Alter Échosr
L'actualité sociale avec le décodeur

Clin d’œil scolaire à la déficience visuelle

Si le décret du 9 février 2009 favorise la scolarité des enfants et adolescents handicapés dans l’enseignement ordinaire, cela fait vingt ans quel’Œuvre nationale des aveugles y travaille.

11-09-2009 Alter Échos n° 280

Si le décret du 9 février 2009 favorise la scolarité des enfants et adolescents handicapés dans l’enseignement ordinaire, cela fait vingt ans quel’Œuvre nationale des aveugles y travaille.

Lundi, le 7 septembre, Institut Saint-Berthuin à Malonne1(Province de Namur). Martin, élève de 5e humanités est installé devant unmatériel particulier  : une TV loupe qui agrandit les pages du cours de mathématiques sur lesquelles il vient ajouter ses annotations. À ses côtés, Pierre DeRoover lui dicte à voix basse les notions que le professeur est occupé à transmettre à la classe.

Martin fait partie des élèves, porteurs d’un handicap visuel, qui bénéficient de l’aide du service « Clin d’œil » del’Œuvre nationale des aveugles2. C’est lorsqu’il fréquentait la classe de 4e primaire que la maladie oculaire de Martin a commencé àmontrer des signes. « Il était inscrit à l’école du village, raconte sa maman. Un jour où il était absent pour subir des examens liésà sa vue, une volontaire de l’ONA est venue parler des aides qui sont apportées aux personnes malvoyantes et aveugles. Alors qu’en tant que parents on s’interrogeaitsur les soucis de santé de Martin, ce sont les enfants de sa classe, qui en entendant les explications de la volontaire, ont reconnu, dans son discours, des signes de la malvoyance deMartin. » Un handicap avec lequel Martin a appris à vivre, et à étudier.

« Au début, quand j’étais en primaire, je n’aimais pas que Pierre vienne s’occuper de moi », reconnaît Martin. Maintenant,j’apprécie tout cet encadrement qui permet que la vie continue. Il ne faut pas s’arrêter à ça », ajoute-t-il en parlant de sa maladie. Et Martin denous présenter la TV loupe dont il dispose à son domicile, outre son ordinateur portable équipé d’un logiciel spécifique proposant, notamment, des raccourcis.« La difficulté, c’est lorsque je dois travailler à partir d’un grand schéma, ou réaliser des exercices qui sont présentés enplusieurs colonnes. En agrandissant la feuille, il m’est déjà arrivé de laisser passer, sans la voir, une série d’exercices. »

Côté loisirs, Martin fréquente un club de basket et fait, de temps en temps, du karting avec son papa, malgré l’inquiétude maternelle que cela occasionne.Avec toujours cette idée qu’il ne faut pas s’arrêter au handicap.

Un travail d’équipe

Mais revenons en classe, Martin choisit à présent d’utiliser la caméra qui lui permet de visualiser le professeur et le tableau. Difficile, dans ce cas de continuerà prendre des notes, mais Martin se débrouille. Tellement bien que nous ne nous risquerons pas à mentionner le temps de travail quotidien qu’il fournit à sondomicile. « Cette année, je vais tout de même en faire plus, car j’ai terminé la quatrième un peu juste », promet-il.

Pierre De Rover sourit. C’est qu’une belle complicité s’est installée entre lui et Martin, il y a huit ans déjà, qu’il l’accompagne dansla construction de son avenir. « Je suis totalement intégré à l’équipe des professeurs », se réjouit Pierre De Roover. Wivine Moiny,sous-directrice de l’Institut Saint-Berthuin le confirme  : « Pierre dispose, comme tous les professeurs de l’établissement, d’un casier à la salle desprofs. »
Il faut savoir que l’accueil de jeunes présentant un handicap n’est pas une première dans cet établissement d’enseignement général.« On ne le mentionne cependant pas dans le projet d’école, précise la sous-directrice. On ne voudrait pas en faire un argument de marketing. »

« Clin d’œil est un service de terrain, explique Pierre De Roover. Nous passons le plus clair de notre temps dans les écoles, pour aider les élèvesà s’intégrer et à suivre le rythme de la classe. Nous sommes là également pour soutenir les équipes d’enseignants. Nous travaillons en Wallonie –hormis à Liège – et à Bruxelles, à tous les niveaux de l’enseignement, avec des enfants malvoyants et d’autres non-voyants. Mes collègues et moieffectuons le même travail de terrain mais nous avons des formations différentes (éducateurs, psychologues, enseignants, logopèdes, psychomotriciens). L’équipeest pluridisciplinaire. Lors de nos réunions, chacun apporte sa sensibilité, son regard, son expérience sur les différents projets d’intégration mis enplace. »

20 ans déjà !

L’histoire du service d’accompagnement a débuté il y a 20 ans, à la demande de parents en recherche d’une école de leur choix pour leur enfant. Commeon peut s’en douter, ces parents souhaitaient privilégier l’accueil dans une école de quartier, de manière à permettre aux enfants de nouer des liens avec leurenvironnement direct. « Mais ce choix était aussi celui de l’intégration sauvage, sans suivi, l’enfant était livré à lui-même,expliquait Patricia Duterne, coordinatrice du service Clin d’œil, à l’occasion des 20 ans du service. L’autre solution orientait, elle, vers l’enseignementspécialisé3. »

Naissait alors le Service d’accompagnement pour étudiants déficients visuels (SADV) – qui, en 2002, allait être rebaptisé « Clind’œil ». Mais c’est en 1991, déjà, que le SADV se voyait reconnu officiellement par un premier agrément pour l’encadrement des étudiants dusupérieur non universitaire. Il fallut cependant attendre 2007 pour recevoir un agrément de la Commission communautaire française à Bruxelles.

Aujourd’hui, le service compte une équipe pluridisciplinaire de 11 personnes  ; en 2008, ce sont ainsi plus de 80 élèves, dont 15 à Bruxelles, qui ontété suivis. Dans tous les niveaux d’enseignement, tous réseaux confondus, les accompagnateurs interviennent en classe, mais aussi dans les gestes d’aide à lavie journalière. Il s’agit d’un travail d’équipe associant parents, écoles, enseignants, au sein duquel « Clin d’œil » met desoutils adaptés à disposition des enfants pour les aider à apprendre et à développer leur autonomie.

En attente d’une reconnaissance des pouvoirs publics

« L’accompagnement et la qualité de l’action menée sont aussi synonymes de belles synergies mise
s en place avec les autres services de l’ONA, soulignePatricia Duterne4. Ce sont des outils pédagogiques adaptés en collaboration avec le Centre de transcription adaptée, des sensibilisations dans les classes avec laLudothèque, des contacts permanents avec les assistantes sociales pour répondre de manière adéquate à l’ensemble des attentes.

Aujourd’hui, nous savons que le chemin est encore long à parcourir pour que l’ensemble des pouvoirs publics reconnaissent notre action. Le secteur de la déficiencevisuelle est en perpétuel changement. Nous nous installons auprès des Centres de réadaptation fonctionnelle, des écoles d’enseignement spécialisé. Nouscontinuons à mettre en place de nouvelles collaborations.
D’autres associations ont pris le pas. L’intégration est devenue une évidence. Si nous sommes encore là, en 2009, c’est parce que d’autres parents ontbesoin de nous, que d’autres parents nous font confiance. »

Ce ne sont pas Julie Luyckx et ses parents qui le démentiront. Âgée de 23 ans, la jeune femme termine un baccalauréat en communication à Liège.

Le sujet du travail de fin d’études qu’elle présentera en janvier  ? « L’intégration de la personne handicapée en radio ».Un milieu qu’elle connaît bien pour y être volontaire depuis plusieurs années et pour avoir réalisé des stages à Bel RTL. « Durant marhéto, en 2004, j’étais déjà Ado reporter. »

Sa perception de l’accompagnement reçu de Clin d’œil ? « Cela m’a donné de bonnes bases pour les études supérieures, explique-t-elle.Quand je suis partie à Liège, je me suis servie du travail que je faisais avec l’ONA pour poursuivre dans la même voie. Le personnel est spécialisé pouraccompagner les personnes ayant un handicap, ce ne sont pas seulement des formateurs. »

Un travail de fourmi

Anne Want, professeur d’histoire de Julie lorsqu’elle était en 5e et 6e secondaire à l’Institut Sainte-Ursule de Namur5 (dansl’option sciences économiques en technique de transition), souligne également la qualité de l’accompagnement mené par l’ONA. C’est ce qui l’aencouragée à poursuivre l’expérience. Et de citer trois autres élèves de l’école qui ont aussi réussi leur parcours scolaire.

En amont de cette réussite un important travail de fourmi d’adaptation des cours des élèves, par l’ONA. « Quand il s’agit de schémas et decartes, nous jouons beaucoup sur les couleurs et sur la simplification du support », explique Pierre De Roover. Il n’est pas rare que le professeur, en voyant le résultat,nous demande s’il peut disposer du document pour toute la classe. » On se dit alors  : « Voilà une preuve de plus de ce que le handicap peut apporter àla collectivité. »

1. Institut Saint-Berthuin :
– Fond de Malonne, 118 à 5020 Malonne
– tél.  : 081 44 04 10.
2. Œuvre nationale des aveugles asbl :
– adresse : avenue Dailly, 90-92 à 1030 Bruxelles
– tél. : 02 241 65 68
– site : www.ona.be
3. Périodique de l’ONA.
4. Idem.
5. Institut Sainte-Ursule :
– adresse : rue de Bruxelles, 78 à 5000 Namur
– tél. : 081 25 10 50.

Pssstt, visiteur, visiteuse du site d'Alter Échos !

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, notamment ceux en lien avec le Covid-19, pour le partage, pour l'intérêt qu'ils représentent pour la collectivité, et pour répondre à notre mission d'éducation permanente. Mais produire une information critique de qualité a un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous ! Et parlez-en autour de vous.
Profitez de notre offre découverte 19€ pour 3 mois (accès web aux contenus/archives en ligne + édition papier)