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Domaine de la Chartreuse à Liège : expulsions en sursis

Le 21 août, le tribunal de première instance entendait les plaidoiries de la Ville et des locataires du Domaine de La Chartreuse, expulsés pour insécurité.L’ancien couvent était notamment occupé… par des ex-locataires de l’hôtel de la Couronne, aux Guillemins, vidé en 2003 pour insalubrité.Reportage.

28-08-2007 Alter Échos n° 233

Le 21 août, le tribunal de première instance entendait les plaidoiries de la Ville et des locataires du Domaine de La Chartreuse, expulsés pour insécurité.L’ancien couvent était notamment occupé… par des ex-locataires de l’hôtel de la Couronne, aux Guillemins, vidé en 2003 pour insalubrité.Reportage.

Après les plaidoiries du 21 août, le tribunal de première instance siégeant en référé devait rendre son ordonnance le 28 août pour unéventuel sursis d’expulsion au Domaine de la Chartreuse, dans le quartier d’Amercoeur à Liège. Le 10 mai, le bourgmestre Willy Demeyer1 avait signéun arrêté d’inhabitabilité pour insécurité, avec ordre d’expulsion des 60 habitants, signifié fin juin pour le 31 juillet. Les services sociauxavaient alerté les locataires dès mars, mais la plupart n’y ont pas cru. En juillet, les habitants pris de vitesse, soutenus par le GADL2 (Groupe d’Action Droit auLogement) de Liège et Solidarités Nouvelles3 de Charleroi, ont cité la Ville en référé pour postposer l’expulsion, et mandaté un autreavocat pour indemnisation par le propriétaire (depuis lors en faillite). La Ville accordait alors un délai de deux semaines, prolongé de 7 jours via report d’audience parle juge des référés. Le 21 août, le Domaine ne logeait plus que 6 personnes : 4 auront un logement début septembre et 2 à la mi-octobre. Fin de la saga ? Pasvraiment.

D’insécurité en insalubrité…

Le statut de la locataire Françoise Maltus, aide ménagère, atteste d’abord que les expulsions ciblent un public plus vaste que les sans-revenus : la Chartreuse abritaitd’ailleurs 50 % de personnes à revenus moyens. Les 50 % de locataires précaires comptaient trois anciens occupants de l’hôtel de la Couronne, fermé en 2003 pourinsalubrité : « La Ville n’a pas tiré les leçons du passé, déplore David Praile, coordinateur à Solidarités Nouvelles, car lesdémunis sont ballotés d’un logement non conforme à un autre. Des habitants « prévoyants » ont rapidement quitté la Chartreuse. Certains leregrettent, car ils sont plus mal lotis (sic) qu’auparavant. L’urgence des expulsions déclenche une aggravation ». Les autorités, interpellées le 21août par l’associatif et les syndicats sur d’autres expulsions à court terme (dont un couple avec un bébé de deux semaines dans une maisonlézardée), ont admis la nécessité d’une modulation des délais au cas par cas et d’une concertation avec la Région et leFédéral.

La Chartreuse est morcelée en 3 appartements, 5 studios et des chambres pour le reste – loués de 250 à 650 euros. Les logements de moins de 28 m2requièrent, selon les prescriptions wallonnes, un permis d’exploiter : « Aucun n’en dispose », nous dit Jean-Baptiste Jehin4, directeur du service Logementde Liège. La fermeture de la Chartreuse, pourtant salubre, est « un ultimatum, martèle-t-il, après deux ans d’interpellations du propriétaire pourinsécurité. Le bourgmestre ne peut pas jouer avec la vie des gens !» L’arrêté royal de juillet 1997 (loi Wathelet) permet aux locataires (pas à la commune) detraduire le propriétaire en justice de Paix pour réduction du loyer, ou rupture et indemnités. David Praile rétorque que « la priorité des gens démunisest rarement judiciaire. Telle quelle, cette loi est quasi un message aux propriétaires sans scrupules qu’ils ne risquent rien. »

Urgence ?

Le 30 mai, la Ville avait créé une « cellule de crise », qualifiée de « cellule sur papier sans perspective » par le représentant des habitantsPhilippe Delaisse5. La liste d’attente pour les logements sociaux de la Maison liégeoise et du Logis social s’élève à « 3 262 requêtes», compte Yvon Henri, coordinateur au Relais social6. Et le CPAS7 s’adresse, « conformément à la loi fédérale », insiste leprésident, Claude Emonts, aux personnes dont l’adresse est référencée au CPAS. Restent les 150 logements de l’AIS8 (Agence immobilièresociale) « assiégée de requêtes, quelque 260 », nous dit une responsable, « nous avons toutefois relogé deux familles de la Chartreuse », il existeaussi les 11 logements de transits du CPAS en Amercoeur et 6 logements d’urgence CPAS à Naniot… (bientôt 7). Bref, une goutte d’eau au vu des besoins…

1. Ville de Liège. Willy Demeyer, bourgmestre : Hôtel de Ville, 2 place du Marché à 4000 Liège
– tél. : 04 221 81 05
– courriel : bourgmestre.demeyer@liege.be
2. GADL (Groupe d’action droit au logement) de Liège. rue de l’Evêché, 12-14 à 4000 Liège
– tous les premiers mardis du mois à 14 h.
3. Solidarités Nouvelles ASBL. Coordinateur, David Praile, rue Léopold, 36A à 6000 Charleroi
– tél. : 071 30 36 77
– courriel : sn.secretariat@skynet.be
4. Service Logement de Liège. Jean-Baptiste Jehin, directeur : quai de la Batte, 10 à 4000 Liège
– tél. : 04 221 91 07 – 04 221 91 34.
5. Philippe Delaisse, représentant des locataires du Domaine de la Chartreuse (a déménagé)
– tél. : 0472 21 34 70.
6. Relais Social. Yvon Henri, coordinateur, rue des Guillemins, 52, à 4000 Liège
– tél. : 04 230 53 70
– courriel : info@rspl@be
7. CPAS de Liège. Claude Emonts, président, place Saint-Jacques, 13 à 4000 Liège
– tél. : 04 220 58 11
– courriel : info@cpasdeliege.be
8. AIS (Agence immobilière sociale) de Liège. Maggy Yerna, présidente, rue Velbruck, 4, à 4000 Liège – tél. : 04 250 50 78.

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