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Gens du voyage : « C'est pas qu'on fait des amalgames… »

L’UVCW sensibilise les communes à améliorer l’accueil des Gens du voyage. Mais les préjugés ont la vie dure.

06-02-2011 Alter Échos n° 309

Le service formation de l’UVCW (Union des villes et des communes de Wallonie)1 vient d’organiser trois journées d’étude pour inciter les communes à améliorerl’accueil des Gens du voyage. Mais à entendre certains commentaires injurieux dans la salle, il ne semble pas que les mentalités soient vraiment mûres pour évoluer.

Quand les beaux jours reviendront, dans quelques semaines, les Gens du voyage reprendront la route avec leurs caravanes. Après le long ennui hivernal, c’est le moment tant attendu pour cesnomades dans l’âme de renouer avec les traditions. Mais les bourgmestres, on le devine, sont peu enclins à se laisser aller à des envolées lyriques sur la soif deliberté de ce peuple itinérant. De leur point de vue, l’arrivée des Gens du voyage rime surtout avec riverains, donc électeurs, mécontents. C’est une questiontrès sensible que le service formation de l’UVCW a mise au menu de trois journées d’étude2. Hasard du calendrier ou choix du sujet ? Peu de représentants descommunes en tout cas avaient répondu à l’appel. Beaucoup de policiers en revanche, de l’agent de quartier au commissaire, étaient présents à ces rendez-vous.

L’objectif, louable, était de présenter aux pouvoirs locaux les outils à leur disposition pour mieux organiser l’accueil, donc faciliter l’intégration, des Gens duvoyage. Des fonctionnaires régionaux ont fait l’inventaire des subsides disponibles. Des agents communaux étaient invités à partager leurs bonnes pratiques. Auront-ils unechance d’être entendus ? Vu les commentaires qui s’échangeaient dans la salle à la journée de Mons, on peut se permettre d’en douter. Lors du temps traditionnellementconsacré aux questions-réponses, le ton étaient plutôt au poujadisme de bas étage : « pourquoi la collectivité devrait payer pour des gens dont onne sait pas de quoi ils vivent », « c’est pas qu’on fait des amalgames. Mais quand même, c’est bien connu, quand les Gens du voyage viennent, la délinquanceaugmente »… On en passe et des pires  !

Et si l’évènement avait pour titre « Accueil des Gens du voyage, quels moyens d’action au niveau local ? », certains semblaient plutôt avoir compris :« quels moyens d’action au niveau local… pour les faire partir ». L’après-midi, une juriste de l’UVCW a présenté un exposé sur les aspectsréglementaires. Sylvie Smoos a expliqué qu’en cas de nuisance, les communes pouvaient prendre des mesures de police administrative à l’encontre des Gens du voyage. Ces mesures, aprécisé la conseillère, doivent respecter certains principes pour ne pas risquer d’être cassées devant le Conseil d’Etat. « Mais dans le fond, il y a peu dechances pour que les Gens du voyage vous attaquent devant le Conseil d’Etat », affirmait-elle lors d’un échange avec le public. Et de conclure à la fin de son exposé :« Si vous les avez sur votre territoire, tout ce qu’on peut vous dire, c’est bonne chance  ! » Rires gras dans la salle…

Anticiper les problèmes techniques

La communauté des Gens du voyage en Belgique se compose d’environ quinze mille membres. Dans la majorité des cas, ils se déplacent en groupe d’une trentaine de caravanes et nes’attardent guère plus de deux ou trois semaines au même endroit. En Wallonie, plus d’un tiers des communes reçoivent leur visite. Mais une poignée d’entre elles seulementa mis en place un cadre pour organiser leur accueil3.

Une meilleure coordination et gestion de leur séjour permettrait pourtant d’améliorer leur intégration. Amhed Akim en est convaincu. Pour le directeur du Centre demédiation des Gens du voyage4, « le secret de la réussite réside dans l’anticipation des problèmes techniques que peut poser un groupe humain.D’après notre expérience, quand on résout les problèmes techniques, la plupart des réactions négatives s’envolent comme par enchantement. Il n’y a pasd’opposition systématique et irrationnelle de la part de la population, contrairement à ce que les élus peuvent parfois croire ». Et de citer nombre d’exemples oùles conflits de voisinage pourraient être désamorcés grâce à des solutions aussi simples que concrètes. « Si les Gens du voyage n’ont pasaccès à l’eau, cela provoque des allers-retours incessants pour les riverains. S’ils n’ont pas l’électricité, ils doivent faire fonctionner des générateursbruyants, etc. On est vite confronté à une cascade de problèmes. »

Dans sa politique concertée d’organisation du séjour des Gens du voyage, le gouvernement wallon incite (notamment via l’octroi de point APE) les communes à nommer au sein deleur administration une personne-relais qui ait pour mission de coordonner les contacts et les informations utiles. Cette personne doit être capable de réagir rapidement àl’arrivée d’un groupe : par exemple, en fournissant les coordonnées du distributeur d’eau, en contactant le service responsable du ramassage des déchets et unesociété qui place des toilettes mobiles… Elle sert aussi à faciliter le dialogue avec les riverains.

Parmi les villes et les communes qui acceptent d’accueillir les Gens du voyage, Amhed Akhim distingue deux modèles. Dans le premier cas, chaque séjour doit faire l’objet d’uneapprobation du Collège des échevins. Dans le second, la décision est prise par la commune une fois pour toutes et la gestion est confiée à un agent communal (ouà une association) qui travaille sur base de cette décision. Un modèle qui présente l’avantage de dépassionner les débats. « On n’est pasconfronté à des remous politiques à chaque fois qu’un groupe de Gens du voyage arrive. On peut alors se concentrer sur les aspects techniques, la communication avec lesriverains… », constate Amhed Akhim. Avant d’ajouter qu’à sa connaissance, les élus des communes qui ont fait le choix d’organiser l’accueil des Gens du voyage n’ont pasété sanctionnés lors des élections.

Plaidoyer pour une politique régionale

En Flandre, une trentaine de terrains ont été spécialement aménagés pour les Gens du voyage. Il s’agit, pour la plupart, de terrains occupés par desfamilles sédentaires pendant l’hiver. Quatre sont prévus pour des séjours temporaires. En Wallonie, il n’existe pratiquement aucun terrain aménagé pour leséjour temporaire des Gens du voyage. La Région wallonne subventionne pourtant jusqu’à 60 % du prix d’acquisition d’un terrain. Et elle peut couvrir jusqu’àl’entièreté du coût des travaux d’équipement et d’aménagement (voiries, mobilier urbain, évacuations des eaux usées, etc.).

Les villes et communes wallonnes auraient-elles moins de courage politique que leurs voisines flamandes ? La conclusion est un peu plus subtile. « En Flandre, il y a un
e politiquevolontariste de la Région pour aménager des terrains. Politique menée, bien sûr, en concertation avec les communes. Le problème, en Wallonie, c’est qu’on se base surune démarche volontariste des communes. Et chaque commune a peur de ne pas être suivie par la majorité des autres », explique le directeur du CMGV.

La revendication des Gens du voyage, rappelle néanmoins Ahmed Akim, n’est pas que l’on aménage des terrains spéciaux pour les séjours temporaires. « Nous neplaidons pas pour une obligation d’aménager des terrains, comme c’est le cas en France. Mais pour qu’il y ait obligation d’organiser le séjour temporaire des Gens du voyage. Cela passenotamment par la désignation d’une personne de contact dans la commune. » Au CMGV, on s’inquiète également du vide juridique qui entoure la question des Gens duvoyage. En Région wallonne, la caravane n’est pas considérée comme un logement par la législation. « Les seuls outils réglementaires existants ont traità la gestion de l’ordre public et à la sécurité routière. Avouez que c’est peu pour gérer des problèmes de logement. Ce vide juridique renforce lesentiment d’exclusion de la population vis-à-vis des Gens du voyage », s’inquiète Amhed Akhim.

Quand, pour conclure, on demande au directeur du CMGV ce qu’il pense des commentaires qui se sont échangés dans la salle à la journée d’étude, il prend l’air decelui qui a l’habitude, mais refuse de se laisser démonter  : « Tant qu’on ne mettra pas en place une politique régionale volontariste pour organiser l’accueil des Gensdu voyage et qu’on ne change pas le cadre juridique, on peut difficilement exiger de la population qu’elle soit plus ouverte d’esprit. »

1. Union des villes et communes de Wallonie :
– adresse : rue de l’Etoile, 14 à 5000 Namur
– tél. : 081 24 06 82
– site : www.uvcw.be

2. Le 11/01 à Verviers, le 18/01 à Mons, le 20/01 à Marloie
3. On peut citer, entre autres, Mons, Louvain-la-Neuve, Wavre, Beauvechain, Namur, Sambreville, Gembloux, Sombreffe, Hotton.
4. Centre de médiation des Gens du voyage :
– adresse : rue des Relis Namurwès, 1 B à 5000 Namur
– tél.  : 081 24 18 14
– courriel  : gensduvoyage@skynet.be
– site  : www.cmgv.be

Sandrine Warsztacki

Sandrine Warsztacki

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