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Vieillesse et immigration, deux désarrois

Vieillir ici ou là-bas ? La question du vieillissement des populations issues de l’immigration, en particulier des femmes, commence à se poser.

01-06-2007 Alter Échos n° 230

Vieillir ici ou là-bas ? La question du vieillissement des populations issues de l’immigration, en particulier des femmes, commence à se poser.

Qu’elles soient veuves, divorcées, répudiées, célibataires ou mariées, ces femmes sont plus fragilisées que les hommes. Qui sont-elles ? Quels sontleurs besoins ? Comment s’adaptent-elles à l’évolution de leur structure familiale ? Un colloque organisé par le Centre du libre examen1 a mis en avant cesquestions, le 11 mai dernier.

Le mythe du retour

Pour Rachida El Idrissi, coordinatrice de l’asbl Seniors sans frontières2, beaucoup d’immigrés sont dans l’incapacité de réintégrerun mode de vie dans leur pays d’origine après trente ou quarante ans d’immigration. « Malgré les possibilités de repartir, dit-elle, la nostalgie est rare.À part quelques allers-retours, les liens sont rompus. » Les femmes en général et celles du Maghreb en particulier font le deuil du retour pour rester auprès desenfants et des petits-enfants. « Malgré l’isolement et les conditions de vie difficiles, leur ancrage en Belgique est supérieur à celui des hommes », poursuitRachida El Idrissi.

Les modes de vie évoluent : le lien de solidarité se défait, il se calque plus ou moins sur celui du pays d’accueil. Des enfants acceptent encore le devoir des’occuper de leurs parents âgés, mais d’autres ne le peuvent pas. En cause, les problèmes de logement, une prise en charge difficile par des couples quitravaillent… un peu comme les Belges. « Un changement de mentalité et de valeurs s’opère, remarque Rachida El Idrissi, et cela va en s’accentuant. »

En général, les femmes maintiennent le lien familial, mais leur statut s’est modifié. Auparavant, elles gagnaient en reconnaissance avec l’âge, en tout casau pays. Ici, et aujourd’hui, elles sont respectées mais n’ont pas de pouvoir. « Ça les déstabilise parce qu’elles sont dans la désillusion,explique Rachida El Idrissi, elles sont en recherche de repères, de projet de vie. » Pour certaines c’est bénéfique, elles pensent enfin à elles,s’accordent des activités pour elles. D’autres en revanche ont du mal à sortir de leur histoire difficile, de la non-réussite sociale de leurs enfants, et sedésinvestissent. « Le parcours migratoire correspond rarement au rêve de départ », résume Rachida El Idrissi.

Les femmes immigrées âgées manquent d’autonomie sociale et administrative, elles cumulent des problèmes chroniques (financiers, administratifs, juridiques,familiaux, de santé physique et mentale, des échecs divers). La barrière linguistique — un français strictement utilitaire — limite les échanges, lesconduit à l’isolement social, à un suivi médical aléatoire : « La pauvreté se faufile dans tous les problèmes rencontrés. »

Accepter d’avoir besoin d’aide

L’habitude culturelle ou religieuse n’est pas propice à la demande d’une aide à domicile ou d’un placement. « C’est un sentimentd’échec quand une aide extérieure s’impose », souligne Marie-Pierre Delcour, directrice d’Infor Home, qui voit vieillir les femmes immigrées de lapremière génération en marge de la société, dénotant l’absence de politique d’accueil dans le temps, et encore aujourd’hui.

Les constats de la directrice d’Infor Home3 sont interpellants : les services reçoivent peu, ou pas, de demande d’accueil de personnes immigrées ; les rarespensionnaires issus de l’immigration se retrouvent dans les structure CPAS vu leurs faibles revenus ; les directeurs des maisons de repos sont faiblement préoccupés par une vaguede résidents immigrés à venir ; et, enfin, si les maisons de repos sont peu métissées, leur personnel l’est quant à lui largement.

Le problème est pourtant réel. Vu l’allongement de la durée de vie et le nombre croissant de personnes en stade extrême de dépendance, cette vaguemigratoire va déferler sur le secteur. « Cette vague amènera les institutions à se poser les questions capitales de l’accueil (de quelque personne que ce soit) et del’ouverture à plus d’humanité, à replacer l’individu au centre de la collectivité et à donner à chacun une place spécifique »,prédit Marie-Pierre Delcour.

1. Centre régional du libre examen, rue Coenraets, 66 à 1060 Bruxelles –
tél. : 02 535 06 79 – courriel : fsidibe@centrelibrex.be.
2. Seniors sans frontières, rue de l’Eglise, 59 à 1060 Bruxelles –
tél. : 02 544 01 19 – courriel : rachidaelidrissi@skynet.be.
3. Infor Home, bd Anspach, 59 à 1000 Bruxelles – tél. : 02 219 56 88 –
courriel : inforhomes@misc.irisnet.be

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