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Transfrontalières du sexe en province de Luxembourg

La province du Luxembourg : terre d’accueil de la prostitution transfrontalière ?

16-03-2012 Alter Échos n° 334

De plus en plus de prostituées s’installent en province de Luxembourg. Une prostitution transfrontalière qui s’expliquerait par une législation belge plus permissive.

« Très chaude, sans tabou, pour tous fantasmes à Athus », peut-on lire dans Bazar-Lux, célèbre journal de petites annonces en province de Luxembourg. Un message parmi d’autres. Celui de maîtresse Sonia. Il est l’illustration d’une tendance de fond : l’augmentation du nombre de prostituées dans la province.

Des prostituées, à Arlon bien sûr, mais aussi à Athus. Ce village de 7 000 habitants, intégré à la commune d’Aubange, jouxte le Luxembourg et la France. De la prostitution transfrontalière. On joue à bien des jeux dans les « bars à champagne » du sud-est du pays, mais le saute-frontière est le plus prisé. Qu’il s’agisse de prostitution privée, ou de prostitution dans des « lieux de débauche », le phénomène n’est pas contesté. Comment l’expliquer ? Pour Serge Lipszyc, ancien procureur du roi à Arlon, « les gens profitent des systèmes voisins ». Et donc, la relative tolérance belge à l’égard de la prostitution serait un facteur attractif.

Si l’on regarde en France, force est de constater que les lois se sont considérablement durcies à l’encontre des prostitués. Denise Ozdemir, coordinatrice d’Espace P à Namur, nous livre une explication : « En France, le racolage passif est pénalisé depuis 2003. C’est un pays répressif, avec beaucoup de rafles. Les travailleurs et travailleuses du sexe sont soumis à rude épreuve et reçoivent de lourdes amendes. Les prostitués se déplacent. » Un facteur important, mais peut-être pas essentiel. « Les prostituées bougent beaucoup, de manière générale, ajoute la coordinatrice d’Espace P. Il s’agit souvent d’une population de migrants et de migrantes. C’est peut-être plus facile pour elles de passer d’une frontière à l’autre en cas de problème. De plus, le prix des loyers, bien inférieur à Athus qu’à Luxembourg, est un élément à ne pas négliger. »

Un lupanar géant

Aux yeux de Serge Lipszic, le tropisme belge pour prostituées françaises est une hypothèse à relativiser : « En France, on a dégraissé les services de police dans les zones rurales au profit des villes. Le Nord-Est est en manque de capacité policière. Par conséquent, nous avons peu d’éléments pour dire que les interventions policières auraient déplacé le phénomène. » C’est plutôt vers le Luxembourg que se tourne le regard de l’ancien procureur. « C’est un pays beaucoup plus rigoureux sur l’ouverture des bars ou la visibilité de la prostitution. » A l’écouter, on pourrait croire que la province du Luxembourg est devenue un lupanar géant : « Des bars à champagne ouvrent sur la Nationale 4, des salons de massage, il y a une série de maisons closes, il y a de la prostitution de transsexuels brésiliens, etc. » Le but que Serge Lipszyc poursuivait lorsqu’il occupait les fonctions de procureur était noble : « Protéger les hommes et les femmes qui sont exploités et punir ceux qui les exploitent. » Pour tenter d’y parvenir, il prône une harmonisation des pratiques plutôt que le vote de nouveaux textes législatifs. Sur le terrain, il a développé un réseau judiciaire et policier entre les trois pays concernés.

Quant à l’équipe d’espace P, elle a considérablement renforcé sa présence dans la province qui « est une région socialement pauvre ». Il y a trois ans, l’association a commencé à faire des tournées médicales à Arlon, Athus et sur la route de Messancy, en collaboration avec la Maison médicale Portes Sud. Depuis le 1er mars, cette présence s’est accrue. Les visites médicales se poursuivent sur un rythme bi-hebdomadaire. Elles sont complétées par du travail social. « La demande est importante », lâche Paule Burette d’Espace P à Liège, qui tire une grande leçon de ces migrations : « Réprimer la prostitution ne fait que déplacer le problème. Cela pousse à la clandestinité et augmente les risques. »

1. Espace P Namur :
– adresse : rue du docteur Haibe, 4 à 5002 Namur
– tél. : 081 77 68 21
– courriel : espacepnamur@gmail.com

Cédric Vallet

Cédric Vallet

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