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"Eddy Courthéoux : le point sur les plates-formes pour l'emploi à trois mois de leur démarrage"

09-04-2001 Alter Échos n° 95

Depuis un an, les plates-formes locales pour l’emploi sont le grand chantier de l’Orbem. Il s’agit de plusieurs bases de données accessibles au personnel de l’office ainsi qu’à tousles partenaires du secteur de l’insertion qui sont intéressés, constituant autant de points d’entrée dans un réseau horizontal d’information sur l’offre et la demanded’emploi. C’est en juin que démarreront les premiers sites pilotes, comme le prévoyait le planning annoncé en mai 2000. Nous avons voulu faire le point sur ce dispositif avecEddy Courthéoux, directeur général de l’Orbem, et Mohammed Ghali, coordinateur du projet au sein de l’office1.
Eddy Courthéoux situe d’abord ces plates-formes dans le prolongement de développements antérieurs de l’Orbem : la politique de décentralisation (créationd'”antennes”, des bureaux locaux) et la politique de partenariat (l’Orbem conventionne et/ou anime près de 130 opérateurs pour la recherche active d’emploi, l’orientation et le bilanprofessionnels, la formation et la préformation, les actions vis-à-vis de publics particuliers comme les minimexés). Autre préalable, plus récemment, ledécloisonnement interne des services de l’office, avec une organisation plus horizontale et plus transparente des tâches et des fonctions du personnel. “Avec ses partenaires, l’Orbemtouche 12.000 à 15.000 personnes par an, et 22 à 25 % – plutôt un public relativement fragilisé qui plus est – retrouvent un emploi. Ces évolutions nouspermettent de dégager des marges pour consacrer plus de ressources aux aspects les plus humains de nos missions, comme l’acte de conseil. L’objectif des plates-formes est le même, maisensemble avec les partenaires : faire mieux avec les mêmes moyens.”
Alter Échos – Qu’est-ce qui sera possible grâce aux plates-formes, et qui n’existe pas aujourd’hui ?
Eddy Courthéoux – Les exemples sont nombreux. Quand plusieurs opérateurs interviennent dans le parcours d’insertion d’une même personne, nous sommes mis au courant avec detrès grands décalages : maintenant cela pourra se faire en temps réel. Ou le demandeur d’emploi qui se présente chez plusieurs partenaires ne devra plus déclinertout son parcours, puisque le premier entretien sera synthétisé sur sa fiche, à laquelle peut accéder tout autre opérateur dès le moment où il lerencontre. Il pourra aussi à la fin d’une formation se faire immédiatement réinscrire comme demandeur d’emploi, dans le centre lui-même. Ou pour ce qui est des offresd’emploi, chaque partenaire en récolte, et si p. ex. une mission locale en satisfait 3 sur 40 et qu’elle travaille seule, on en perd 37. Donc ensemble, on récolte plus d’offres et on ensatisfait plus. On a en fait partout des pertes d’information et des pertes d’énergie, autant en interne ici que chez les partenaires.
AE – Quelles balises vous mettez-vous sur les plan juridique et déontologique ?
ýC – Il est évident que nous avons des exigences sur la sécurité de ces banques de données et sur la protection de la vie privée. En dehors de l’Orbem,qui reste maître du fichier et gendarme du réseau, l’accès à l’information est limité et conventionné. L’objectif n’est surtout pas que tout le monde fassetoutes les opérations possibles. Chacun n’utilise la banque de données que pour les opérations qu’il est prêt à assurer. Un partenaire n’a accès qu’aux fichesdes demandeurs d’emploi qu’il rencontre lui-même. Il n’a accès aux offres d’emploi que s’il fait du placement. Les conventions prévoient aussi qui sont les membres du personnel dupartenaire qui utilisent les banques de données. La technologie nous permet une traçabilité totale de toutes les opérations. En cas de dérapage, des sanctions sontprévues, de la rupture des conventions à l’action en justice.
AE – Les partenaires et les employés de l’Orbem sont complètement sur le même pied ?
EC – Les partenaires ne gèrent que des opérations liées au parcours d’insertion et à la sortie du non-emploi. L’Orbem est lui le seul à exercer des fonctionsde contrôle, en particulier quant à la disponibilité sur le marché du travail.
AE – Où en est-on dans le calendrier ?
ýC – Le projet a été approuvé par le Comité de gestion puis par le gouvernement au début 2000. Le ministre de l’Emploi a obtenu la collaboration deBruxelles Formation et du VDAB pour inclure dans les bases de données l’offre de formation qui relève desØcompétences de la Cocof et de la Communauté flamande. Nousavons techniquement mis au point quatre banques de données : les demandeurs d’emploi, les offres d’emploi, les employeurs et les activités des partenaires.
Mohammed Ghali – Tous les partenaires ont été associés au développement des outils. La priorité a été donnée à quatre typesd’opérateurs : les associations à travers la Fébisp et son pendant flamand l’OOTB ; les communes et les CPAS ; le réseau des ateliers de recherche active d’emploi ; BruxellesFormation et le VDAB, puis l’enseignement à horaire réduit (les Cefa). Plus tard viendront les agences locales pour l’emploi, qui sont intéressées mais pour lesquelles unaccord de coopération avec le fédéral sera nécessaire. A long terme, l’intérim sera aussi impliqué, comme il nous a été recommandé parle gouvernement (v. dépêche suivante). Avec les partenaires prioritaires, nous avons de novembre à février planché sur la qualification des besoins, en partant desoutils existants et des pratiques actuelles. Nous sommes depuis mars attelés aux aspects déontologiques et méthodologiques. Les principes d’égalité de traitement(pas de données stigmatisantes ni à caractère médical p.ex.) et de transparence de l’information (accès du demandeur d’emploi à sa fiche) sont mis en avant.Cela doit maintenant déboucher très vite sur une charte du partenariat. Du point de vue plus technique, nous avons travaillé sur tous les écrans de saisie dedonnées, etc. Les partenaires commencent à les tester à vide maintenant. En juin, 10 à 12 partenaires des différents horizons vont entamer leur plate-forme pendantsix mois. Et en 2002, nous généraliserons le dispositif aussi vite que possible, sachant qu’il faut cinq jours de formation par personne utilisatrice. Là, les CPAS et les ARAE,qui sont deux sous-réseaux déjà organisés, signeront le plus rapidement possible.
AE – Est-ce que vous avez un objectif quantitatif de couverture du secteur ? Ou un seuil d’efficacité à atteindre ?
EC – Plus il y aura de partenaires, mieux ce sera, mais c’est sur la base volontaire qu’on participe ou pas. Tout en sachant que le fait de rester en dehors n’a aucune conséquence surles collaborations avec l’Orbem ni les rapports avec la Région (agrément, etc.). C’est à nous de faire en sorte de motiver l’exhaustivité des partenaires. Nous pensonsd’ailleurs qu’à plus long terme, ces nouveaux outils peuvent servir à la création de sous-résea
ux, soit entre opérateurs identiques, soit sur la basegéographique.
AE – La dimension du regroupement physique des services, dans une optique de “Maisons de l’emploi”, n’est pas du tout à l’ordre du jour ?
EC – Non, ce n’est pas un but en soi et ça ne change rien au fonctionnement du réseau. Nous préparons des guichets uniques, mais virtuels. Maintenant, s’il y a desnœuds qui se créent, des regroupements d’opérateurs différents, c’est tout bénéfice.
AE – Pour ce qui est de l’orientation professionnelle, de nouveau contrairement au Forem et au VDAB, c’est une fonction que vous allez redistribuer, de manière horizontale, versl’extérieur.
EC – Oui, mais dans le cadre de conventions, avec des standards de qualité et de méthodologie. L’exemple de l’orientation montre comment il y aura moyen, pour chaqueopérateur, de faire des choses en plus.
AE – Comment va fonctionner l’accès aux offres d’emploi ?
EC – Les partenaires conventionnés pour le placement auront accès à l’ensemble des offres. Mais ils ne sont pas un passage obligé pour les demandeurs d’emploi : lesite Web “grand public” avec offres et CV continue. Les entreprises peuvent y déposer des offres. Nous pouvons alors en reprendre certaines dans le réseau des plates-formes.
AE – Augmenter la qualité de l’information sur le marché de l’emploi, n’est-ce pas risquer d’accentuer les mécanismes de sélectivité ?
EC – Le réseau est uniquement composé des partenaires et est un soutien au travail de conseil et d’orientation. Ce n’est pas un site Web ouvert à tous grâce auqueldoit se produire une autorégulation purement marchande. C’est d’ailleurs un enjeu sur lequel on a été en conflit avec le Forem et surtout le VDAB. Et si à l’Orbem età la Région nous refusons ce modèle, c’est parce qu’il y a à Bruxelles une énorme pression sur les diplômes. Une de nos missions est de lutter contre ladéqualification, p.ex. en travaillant à baisser le niveau des exigences des employeurs dans les cas de pénurie de main-d’œuvre sur les fonctions intermédiaires et depremière qualification. Maintenant, pour le haut de la pyramide du marché, là où la plus-value de l’Orbem est quasi nulle, nous réfléchissons àl’ouverture complète des banques de données.
AE – Quelles vont être les conséquences du processus en interne à l’Orbem ?
EC – D’abord, on ne sait pas anticiper toutes les applications concrètes de l’outil qu’on crée, ni leur étendue. Donc j’ai surtout annoncé qu’il y aura deschangements, des personnes qui seront amenées à faire autre chose. Par exemple nous réfléchissons sur les antennes locales, que nous pourrions transformer en Espacesressources emploi à la wallonne (NDLR : des espaces regroupant en libre service des outils d’aide à l’orientation et à la recherche d’emploi). Il y aura de toute façon unmaximum de tâches administratives répétitives qui seront prises en charge par le système. Nous pourrons nous concentrer sur les tâches et fonctions où il y ale plus de place pour les rapports humains.
1 Orbem, bd Anspach 65 à 1000 Bruxelles, tél. : 02 506 14 64, fax : 02 513 16 26, e-mail : mghali@orbem.be ; site Web : http://www.orbem.be

Thomas Lemaigre

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