelles) ont ainsi créé seul ou en duo.

28-07-2005 Alter Échos n° 149

Dans le cadre du contrat de quartier Aerschot-Progrès, un projet artistique peu courant voit actuellement le jour à Schaerbeek sous la forme d’une exposition en salle et dansl’espace public1. Ainsi, l’initiative « NéonNord. Art et Prostitution » revient à deux structures, l’association Espace P…, centred’accueil, d’aide et d’orientation pour les personnes prostituées, serveuses, clients et leur entourage d’une part, le Projet Rousseau, un service del’échevinat de la Santé de la commune ayant pour « intitulé officiel » : la « prévention de l’exploitation sexuelle et de la prostitution desjeunes et l’accompagnement des personnes exerçant le commerce du charme » d’autre part. Les œuvres sont d’une large facture. On peut découvrir installationssonores, reportages, photographies, interventions directement dans l’espace public (au bord de la voie de chemin de fer, sur certaines vitrines ainsi qu’au long du tunnel entre la rue duProgrès et la rue d’Aerschot) 2. Pas moins d’une vingtaine d’artistes (prostituées ou anciennes prostituées comprises) ou des structures dont letravail présente une dimension artistique (comme BNA/BBOT « Bruxelles nous appartient » ou Idées Nouvelles) ont ainsi créé seul ou en duo.

Buts : « offrir une autre image de la prostitution au sein de ce quartier de transit et de commerce où toutes les cultures se côtoient en vue de sortir du déni, de lastigmatisation et de permettre de rencontrer les gens qui vivent dans ce quartier », explique Nathalie Groos, assistante sociale à Espace P. Mais aussi ouvrir peu à peu undialogue avec les habitants du quartier. Car les femmes habitant alentour s’interrogent sur cette activité (pourquoi se prostituent-elles ? comment en arrivent-elles à seprostituer ?)

Une expo patchwork

On l’aura compris, la philosophie de l’expo et toute la démarche de travail à travers la rencontre entre ces deux mondes apparemment peu compatibles se situe encontinuité de celle d’Espace P…, laquelle s’engage activement dans le respect de la femme prostituée. « Notre approche est non-directive,c’est-à-dire qu’elle respecte le choix de vie des personnes. Nous aidons les personnes prostituées qui veulent quitter le milieu de la prostitution tout comme nousintervenons auprès de celles qui choisissent de rester prostituées. Nous abordons les personnes dans leur globalité en nous intéressant autant à leur situationindividuelle (psycho-médico-sociale) qu’à leur situation collective en tant que minorité sujette aux discriminations et/ou à l’exclusion, l’exploitation,la violence. Notre philosophie d’action s’oriente vers la reconnaissance des personnes prostituées en tant que citoyennes comme les autres avec une spécificitéprofessionnelle ou sociale à ne pas gommer (…) La dignité et le respect de soi ne sont pas liés à la pratique sexuelle » explique-t-on à EspaceP… Pour sa part, Sonia, prostituée depuis vingt-cinq ans, affiche ses textes militants arguant, sans toutefois oublier la dureté du travail, que : « dans cettesociété qui accorde de moins en moins de temps à l’individu, nous sommes de plus en plus souvent un rempart contre la solitude. Nous sommes des filles de joie, et euxsouvent des hommes de peine ».

Quelques œuvres parmi d’autres. Des photographies de femmes du quartier, des affiches qui interrogent les clichés autour de ce métier (Lucile Bertrand), une vidéodocumentaire de Stéphanie de Lara « Le quartier de Bruxelles Nord : au-delà des préjugés ». Un collage sur panneau publicitaire d’Anne Bertrandintitulé « Je n’ai rien vu, je n’ai rien entendu et je ne parle pas ». Les bandes autocollantes de Rémy Russotto marquées d’un « I ambeautiful » directement au bas de vitrines. À découvrir donc.

À découvrir encore « La femme en bleu », travail essentiellement sonore de Dorothée Richet (ancienne prostituée) et la plasticienne Dominique Vermeesch.Résolument cette dernière souhaitait travailler en duo. Rencontrer sans a priori une travailleuse du sexe. Au départ du processus de découverte mutuelle(l’expérience de la prostitution, le monde des arts plastiques), l’impulsion fut « pourquoi toujours faire du matériel avec de l’art ? », questionneDominique Vermeesch. « Nous avons travaillé avec la parole, l’échange, on a effectué des courbes l’une par rapport à l’autre. Nous avonscapté l’existence intérieure, essayé de retrouver les émotions intérieures pour nous glisser d’une autre façon dans le monde »,ajoute-t-elle. L’œuvre tient en des enregistrements sonores (musique électronique) et, central, des extraits de conversations entre elles, mélangées, avec un tapissonore urbain à écouter avec casque. Dorothée Richet s’exprime davantage dans un texte dense rédigé pour l’occasion. «… Une synergieapportant une belle pluralité, une collaboration riche (…) qui permet de donner un nouveau regard au mot prostitution. En effet, les personnes exerçant cette profession sontconsidérées comme incapables de s’orienter dans d’autres domaines ou activités. Une telle exhibition permet de faire découvrir de nouveaux talents en apportantla confirmation d’autres », affirme-t-elle.

1. « Le contrat a déjà débuté par une réfection complète des voiries de la rue d’Aerschot. Suivront la réaffectation de terrains vaguesen logement et l’amélioration d’espace public avec aires de jeux. Dans le sillage, un local devra dans quelque temps accueillir Espace P… ainsi qu’un nouveau dispositifd’accueil au sein de la structure communale », a expliqué le bourgmestre de Schaerbeek, Bernard Clerfayt lors de la conférence de presse. Bouclage de cette premièreétape en 2005 et fin du contrat de quartier pour 2007. L’expo se déroule du 20/09 au 28/09 de 10h à 18h, rue De Potter, 31 à 1030 Schaerbeek.
2. Espace P… asbl, rue des Plantes, 116 à 1030 Bruxelles, tél. : 02 219 98 74, espacepbxl@hotmail.com – contact : Nathalie Groos. Projet Rousseau, place Solvay, 2 à1030 Bruxelles, tél. : 02 219 98 74, projetrousseau@hotmail.com – contact : Grégoire Kireeff.

Olivier Bailly

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