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Flandre : les manquements de l’aide psychiatrique à la jeunesse

Il faudrait au moins deux fois plus de psychiatres pour prendre en charge tous les jeunes qui en ont besoin. Et pourtant, la Flandre n’est peut-être pas si mal lotie. Controverse dansla presse du nord du pays.

18-01-2008 Alter Échos n° 243

Il faudrait au moins deux fois plus de psychiatres pour prendre en charge tous les jeunes qui en ont besoin. Et pourtant, la Flandre n’est peut-être pas si mal lotie. Controverse dansla presse du nord du pays.

À la base de cet intérêt soudain pour l’état de l’aide psychiatrique en Communauté flamande, une opération annuelle de sensibilisation, qui enest déjà à sa quatrième édition. Baptisée « Te Gek » (traduction libre : « C’est dingue, non ? »), elle est l’initiatived’une équipe de l’hôpital psychiatrique Sint-Annendael de Diest1 et consiste en différents événements littéraires et musicaux (lasortie d’un CD et un concert à l’Ancienne Belgique entre autres).

Le but : en finir avec les tabous qui entourent encore les troubles psychiatriques. En Belgique, un adulte sur quatre sera confronté au cours de sa vie à des troubles psychiques :dépression, angoisses, schizophrénie, démence, tendances suicidaires… Et la même proportion vaut grosso modo pour les jeunes : dans les pays occidentaux, selonMarina Danckaerts, pédopsychiatre à l’Hôpital universitaire de la KULeuven, on estime que 18 % des jeunes ont besoin à un moment donné « d’uneforme d’aide » psychologique et que 7 % de ceux-ci ont besoin d’une aide « sérieuse et urgente ». Or, en 1998, il a été évalué que laFlandre avait la capacité d’accueillir entre 2,5 et 2,75 % des jeunes de moins de 18 ans. Avec les moyens supplémentaires reçus depuis, notamment en 2006, lacapacité devrait atteindre, selon elle, 3,5 ou 3,75 %, mais cela ne représente donc toujours que la moitié des besoins urgents, et le quart des besoins totaux.

Manque criant de pédopsychiatres

Tout ne va pourtant pas mal : le nombre de lits dans les services d’accueil en pédopsychiatrie a récemment été légèrement augmenté, parexemple. Mais seulement en psychiatrie légale, soit pour des jeunes ayant commis des délits : nécessaire mais pas suffisant. Entre-temps, des centres spécialisés detraitement de l’autisme et des structures de psychiatrie externe (pour des personnes n’ayant pas besoin d’hospitalisation a priori) ont aussi été créés.Mais le financement de ces derniers est renégocié d’année en année et leur pérennité n’est dès lors pas assurée.

Un point très positif tout de même : le récent accord médico-mutualiste a octroyé davantage de fonds à la psychiatrie et la moitié de ceux-ci estallée à la pédopsychiatrie. Reste que, pour les acteurs du secteur, le manque de pédopsychiatres est criant. En 2004, les besoins avaient étéévalués à 420, avec un strict minimum à 320. On est aujourd’hui à 160. Il n’y a que 12 diplômés par an, dont 4 en moyenne partenttravailler aux Pays-Bas immédiatement après leurs études, parce que les conditions de travail sont meilleures là-bas. Et pour les patients potentiels, les listesd’attente sont longues.

La régionalisation : la solution ?

Pourquoi les troubles psychiques ne sont-ils pas pris au sérieux au même titre que des troubles digestifs ou cardiaques ?, se demande l’éditorialiste du Standaard.Pour lui, le secteur a sa part de torts et pourrait notamment mieux organiser les parcours thérapeutiques des patients et leur prise en charge. Mais il pointe aussi du doigt les conceptionsdifférentes qui prévalent au nord et au sud du pays : approche psychanalyste pour les francophones, accent sur les thérapies comportementales en Flandre. Et de plaider pour unerégionalisation de ces matières. Mais pour certains lecteurs du quotidien flamand confrontés à ce type de problèmes, ce n’est pas la panacée : lapolitique à l’égard des handicapés est depuis plus de dix ans une prérogative des Communautés et les listes d’attente n’en finissent pas des’allonger.

En attendant une hypothétique régionalisation de la matière, la fraîchement émoulue ministre fédérale des Affaires sociales et de la Santépublique, Laurette Onkelinx (PS), a annoncé, en réponse à deux questions parlementaires, que les moyens octroyés par le fédéral à l’aidepsychiatrique à la jeunesse seraient augmentés dès cette année. Six nouvelles unités de 8 lits chacune seront créées pour le traitement de jeunesagressifs ou présentant des troubles du comportement (3 549 000 euros). Six équipes mobiles de psychiatrie externe seront également mises sur pied (743 000 euros). Elle a aussisouligné que la Belgique est mieux lotie que ses voisins : elle compte 22,1 lits et 18 psychiatres pour 100 000 habitants, alors qu’aux Pays-Bas la proportion n’est que de 18,7lits et 8,9 psychiatres. Elle suggère dès lors que les moyens soient répartis de manière plus favorable au sein du secteur jeunesse plutôt qu’au seinmême du secteur psychiatrie.

D’après De Morgen et De Standaard

1. Vzw Sint-Annendael Grauwzusters :
– adresse : Vestenstraat 1 à 3290 Diest
– tél. : 013 38 05 49
– GSM : 0494 84 31 54
– fax : 013 38 09 90
– coordinateur de l’opération « Te Gek ! ? »
– courriel : marc.hellinckx@sad.be
– site : http://www.sad.be

Pierre Gilissen

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