Alter Échosr
Regard critique · Justice sociale

Archives

Une coalition européenne pour un crédit responsable

Les 14 et 15 septembre derniers, la septième Conférence internationale sur les services financiers s’est tenue à Bruxelles. Organisée par l’ECRC1(European Coalition for Responsible Credit), ces deux journées de travail étaient intitulées : « Régulation, éducation et coopération pour des servicesfinanciers responsables » et ont rassemblé un peu plus d’une centaine de personnes venues d’organisations non gouvernementales, d’instances publiques nationales eteuropéennes, mais également des représentants des milieux bancaires.

21-09-2007 Alter Échos n° 236

Les 14 et 15 septembre derniers, la septième Conférence internationale sur les services financiers s’est tenue à Bruxelles. Organisée par l’ECRC1(European Coalition for Responsible Credit), ces deux journées de travail étaient intitulées : « Régulation, éducation et coopération pour des servicesfinanciers responsables » et ont rassemblé un peu plus d’une centaine de personnes venues d’organisations non gouvernementales, d’instances publiques nationales eteuropéennes, mais également des représentants des milieux bancaires.

Un menu copieux pour cette rencontre internationale. Tout d’abord, les allocutions d’ouverture dont le ton change radicalement par rapport aux propos tenus dans d’autrescénacles européens autour de la question des services financiers. Le message ici se veut clairement accusateur d’un libéralisme débridé, d’une offre decrédit agressive, sans (assez de) régulation et sans volonté de prise de conscience de leurs responsabilités par les opérateurs financiers. À cetégard, José Ribeiro, de la direction générale à la Protection des consommateurs du Portugal (actuellement président de l’UE) a mis en exerguel’importance de la prévention, de la régulation, du renforcement des contrôles, afin d’amener les services financiers à mettre en œuvre des pratiques nonabusives en matière d’octroi de crédits.

Jim Murray du Beuc (Bureau européen des unions de consommateurs) a pour sa part relevé la multiplication des produits-crédits sur le marché et a surtout mis en gardecontre les dangers d’un accent trop prononcé sur la responsabilisation des consommateurs et sur l’éducation financière de ces derniers. « C’est unefiction de croire que ce volet pédagogique pourrait enrayer tous les dérapages en matière de crédit ; il est très important aussi de mettre des balises auxprêteurs. »

De son côté, Gregory Squires, professeur à l’Université George Washington (USA), a pointé le doigt sur une réalité de plus en plusprégnante aux États-Unis, notamment avec en toile de fond la débâcle des crédits hypothécaires à risque, à savoir des inégalitéssociales et financières qui se creusent de manière très marquée. Avec pour conséquence (et/ou pour origine ?) une mise en œuvre d’un systèmefinancier à deux vitesses, l’un pour les classes aisées, l’autre pour les défavorisés. L’un pratiquant des prix attractifs et l’autre proposant desproduits à des taux usuraires censés tenir compte du risque. Udo Reifner, de l’IFF (Institut für finansdienstleitungen) et John Taylor, de la NCRC (National CommunityReinvestment Coalition), coorganisateurs de la conférence, ont insisté sur le lien entre pauvreté et endettement et l’importance de créer des coalitions commel’ECRC pour faire évoluer les pratiques financières vers plus de responsabilité et d’équité.

Une Belgique privilégiée

De nombreux intervenants issus de pays européens (GB, Allemagne, Slovénie, Luxembourg, Autriche, Portugal, Grèce, Irlande, Espagne, Pays-Bas) et d’ailleurs (Japon,Brésil, Afrique du Sud, USA) se sont succédé au pupitre pour venir expliquer la situation dans leur contrée, en matière d’égalitéd’accès au crédit et aux conditions d’octroi de ceux-ci dans leur pays. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Belgique dispose à cet égardd’un arsenal réglementaire et d’un système d’aide où la protection et l’efficacité dépassent largement celles de l’ensemble des paysprésents lors de cette Conférence. Avec, dans bon nombre de pays, une absence de réglementations, de devoir de conseil dans le chef des prêteurs, d’interdiction depratiquer des taux usuraires, d’accès au crédit dans des conditions décentes, mais aussi d’aide en cas de difficultés de paiement, il ressortait clairement desexposés que l’existence d’une coalition pour le crédit responsable est loin d’être inutile. Que du contraire.
Le reste de la journée de vendredi s’est ensuite déroulé sous forme d’ateliers : sur le rôle des cartes de crédit, la faillite civile ou laréhabilitation, l’éducation financière à l’école, le « credit scoring » et la discrimination sociale, la question de l’accès des pluspauvres au crédit via la microfinance ou les prêts bancaires, ou encore les assurances emprunteurs, les prêts non performants et les intérêts négatifs.
Le samedi 15 a surtout été marqué par des interventions et des débats autour de la régulation et notamment sur les directives européennes relatives aucrédit à la consommation et aux services financiers. Des ateliers ont suivi, portant sur les principes d’un crédit responsable en matière d’octroi deprêts, de réglementation et d’aide en cas de surendettement.

1. Pour plus d’infos sur cette conférence internationale et sur l’ECRC : www.credit-responsable.net

Nathalie Cobbaut

Nathalie Cobbaut

Rédactrice en chef Échos du crédit et de l'endettement

Pssstt, visiteur, visiteuse du site d'Alter Échos !

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, notamment ceux en lien avec le Covid-19, pour le partage, pour l'intérêt qu'ils représentent pour la collectivité, et pour répondre à notre mission d'éducation permanente. Mais produire une information critique de qualité a un coût. Soutenez-nous ! Abonnez-vous ! Et parlez-en autour de vous.
Profitez de notre offre découverte 19€ pour 3 mois (accès web aux contenus/archives en ligne + édition papier)