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La chronique de maître corbeau

D’autres singes sur des orgues de Barbarie ?

Alter Échos n° 472 2 avril 2019 Nathalie Cobbaut

Ces derniers temps, alors que l’on parle beaucoup de dangers dans la maison Justice en raison des coupes claires dans les budgets de la susdite, elle fait aussi beaucoup parler d’elle à travers certains de ces protagonistes.

Les plaidoiries récentes de Sébastien Courtoy devant la cour d’assises ont fait couler beaucoup d’encre. Non seulement dans la presse internationale, notamment dans Libération qui a titré « Défense et indécence » et qualifié Courtoy de bouffon ou encore dans Le Monde, un rien plus civil, évoquant la ligne de défense de l’avocat comme une extravagance de mauvais aloi, mais aussi dans les colonnes de nos quotidiens, comme celles du Soir qui décrit le plaideur comme « un robin, battant névrotique, obsédé par la seule idée de gagner, n’hésitant pas à frapper en dessous de la ceinture [ce que le noble art proscrit] ». Dans la DH, ledit plaideur n’hésite pas à se qualifier d’affreux, excitant les nanas, à l’inverse d’un spécialiste du droit du bail. Pendant deux mois, sa défense rocambolesque de Mehdi Nemmouche lui a valu une fenêtre médiatique sans précédent, lui qui avait déjà défrayé la chronique en assumant la défense d’une kyrielle de causes djihadistes et extrémistes. Sans remettre en question le fait que chaque cause a droit à être défendue, le fait d’accepter de son client, le très sulfureux Dieudonné, une quenelle d’or en 2012, récompense également décernée au négationniste Faurisson ou au polémiste antisémite Alain Soral, lui avait tout de même valu deux mois de suspension (avec sursis), de la part du conseil de discipline du barreau de Bruxelles.

Tout aussi médiatique est la devenue célèbre juge d’instruction, Anne Gruwez, vedette du documentaire Ni juge ni soumise, qui s’est vu décerner un Magritte et un César. Si le reportage des polémistes Jean Libon et Yves Hinant, réalisateurs de feu l’émission Strip-tease, a soulevé des objections sur le choix des affaires décrites, l’absence de commentaires et de mises en contexte, les remarques de la juge d’instruction aux individus comparaissant devant elle, ont également pu choquer. Cette dernière évoquait la consanguinité des prévenus pour expliquer leur comportement ou menaçait de plaquer au sol un prévenu un peu insolent, en arguant de la force publique. La très fantasque magistrate s’est ainsi attiré les foudres de son chef de corps, Luc Hennart, président du tribunal de première instance de Bruxelles, lequel lui a interdit de se produire en public lors des projections du documentaire et l’a traitée de « singe sur un orgue de Barbarie ». Si les propos de Luc Hennart lui ont valu une lettre ouverte des collègues de la juge Gruwez, ils lui ont également coûté son poste, puisqu’il ne sera pas reconduit dans ses fonctions de président. Pourtant, dans une chronique judiciaire assez croquignolesque de l’avocat bruxellois Daniel de Callataÿ, parue dans le Journal des tribunaux, celui-ci n’hésite pas à mettre les deux magistrats dans le même panier, signant sa rubrique « Le gorille et le petit singe » et évoquant la rivalité de l’un vis-à-vis de l’autre quant à leur présence sur les petits et grands écrans.

Loin des tumultes de la scène médiatique, il suffit aussi d’assister à certaines audiences pour trouver d’autres amateurs du genre qui, devant un parterre d’étudiants tout ouïe, n’hésitent pas, à grands coups d’effets de manche, à traiter un condamné, libéré sous conditions, d’attardé mental et de simple d’esprit pour n’avoir pas poursuivi ses études au-delà de la quatrième professionnelle. La route est longue !

 

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A propos de l'auteur

Nathalie Cobbaut

Nathalie ne manque pas d’héros/héroïnes. Pêle-mêle : Truman Capote, Renaud quand il savait encore chanter, Isadora Duncan, Jessica Lang dans les bras de King Kong, Wes Anderson et Émile Zola. Originaire de Bruxelles, Nathalie alias « the brain » commence par des études de droit - selon les standards de l’époque, « il faut faire des études sérieuses -, » avant de s’attaquer au journalisme. Elle aimerait habiter son rêve : « écrire des histoires de gens ». En attendant son heure, elle fait du journalisme parce que la curiosité est une magnifique qualité qui permet d’informer, analyser, critiquer et d’accéder à la complexité. nathalie [dot] cobbaut [at] alter [dot] be

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