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"Une maison d'entraide africaine menacée de disparition à Molenbeek"

13-06-2000 Alter Échos n° 77

La maison d’entraide pour le développement social (la MEDS)1 est née voici deux ans. Ni reconnue des services publics, encore moins subsidiée, cette petite association defemmes africaines abat avec des bouts de ficelle un travail titanesque en matière d’insertion et de formation. Faute de moyens financiers suffisants, elle est aujourd’hui menacée dedisparition. Située à Molenbeek, l’asbl est née du désir de trois femmes congolaises de venir en aide à leur communauté. « Nous rencontrionsénormément de femmes qui comme nous étaient venues d’Afrique centrale chercher une situation meilleure en Belgique, explique Elise Mabaya, coordinatrice de l’asbl etsurnommée madame Elise. Certaines comme moi, se sont même faites naturaliser mais nous n’avons pas pour autant eu plus facilement accès à un emploi. Alors, au lieu devégéter chez nous en attendant que notre minimex tombe, nous avons voulu nous occuper l’esprit intelligemment et surtout nous regrouper pour pouvoir résoudre ensemble nosproblèmes. Nous nous sommes d’abord réunies à trois congolaises et nous avons créé une tontine en mettant chacune un peu d’argent dans un pot commun pour pouvoirpayer le loyer des bureaux de l’asbl en attendant de pouvoir le financer sur fonds propres. »
Les premières activités peuvent alors commencer. Une formation en couture est mise en place, grâce à un don de machines à coudre d’occasion. Ensuite, lesactivités s’étendront aux retouches et au repassage. Toujours dans un objectif d’entraide, l’asbl ne demande que 100 à 150 frs/kg pour le repassage et 100 à 200 frs pourles retouches. « Notre but n’est pas de faire de l’argent, nous voulons juste venir en aide aux personnes démunies qui n’ont pas les moyens de se payer une couturière. Nous mettonsd’ailleurs à disposition des vêtements de seconde main », complète Elise.
Dans l’atelier, retranchée derrière de superbes boubous suspendus sur des cintres et réalisés durant l’atelier de couture, deux hommes repassent. Chez MEDS, pas de sexismeni de préjugés, la porte est ouverte à tout le monde : hommes, femmes, Congolais, Rwandais, Togolais, avec ou sans papiers, peu importe… Mais les formations nes’arrêtent pas à la couture. Très vite, des cours d’alphabétisation en français et en néerlandais, de coiffure et de tresses africaines ou de cuisineafro-européenne font également leur apparition. Un service traiteur destiné aux particuliers comme aux collectivités est mis en place. Les formations toutes gratuites sontdispensées, soit par des bénévoles, soit partagés avec l’asbl « Espoir d’Afrique », une association rwandaise subsidiée temporairement par la Fondation roi Baudouinet qui occupe le même immeuble. L’asbl accueille aussi des personnes condamnées par la justice qui viennent y « prester » leur peine alternative. « Nous ne leur demandons rien. Personne nesait ce qu’ils ont fait. On les accueille comme tout le monde. Ils assurent les permanences, le secrétariat », explique Elise.
L’asbl fonctionne uniquement sur les rentrées du service traiteur et des activités repassage et retouches sur lesquels elle prélève un défraiement pour payer lestrajets des formateurs bénévoles et des personnes qui viennent donner un peu de leur temps à l’asbl. Aucun membre de l’asbl n’est rémunéré. « Leproblème, c’est que nos maigres rentrées ne nous permettent pas de faire de la publicité et nous n’avons pas beaucoup de clients, déplore Elise. L’activité n’estpas rentable et ce n’est de toute façon pas le but. » Aujourd’hui, les caisses sont vides et l’asbl ne tient plus que grâce à la solidarité africaine. « Nous avonsfrappé à toutes les portes. Tout le monde s’accorde pour dire que nous faisons un boulot formidable mais nous n’avons obtenu aucune promesse de subsides, s’insurge Elise. Si on continuecomme cela nous allons devoir mettre la clé sous le paillasson. Je ne pensais pas en venant en Belgique que ce serait aussi dur mais je n’abandonnerai pas comme cela, s’il le faut, nous nousbattrons jusqu’au bout. »
1. MEDS, Elise Mabaya, Bd Léopold II 86-88/6 à 1080 Bruxelles, tél. : 02 411 41 19.

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