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#Covid19. Aide à la jeunesse

Aide à la jeunesse : « L’épidémie nous a poussés à revoir l’ensemble de l’organisation du travail »

Denis Xrouet est directeur du Clos du chemin vert, un service résidentiel de l’aide à la jeunesse. Il est aussi président de l’Interfédération des services agréés. Il évoque les conséquences du Covid19 sur son service et sur l’ensemble du secteur.

26-03-2020

Denis Xhrouet est directeur du Clos du chemin vert, un service résidentiel de l’aide à la jeunesse. Il est aussi président de l’Interfédération des services agréés. Il évoque les conséquences du Covid19 sur son service et sur l’ensemble du secteur.

Alter Echos : Vous êtes directeur d’un service résidentiel de l’aide à la jeunesse, en quoi le Covid a a changé votre travail ?

Denis Xhrouet : L’épidémie nous a poussés à revoir l’ensemble de l’organisation du travail au sein du Chemin vert, le service que je dirige, et qui dispose de 65 places d’hébergement réparties en quatre pavillons. Il y a un service résidentiel général et un service d’observation et d’orientation pour les mineurs victimes de maltraitances. Les jeunes que nous accueillons sont l’objet d’une mesure d’éloignement de la famille décidée par des autorités mandantes (conseiller, directeur de l’aide à la jeunesse, ou juge de la jeunesse, NDLR). Il a fallu organiser le confinement.

AE : Concrètement, comment se passe ce confinement ? Est-ce qu’il crée des tensions ?

DX : Une partie des jeunes, sur décision d’une autorité mandante, a pu rentrer en famille. Ces jeunes sont suivis au quotidien par des éducateurs qui les contactent par téléphone ou via Whatsapp ou Messenger. En cas de problème, ces éducateurs se rendent sur place, dans les familles, en suivant des mesures de distanciation évidemment. Le nombre de jeunes que nous suivons en hébergement a donc diminué. Il peut y avoir des tensions entre jeunes confinés, mais notre service est dans une situation assez favorable ; nous avons de l’espace, un jardin. Ce n’est pas le cas de tous les services. Dans certains d’entre eux la promiscuité peut poser problème.

AE : Et pour ceux qui restent dans le service, qu’est-ce qui change ?

DX : Nous n’avons eu aucun cas de Coronavirus parmi eux, ils sont donc confinés ensemble, en groupe. C’est le contact avec le monde extérieur qui est limité aux éducateurs. Les éducateurs sont les seuls qui entrent et sortent, tout en appliquant des mesures sanitaires. Mais les jeunes continuent à vivre en groupe, à suivre des activités collectives. Les éducateurs organisent les contacts avec les familles, via le téléphone ou internet. Ils font preuve d’une grande créativité pour occuper les jeunes pendant la journée, tout en assurant un suivi. La continuité de notre service doit se maintenir, c’est la priorité.

AE : Concernant les jeunes qui rentrent dans leur famille. Ils en avaient été éloignés car ils y étaient confrontés à de graves difficultés, voire à un danger. N’est-ce pas problématique de les y renvoyer 24/24 en période de confinement ?

DX : Il s’agit de décisions prises par les autorités mandantes. Mais il est vrai que la situation peut être compliquée. Nous organisons un suivi au plus près des jeunes, un suivi quotidien pour vérifier que ça se passe bien, pour dénouer d’éventuelles tensions avec les parents, pour leur permettre de mettre des mots, de faciliter les échanges et de faire relativiser certaines difficultés. Il est toujours possible de revenir si cela se passe vraiment mal.

« Nous n’avons pas de masques. Nous sommes complètement oubliés »

AE : Vous parliez de mesures sanitaires. Vous éducateurs portent-ils des masques ?

DX : Nous n’avons pas de masques. Nous sommes complètement oubliés malgré nos interpellations à la ministre Valérie Glatigny (MR). Alors certains membres du personnel ou leurs proches fabriquent des masques, et nous nous débrouillons comme ça.

AE : Est-ce que la force de travail au sein de votre institution a diminué à cause du virus ?

DX : Une série de travailleurs ne viennent pas par précaution. Il est possible qu’eux ou des membres de leur famille aient le Covid19. Environ 30 % des employés du service sont actuellement confinés chez eux. Mais pour l’instant nous avons toujours assez d’éducateurs pour travailler correctement.

AE : La ministre Valérie Glatigny a signé un accord avec la direction des lois sociales permettant de mutualiser les forces de travail entre les différents services agréés de l’aide à la jeunesse. Qu’en pensez-vous ?

DX : Cet accord est positif car il permet à un travailleur d’un service dont l’activité aurait été réduite à cause de l’épidémie de travailler dans un service qui aurait besoin de main forte – peu importe le pouvoir organisateur (donc l’asbl qui organise les services NDLR), ou le type de services, tant que l’on reste dans le cadre de l’aide à la jeunesse. Cela fait tomber des frontières. Les travailleurs de l’aide en milieu ouvert (les AMO, NDLR) voient leur activité considérablement réduite. Sur base volontaire, ils pourront travailler dans un service résidentiel. Nous faisons preuve d’inventivité, mais l’inquiétude c’est de tenir sur la longueur.

Cédric Vallet

Cédric Vallet

Journaliste (jeunesse, aide à la jeunesse et migrations)

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