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Regard critique · Justice sociale

Petite enfance / Jeunesse

Young and poor : des notes pour une jeunesse dégradée

En France, une agence de notation des politiques jeunesse a évalué les propositions des candidats aux élections présidentielles

08-06-2012 Alter Échos n° 340

En France, à l’occasion de l’élection présidentielle, un collectif a mis sur pied une agence de notation d’un nouveau genre. Young and poor a ausculté, évalué et noté les mesures proposées par les candidats pour aider à l’insertion des jeunes.

On compte une nouvelle venue dans le cercle restreint des agences de notation. « Young and poor »1 est née en France. Elle donne de bonnes et de mauvaises notes. Son comité de notation s’appuie sur des vérifications, des analyses, des évaluations. Ses membres se prévalent du sérieux de leur travail.

Dans ce cas, ce ne sont pas les performances des banques ou des Etats qui sont passées au crible. Ce sont les dires et les écrits des politiques à propos de la jeunesse. Young and poor a été conçue pour la campagne présidentielle française par des jeunes de l’association « Génération précaire ». Un collectif qui s’était mobilisé en 2005 contre le recours massif aux stages comme forme d’exploitation des jeunes travailleurs. Ils ont à leur actif quelques beaux succès, à commencer par la gratification des stages et l’interdiction des stages dits hors cursus. C’est donc ce collectif de jeunes « qui veulent une intégration durable dans la société » qui a créé Young and poor.

C’est d’abord l’urgence qui a poussé les jeunes militants de Génération précaire à monter cette agence. En France, un jeune sur quatre est au chômage et un sur cinq vit sous le seuil de pauvreté. Si le collectif a obtenu des succès, la situation des jeunes sur le marché du travail reste problématique. Toutes les belles idées théoriques détournées de leur fonction initiale pour en faire des contrats précaires – les stages bien sûr, mais aussi le service civique ou l’auto-entrepreunariat – sont dénoncées par le collectif. Car dans les faits, Young and poor n’est pas vraiment une agence de notation des politiques de jeunesse mais certainement plus d’emploi ou d’insertion des jeunes.

« Les obliger à prendre des positions techniques »

En décortiquant les mesures et les discours de chaque candidat, l’idée du collectif était bien de « faire de nouveau pression sur les politiques », comme l’explique Ophélie Latil de Génération précaire. De les pousser à sortir des déclarations d’intention : « Entre Nicolas Sarkozy qui ne parlait pas de la jeunesse et ceux qui en parlaient avec des trémolos, on s’est dit qu’il fallait les obliger à prendre des positions techniques, concrètes et chiffrées, à montrer leurs compétences », affirme Ophélie Latil.

Le travail de l’agence se veut solide, neutre et indépendant. Une quarantaine de bénévoles s’est lancée dans l’aventure. Chaque candidat à l’élection présidentielle était marqué à la culotte par une équipe de cinq ou six personnes, des « agents-veilleurs » qui passaient en revue tout ce qui pouvait émaner du candidat ou de son entourage à propos de la jeunesse. Des rencontres entre les équipes des candidats et Young and poor avaient lieu pour aborder le contenu des mesures proposées.

A partir de ce matériau considérable, les dix thèmes de notation (Emploi, volontariat, stage, alternance, etc.) étaient examinés à la lumière de trois « angles » : quel diagnostic, quels objectifs, quels moyens ? L’équipe d’agents-veilleurs remettait une note à un agent superviseur qui, lui-même, attendait le verdict du comité de notation. Un comité de sept personnalités de références et de milieux professionnels divers – syndicaliste, chef d’entreprise, sociologue, enseignant.

François Hollande, Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon ont pu se féliciter d’obtenir un « B ». En queue de peloton, on trouve Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen et François Bayrou. Certains ont fait des efforts pour améliorer leur note. Ce fut par exemple le cas de François Hollande qui a commencé avec un « C ». Une preuve de l’impact de Young and Poor ? Peut-être. En tout cas, pour Ophélie Latil, Young and poor « a mis un coup de pied au cul à toutes les équipes entourant les candidats. Ils ont dû justifier techniquement ce qu’ils proposaient. »

Parmi les mesures intéressantes proposées par les candidats, Ophélie en retient quelques-unes, dont la volonté de sanctionner les abus de stages ou de formations, « car les inspecteurs du travail, ces dernières années, n’ont été affectés qu’à la gestion des sans-papiers. »

Avec la fin de la campagne présidentielle, l’agence a été mise entre parenthèses. Ses créateurs réfléchissent aux suites. Peut-être que Young and poor fera définitivement partie du cercle des agences de notation.

1. Young and poor
– site : http://www.youngandpoor.org
– courriel : contact@youngandpoor.org

Cédric Vallet

Cédric Vallet

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