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Et si les terrils favorisaient la réinsertion des SDF ?

Une quinzaine de SDF squattent depuis trois semaines le plateau d’un terril à Charleroi. Ils s’auto-organisent au quotidien de manière collective.

04-05-2007 Alter Échos n° 228

Une quinzaine de SDF squattent depuis trois semaines le plateau d’un terril à Charleroi. Ils s’auto-organisent au quotidien de manière collective.

“Direction du plateau d’Alésia. Village d’irréductibles SDF.” Le panneau fait sourire, mais il interpelle aussi. Sur le plateau du terril, il y a bien des SDF. Plusieurstentes ont été plantées au milieu d’une petite clairière : certaines constituent le logement de SDF, d’autres sont là pour abriter la cuisine ou encore lesprovisions. Situé à 15-20 minutes à pied du centre-ville de Charleroi, le terril se trouve sur le territoire de Dampremy. Au sommet, on entend clairement le bruit de lacirculation qui monte de la chaussée de Bruxelles et de la petite ceinture. Le temps est au beau fixe, mais il ne faut pas s’y fier. “Le matin, vers 7h, les gars doivent rallumer le feuparce qu’il fait froid. Et la première semaine où on s’est installé, il gelait”, explique Denis Uvier, travailleur de rue chez Solidarités nouvelles1. Deplus, le beau temps n’a pas que des avantages : le soleil tape dur au point que l’approvisionnement en eau devient parfois problématique. Le CPAS de Charleroi les ravitaille en eau.

Un terril en mutation

Le plateau est divisé en plusieurs espaces de vie pour respecter l’intimité de chacun : le coin des SDF, celui des militants et celui de Denis. D’autres espaces accueillerontd’autres éléments.
Des toilettes sèches ont été construites. Il est prévu d’installer une douche. Le ballon sera chauffé par le soleil. Un coin-potager est en train de prendre forme.Il devrait être arrosé avec de l’eau de pluie, mais étant donné la sécheresse, le projet est en attente. Il en va de même concernant un projet de serreartisanale. Des arbustes fruitiers (mûriers, groseilliers) ont toutefois déjà été mis en terre. Enfin, signalons que l’eau de vaisselle est recyclée via unsystème de phyto-épuration que les occupants du plateau ont mis en place eux-mêmes. L’eau ainsi récupérée pourra aussi servir à arroser les plantationsexistantes ou à venir… Et il y a également des poules. Des guides nature, actives sur le site, estiment qu’ils ont fait plus en trois semaines pour le terril qu’elles-mêmes ensix mois.

Avant le terril était un territoire réservé au moto-cross. Un arrangement a pu être trouvé avec ses adeptes. C’était aussi un peu le territoire dedealers…

Peu à peu, le quartier a été conquis à la cause des SDF. “Avant, ils étaient contre les SDF, maintenant une vingtaine d’habitants apportent à boire,à manger, viennent avec les enfants…”

Une alternative avec des limites

L’idée du camping est apparue parce que le collège social de Châtelet a décidé de ne plus poursuivre l’ouverture des lits d’urgence se situantà l’hôpital à partir du 31 mars. Parmi les raisons qui ont présidé au choix de ce lieu : ne plus avoir les mêmes problèmes de dégradationsque lors de l’installation le long du canal de la Sambre : jets de cigarettes, urines, tentatives d’incendie…

Pour Denis, “l’alternative est dire qu’on peut travailler autrement avec les SDF et pas forcément avec l’hébergement d’urgence. Avec ce système, ils ne doivent pascourir après leur chambre, ils ont leur tente.” En tout, 16 personnes dont 14 SDF vivent sur le plateau. Le lieu n’est pas ouvert au tout-venant. Il y a une sélection. “Iln’y a pas de drogués, parce que je n’ai pas les moyens de les prendre en charge, explique-t-il. De même, ils ne peuvent pas ramener d’alcool sur le plateau. Je ne peux pas lesempêcher de boire, mais s’ils sont saouls, ils vont se coucher. Point.”

“Les flics viennent une fois par semaine pour voir si tout va bien. Dernièrement, certains ont fait les courses avec un des gars avant de le ramener au camp. On a eu un débatet cela a changé le regard sur les flics, qui sont maintenant perçus comme sympas”, raconte Denis Uvier.

Une communauté autogérée

Les gens peuvent se reposer, mais il y a aussi des obligations. “Ce n’est pas non plus un camp de vacances, poursuit Denis. C’est un projet pour ceux qui veulent s’en sortir. Audépart, on accorde trois jours à tout nouvel arrivant pour qu’il se pose. Mais après cela, il doit commencer à faire les démarches administratives (commune,CPAS…) pour se mettre en règle. Il doit aller se laver au Rebond. Le respect de l’hygiène est obligatoire. Une douche doit encore être installée, mais seuls ceux quiparticipent aux tâches quotidiennes (faire la vaisselle, préparer à manger…) pourront l’utiliser. Il y a vraiment du collectif. Maintenant, quand je ne suis pas là, lesgens s’auto-contrôlent.”

Concernant la nourriture, outre les dons, les sans-abri achètent pour la communauté et ont constitué une caisse commune. Les salaires de Denis Uvier et de FabienneManandise2, conseillère communale CDH – de “corvée patates” au moment de l’interview – servent aussi à nourrir la communauté.

Et ça marche ?

Petit à petit, les gens réapprennent à respecter des heures de lever, préparer les repas, s’organiser, participer, manger sainement… bref, tout le monde doits’investir. Et cela semble porter ses fruits… « que les sans-abri mangent de plus en plus”, note Denis. Par ailleurs, “le fait de ne plus être en ville, c’est comme une demi-curepar rapport à l’alcool pour eux”, rajoute-t-il. En termes de reprise en main, il signale qu’un SDF se lève tous les jours à 6 h pour aller travailler. Il attend que le CPASlibère la garantie locative pour avoir un appartement. Un autre sans-abri travaille également. Et une entreprise sociale a proposé d’engager deux autres SDF, une fois qu’ilsauront repris pied…

1. Denis Uvier c/o Solidarités nouvelles, rue Léopold, 36A à 6000 Charleroi –
tél. : 0472 71 57 18 – courriel : sn.secretariat@skynet.be.
2. Fabienne Manandise, place Janson 12 à 6000 Charleroi – tél. : 0475 64 54 42.

Baudouin Massart

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