Partager par e-mail Partager sur Twitter Partager sur Facebook Partager sur LinkedIn Partager sur Pinterest Impression
Culture
Extrait du tease "Les médias le monde et moi"

Film : Les médias, le monde et moi

Alter Échos n° 472 27 mars 2019 Céline Teret

« En 2018, six personnes sur dix dans le monde ne font plus confiance aux médias. » Ce constat de défiance n’est autre que le point de départ du film documentaire Les médias, le monde et moi, de la journaliste française Anne-Sophie Novel.

En pleine tourmente des gilets jaunes, le sujet tombe à point nommé : « Les journalistes sont critiqués, insultés, voire tabassés, explique Anne-Sophie Novel. Cela révèle un ressenti partagé par une bonne partie de la population. C’est important de rebondir là-dessus, de comprendre d’où ça vient. Qu’est-ce qui s’est passé pour qu’on en arrive là ? » Son film dénonce une profession en proie à l’infobésité, à la rapidité, au copier/coller, aux tâches démultipliées. Il propose aussi de « tisser de nouveaux liens entre ceux qui nous informent » et « de rapprocher producteurs et consommateurs ». De réinstaurer la confiance.

Anne-Sophie Novel part alors à la rencontre d’initiatives innovantes, en France, au Danemark, en Grande-Bretagne, aux États-Unis. Elle tend son micro à celles et ceux qui pratiquent le journalisme constructif et de solution, qui développent des démarches collaboratives, qui pensent autrement leur rapport à l’information. « Un film antidote aux maux des médias et à notre perception abîmée du monde », comme elle aime le présenter.

En filigrane de votre film, il y a l’idée que tout le monde a un rôle à jouer dans cette affaire de défiance vis-à-vis des médias.

J’ai voulu faire un film qui s’adresse tant à la profession qu’au public. Il y a un problème dans le monde de l’information aujourd’hui et il faut le traiter au travers de ses différentes dimensions. Les journalistes subissent de plus en plus de pression, on leur demande de faire plus avec moins. Quant au public, il se retrouve face à un flux énorme d’informations, à ne pas savoir qui dit quoi, comment et avec quelle qualité. Une conjonction de facteurs fait qu’on en est arrivé là. C’est facile de toujours accuser les médias de tous les maux. En tant que public, on a aussi un rôle à jouer dans cette crise. Il y a des habitudes qu’on a, des réflexes, en tant que consommateurs d’informations… Ce n’est donc pas à sens unique. Le chemin à parcourir est réciproque.

Le journalisme constructif, porteur de solutions, fait partie des pistes explorées dans votre film. Comment est-il accueilli dans le métier et auprès du public ?

Aujourd’hui, au sein des rédactions françaises lambda, le journalisme constructif est peu valorisé. On lui colle une étiquette bisounours, de promo pour des causes positives. Pourtant, ailleurs, cette forme de journalisme est prise au sérieux et considérée comme rigoureuse, de qualité. C’est un outil parmi d’autres. Au niveau du public, j’y vois une véritable réponse à l’information anxiogène. Cela permet de ne pas rester impuissant par rapport à la situation dénoncée, de passer de l’indignation à l’action.

Vous mettez notamment en lumière le travail d’une journaliste à Philadelphie qui va à la rencontre des populations pauvres pour savoir comment mieux parler de leurs réalités, pour valoriser leurs atouts.

C’est un travail sur le parler juste, une recherche sémantique pour exprimer la réalité telle que celles et ceux qui la vivent ont envie de la voir s’exprimer et pour sortir des facilités de stigmatisation. Une vingtaine de rédactions travaillent ensemble dans ce sens, elles échangent, définissent une ligne éditoriale… Cette collaboration démultiplie les possibilités.

LES MEDIAS, LE MONDE ET MOI – Teaser from Les Films d’un Jour on Vimeo.

Les médias, le monde et moi, Anne-Sophie Novel et Flo Laval, Les Films d’un Jour, 2018. Infos et dates de projections-débats sur : https://lesmediaslemondeetmoi.com

A la Une