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La vision libérale de l'accueil de la petite enfance

L’accueil de la petite enfance, c’est son « dada » : colloque en mars 2008, propositions de loi déposées à la Chambre dans lafoulée1 et, à présent, la publication d’une étude exhaustive2. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la députéelibérale Florence Reuter a de la suite dans les idées.

16-01-2009 Alter Échos n° 265

L’accueil de la petite enfance, c’est son « dada » : colloque en mars 2008, propositions de loi déposées à la Chambre dans lafoulée1 et, à présent, la publication d’une étude exhaustive2. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la députéelibérale Florence Reuter a de la suite dans les idées.

Le sujet est « facile ». Personne ne nie que le manque de places d’accueil pour les tout-petits est une question cruciale, une priorité pour de nombreuses familles et,singulièrement, une question d’égalité des chances pour l’accès à l’emploi… Mais encore fallait-il faire le tour de la question,étayer les arguments et proposer des solutions concrètes. C’est le mérite, sans préjuger de la pertinence des propos, de l’opus tout frais de Florence Reuter(MR). Naviguant subtilement de l’état des lieux au plaidoyer, la députée fédérale dresse un bilan pessimiste de la situation en Communautéfrançaise. Il est vrai que les mauvaises eaux ne manquent pas pour alimenter le moulin libéral : le manque de cohérence et de coordination dans le secteur de la petite enfancedont les politiques sont gérées par plusieurs niveaux de pouvoir3, la lourdeur du fonctionnement de l’ONE et sa situation « monopolistique », les dangers dutravail clandestin de « nounous en situation illégale », la complexité des statuts, l’iniquité entre lieux d’accueil subventionnés et nonsubventionnés, etc.

Se basant sur les textes légaux et les constats dressés par le secteur lors d’un colloque consacré à ce sujet au printemps dernier, l’étude estponctuée de témoignages de travailleurs, parents et spécialistes qui humanisent les statistiques : le vécu est toujours plus parlant… même s’il neparlera pas à tout le monde !4

Crèches et relance économique

Outre les arguments classiques – assurer aux familles la garantie d’un accueil de qualité pour leurs enfants, promouvoir le travail des femmes – Florence Reuter insistesur les impacts économiques d’une politique d’accueil repensée. Ce qui coûte, ce n’est pas de créer des places supplémentaires mais le manque deplaces, martèle la députée. Elle en veut pour preuve une étude, menée en Suisse, établissant que chaque franc investi dans une place en crècherapporterait trois francs à l’État. Et pour 100 femmes reprenant le travail, ce sont dix emplois créés. Ses solutions pour faire avancer le schmilblick ?Améliorer le statut des accueillantes d’enfants, assouplir les normes administratives pour la création de milieux d’accueil, favoriser le développement des lieuxprivés, encourager les crèches d’entreprise et le travail des seniors, accorder des primes aux maisons d’enfants, développer les partenariatspublic-privé… Et suivre d’un peu plus près ce qui se fait en Flandre et à l’étranger où des solutions innovantes sont mises en œuvre avecplus ou moins de réussite.

Même si elle se défend d’avoir des ambitions ministérielles (d’aucuns la soupçonnent de lorgner sur le strapontin en question), l’auteure rappelle dans laconclusion de son opus qu’elle est avant tout une politique : « Cela fait trop longtemps que ce secteur essentiel de notre économie reste à la traîne, que leseffets d’annonce se succèdent mais sans aucun résultat concret sur le terrain »5. Une pique qui a fait bondir la ministre de l’Enfance, Catherine Fonck(CDH) : « 6 000 places ont été créées depuis 2004 dans le cadre du plan Cigogne 2, c’est quatre fois plus que sous la précédentelégislature » et « l’objectif des 8 000 places créées devrait être atteint pour 2010. » Au-delà de la bagarre sur les chiffres etquelques exagérations électoralistes, l’ouvrage a en tout cas le mérite de creuser des pistes et d’aborder des solutions très concrètes.

1. Propositions de loi du 14 février 2008 visant à augmenter le forfait déductible des accueillantes autonomes et du 10 mars 2008 visant à augmenter ladéductibilité des frais de garde des enfants de 0 à 3 ans pour les parents.
2. Accueil de la petite enfance : Offrons le choix aux parents, 120 pages. Publié par le Centre Jean Gol. Prix : 5 euros. Info : www.cjg.be

3. « En fait, sept ministres sont compétents en Communauté française et en Région wallonne pour l’accueil de la petite enfance. Au total depuis ledébut de la législature 2004-2009, dix ministres se sont vus confier des matières liées à l’accueil de la petite enfance. C’est bien entendu inefficace», op. cit. p. 100.
4. Ainsi, ce père de famille qui explique qu’il a dû faire ses calculs pour programmer son troisième enfant : « 500 euros de crèche par mois, je ne peux pas ymettre deux enfants en même temps. Ma femme continue à travailler […]. On a en plus quelqu’un qui vient nettoyer chez nous pour 600 euros par mois […]. Bref, faites lecalcul, elle travaille simplement pour avoir une vie sociale hors de la maison », op. cit. p. 17.
5. Op. cit., p. 104.

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