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Logement

De sans-abri à locataire, quel accompagnement ?

Une étude en cours au Relais social de Charleroi analyse l’accompagnement social au logement. Un des premiers constats : l’accompagnement est bien un outil permettant aux locatairesd’accéder à l’autonomie.

19-03-2011 Alter Échos n° 312

Une étude en cours au Relais social de Charleroi analyse l’accompagnement social au logement. Un des premiers constats : l’accompagnement est bien un outil permettant aux locatairesd’accéder à l’autonomie.

Retrouver un logement, pour un sans-abri, n’est souvent qu’une étape dans un processus d’insertion encore long. Le passage de la rue aux quatre murs d’un appartement comporte de nombreuxpièges. Rapidement, la boîte aux lettres de ces nouveaux locataires débordera de courriers, lettres de la commune, contrats d’assurance ou factures diverses. Quitter l’anonymat dela rue, c’est opérer une véritable résurrection administrative. Quand la vie de sans-abri était principalement tournée vers la satisfaction des besoinsimmédiats, la gestion d’un logement implique de penser à long terme. Mais le plus dur, peut-être, sera de rompre avec ses compagnons d’infortune et se recomposer un réseausocial.

Les acteurs du logement et du secteur sans-abri sont nombreux à proposer un accompagnement lors de cette transition délicate. Du soutien le plus intensif au simple support technique,ces programmes sont aussi variés que les situations de ceux qui en bénéficient. Ils peuvent aussi présenter une dimension préventive. « Ces programmes peuvents’adresser à des personnes qui connaissent des problèmes de logement pour les aider à ne pas tomber dans le sans-abrisme, observe Marjorie Lelubre, chargée de recherche auRelais social de Charleroi1. C’est une dimension qui mériterait d’être davantage mise en avant. »

La chercheuse effectue une analyse sur quatre ans de l’accompagnement social au logement (essentiellement à Charleroi et à Liège)2 pour le ministre wallon duLogement, Jean-Marc Nollet (Ecolo)3 . Après un an de travaux, elle publie des résultats partiels dont on peut déjà tirer quelques conclusionsintéressantes.

Soutien intensif

Si quelques associations proposent un accompagnement pour les sans-abri quittant directement la rue avec un parcours relativement long et chaotique, la majorité s’adresse à despersonnes qui sont d’abord passées par la case maison d’accueil.

Aux yeux de certains, l’hébergement de longue durée constitue une étape intermédiaire indispensable avant le logement. Mais la raison est aussi économique.Les personnes qui sortent directement de la rue présentent généralement des problèmes plus complexes que les autres, a pu constater la chercheuse. Dès lors, ils ontbesoin d’un accompagnement plus intensif. « Aujourd’hui, l’accompagnement social au logement ne fait pas l’objet d’un cadre légal spécifique et n’est donc pas financéen tant que tel. Les institutions n’ont donc pas toujours les moyens de prendre les risques qu’elles voudraient. Les politiques ont eu tendance à investir dans la brique plutôt quel’accompagnement. Mais c’est en train de changer, cette recherche en est la preuve. »

Soutien vs autonomie

Un des enjeux de l’accompagnement au logement est de lutter contre l’isolement qui mène parfois certains à retourner à la rue. Une des priorités du travailleur socialsera, par exemple, d’accompagner l’ancien sans-abri dans ses démarches juridiques pour recouvrer son droit à la parentalité. « La reconstruction du réseau social sefera aussi par un travail de fond, en aidant la personne à retrouver confiance en elle », souligne Marjorie Lelubre.

Rapidement, ces travailleurs deviennent des repères importants pour les personnes qu’ils suivent. « Il y a une intimité qui se crée, notamment par le fait que letravailleur rencontre la personne à son domicile. Nous avons vu, chez de nombreux locataires, se développer un champ sémantique lié à des modes de relation commel’amitié ». Toute la difficulté sera alors de mettre un terme à cette relation sans créer un sentiment d’abandon.

Un des reproches fréquemment adressé à l’accompagnement social au logement est de ne pas favoriser l’autonomie des locataires. Une critique qui correspond peu au constat faitsur le terrain, remarque Marjorie Lelubre : « Plus la durée de l’accompagnement est importante, plus les personnes accèdent à l’autonomie. Il y a une volontépédagogique dans ces programmes qui est à l’opposé de l’assistanat. »

1. Relais social de Charleroi
– adresse : bd Jacques Bertrand, 10 à 6000 Charleroi
– tél. : 071 506 731
– courriel : relais.social.charleroi@skynet.be
2. Cette analyse des programmes d’accompagnement s’inscrit à la suite de l’étude sur les « freins et facilitateurs à l’accueil, l’hébergement et lelogement des personnes sans-abri » qui a été réalisée en 2008-2009 par les chercheurs des six relais sociaux, avec la collaboration méthodologique de l’AgenceAlter.
3. Cabinet de Jean-Marc Nollet :
– adresse : place des Célestines 1 à 5000 Namur
– tél. 081 321 711
– courriel : info-nollet@gov.wallonie.be
– site : http://nollet.wallonie.be

Sandrine Warsztacki

Sandrine Warsztacki

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