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Activation musclée des chômeurs aux Pays-Bas

À Rotterdam, les demandeurs d’emploi qui refusent plusieurs formations ou plusieurs offres d’emploi de suite reçoivent un ultimatum : soit ils acceptent le job que leurpropose la municipalité, soit ils perdent une partie de leur allocation.

23-05-2008 Alter Échos n° 252

À Rotterdam, les demandeurs d’emploi qui refusent plusieurs formations ou plusieurs offres d’emploi de suite reçoivent un ultimatum : soit ils acceptent le job que leurpropose la municipalité, soit ils perdent une partie de leur allocation.

En Belgique, on parle de régionaliser la politique de l’Emploi. Les Pays-Bas sont allés beaucoup plus loin : depuis le 1er janvier 2004, ce sont lesmunicipalités qui gèrent les allocations de chômage. Rotterdam n’a pas la situation la plus facile : 10 % de la population active est au chômage, et les deux tiersd’entre eux le sont depuis plus de trois ans. La Ville a dès lors décidé d’appliquer une philosophie venue en droite ligne des États-Unis : qui veutbénéficier d’une allocation doit d’abord travailler. Rotterdam a ainsi mis sur pied deux programmes qui visent deux groupes bien définis de chômeurs.

Werk direkt vise les demandeurs d’emploi âgés de plus de 23 ans et jugés à « comportement difficile » : soit ils ont étéconvaincus de fraude aux allocations, soit on estime qu’ils ne « cherchent pas assez », soit ils ont été exclus à un moment donné des services sociauxpour comportement violent. Le programme Work First vise les chômeurs de moins de 23 ans. Dans les deux cas, le principe est le même : celui qui refuse les jobs ou les formationsproposées perd tout ou partie de son allocation.

Pour Yvonne Van Oers, porte-parole de la Ville : « Si on active un chômeur, le reste suit plus facilement. Sa mentalité commence à changer. Avant, les chômeurspensaient qu’ils avaient en quelque sorte droit à une allocation. Nous voulons montrer qu’ils n’en recevront une que si nous ne pouvons pas faire autrement. Ceux qui ont desenfants montrent ainsi à la génération suivante que les choses peuvent être complètement différentes. »

Fabrique de vélos

Un des endroits où les demandeurs d’emploi sont mis au travail, c’est la fabrique de bicyclettes Roteb Montaz Fietsenassemblage, qui assemble des vélos pour le compte deplusieurs fabricants néerlandais. Jeannette Peeters, directrice du projet Werk Direkt, donne un exemple concret. Un chômeur de longue durée, qui rentre dans une des troiscatégories à problème définies ci-dessus va s’y voir « proposer » un emploi. S’il refuse, il perd ses allocations pour un mois. Deux semaines plustard, on lui proposera un autre emploi. S’il refuse de nouveau, trois semaines de suspension. Après plus ou moins huit mois, le chômeur devra expliquer de quoi il a vécupendant cette période « parce que personne ne peut vivre sans argent » (sic).

Beaucoup renoncent alors à leur allocation, parce qu’ils n’en ont pas vraiment besoin, selon Jeannette Peeters. Mais si le chômeur est prêt à accepter, leschoses peuvent aller très vite pour lui. Après trois semaines, il reçoit une formation aux entretiens d’embauche, un contrat de trois mois renouvelable, un salaire et unabonnement aux transports en commun. Un isolé se retrouvera ainsi avec 200 euros de plus en poche. L’idée est de remettre les gens le plus vite possible dans le circuit normal dutravail. Certains pourront ainsi recevoir des cours de conduite, car il y a beaucoup de places vacantes dans le transport et la logistique.

Pour l’autre programme, Work First, c’est plus délicat. Yvonne van Oers souligne qu’elle est attentive à ne pas orienter les jeunes vers des voies de garage :fabriquer des cintres toute la journée, par exemple. La Ville tient aussi compte de situations spécifiques, comme celle des mères célibataires. Actuellement, WorkFirst propose aux jeunes gens du travail dans l’industrie automobile et aux jeunes filles des emplois dans des chaînes comme H&M. Selon une étude parue en févrierdernier, 69 % des jeunes impliqués dans ce projet estimaient avoir davantage envie de travailler qu’auparavant et 60 % d’entre eux estimaient avoir gagné de la confiance eneux-mêmes. Jeannette Peeters va dans le même sens : elle estime que ses « clients » ont besoin d’un coup de pouce, pour réapprendre à travailler età être en contact avec les autres. Une autre évaluation, sur Werk Direkt celle-là, est moins positive : à la sortie du projet, la moitié deschômeurs impliqués se retrouverait à la case départ.

Protestations

Mais tout le monde n’est pas pour autant satisfait de cette approche musclée. Un chômeur d’Arnhem a intenté un procès à sa municipalité pouravoir été obligé d’accepter un travail consistant à coller des boîtes dans une entreprise, alors que lui souhaitait rester dans le secteur horeca. Certainsavocats estiment aussi que les nouvelles dispositions sont en contradiction avec la constitution néerlandaise, laquelle stipule que toute forme de travail obligatoire est interdite. Lemagazine Vacature qui consacre un article à cette activation « à la hollandaise » a aussi sollicité quelques réactions en Belgique. Richard Miller,échevin de l’Emploi à Mons (MR), trouve le système instauré à Rotterdam « affreux », parce qu’il est basé sur la contrainte. Pour lui, uncontrat d’emploi devrait toujours être fondé sur le consentement des deux parties. Quant à Fons Leroy, directeur du VDAB (équivalent flamand du Forem etd’Actiris), il estime absurde de confier aux communes les politiques d’emploi : « chaque commune réinvente l’eau chaude et, du fait de la division des tâches,énormément de choses sont faites en double ».

D’après Vacature magazine

Pierre Gilissen

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