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Enseignement

En Belgique, l’école continue d’être un lieu de reproduction des inégalités

A la demande de la Fondation Roi Baudouin, le GERME (ULB) a analysé les résultats de l’enquête PISA 2012. Son constat fait ressortir que l’enseignement, tant en Flandre qu’en FWB, n’accomplit pas son rôle d’ascenseur social. Mais des pistes d’amélioration existent.

09-05-2014
©flickr

Alors que les grandes nations d’Asie se hissent régulièrement en tête des classements mondiaux sur le niveau des élèves, la Belgique continue d’afficher des résultats toujours très moyens lors des tests internationaux PISA. Le programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa) mesure tous les trois ans depuis 2000 les performances en lecture, mathématiques et sciences des élèves de 15 ans.

Une fois de plus, l’OCDE épingle la Belgique dans son dernier rapport. En effet, le système éducatif belge reste l’un des plus inégalitaires de tous les pays riches, derrière la France. « En Belgique, les origines socio-économique et migratoire déterminent encore de manière très importante les performances scolaires. Avec des nuances importantes selon les Communautés et le type d’enseignement », pointe la Fondation Roi Baudouin. Dans sa nouvelle analyse, synthétisée par le Groupe de Recherches sur les Migrations (GERME) de l’ULB, la FRB souligne qu’en dépit d’une évolution positive, il subsiste encore des écarts dans les performances scolaires des jeunes d’origine étrangère au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Communauté flamande. Bien que le statut socio-économique des élèves et la langue parlée à la maison jouent un rôle prépondérant, ils ne suffisent pas à expliquer la situation. « Mais la part d’écart expliquée uniquement par l’origine migratoire est bien présente en Belgique, alors que ce n’est pas le cas dans tous les pays », souligne la FRB.

Dans le détail, c’est en Communauté flamande que l’écart de performance entre élèves issus de l’immigration et autochtones est le plus élevé. La différence moyenne entre ces deux groupes est de 98 points, soit l’équivalent de deux années d’études selon l’OCDE. Contrairement à la Communauté flamande, la Fédération Wallonie-Bruxelles continue à résorber les écarts depuis PISA 2003. Mais les élèves nés à l’étranger (première génération) y réussissent moins bien les épreuves de mathématiques que ceux nés en Belgique avec des parents nés à l’étranger. Ces derniers ont, à leur tour, de moins bons scores que les élèves belges. Et dans les deux communautés linguistiques, la proportion d’élèves qui n’atteignent pas le niveau minimal est plus élevé parmi les élèves issus de l’immigration que parmi les élèves non-immigrés.

Autre distinction : les écoles belges sont nettement plus ségréguées que celles des autres pays de l’OCDE. Tant au plan académique que socio-économique. En d’autres termes, les élèves défavorisés qui auraient le plus besoin d’un enseignement efficace se retrouvent dans des écoles qui ne facilitent pas leur apprentissage. Avec le constat que le décret Inscription ne fait pas assez bouger la mixité sociale.

Pour l’heure, « la ségrégation scolaire qui influence négativement les performances des élèves reste la maladie structurelle des systèmes scolaires belges », conclut la FRB.

Sans fatalisme, les chercheurs du GERME avancent enfin plusieurs pistes d’actions pour organiser la déségrégation, casser la logique de cascade et remettre en cause les excès de redoublement. Le chantier du renforcement des apprentissages de base et de la remédiation scolaire devra être poursuivi. Tout comme la sensibilisation et la formation des enseignants aux défis de la pauvreté et de la diversité culturelle des enfants.

 

Informations et documents :

L’enquête PISA 2012

La synthèse du GERME, réalisée pour la FRB

Rafal Naczyk

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